2 Anthologie Poésie Turque

Par Rémi BOYER

Jacques Basse et la poésie turque
Publié par incoherism le novembre 4, 2014
Visages de poésie. 91 visages d’une République. Poésie turque de Jacques Basse, Cap Béar Editions.
Jacques Basse poursuit sa grande œuvre, son anthologie de la poésie contemporaine dont six volumes sont déjà parus rassemblant des centaines de poètes, leurs portraits au crayon, leurs biographies et des inédits. Cet acte militant, teinté d’une discrétion de grande élégance, est reconnu jour après jour comme une contribution majeure à la défense de la poésie et à son déploiement dans un contexte de plus en plus défavorable à la pensée. Jean-Paul Gavard Perret parle à ce sujet d’ « acte de foi en faveur des « amasseurs de vie » capables de souligner par leurs mots les gouffres sous la présence et de faire surgir des abîmes en lieu et place des féeries glacées.». Et il insiste : « Jacques Basse franchit un seuil en nous faisant passer de l’endroit où tout se laisse voir vers un espace où tout se perd pour approcher une renaissance incisée de nouveaux contours. ». Découvrir ces visages, paysages éternels et changeants, donne corps au Poète qui demeure, immortel mortel aux multiples corps.
« Dans ce monde déshumanisé, confie Jacques Basse, la poésie est probablement la seule sagesse vivante. La promouvoir est un impératif certain. Alors, gloire aux poètes qui œuvrent et distribuent leur immense générosité au bénéfice d’une juste cause, la fraternité et l’humilité. L’humanité entière doit leur en être reconnaissante. Si depuis des millénaires un zeste de sagesse nous enrobe, nous le devons certainement aux grecs, Aristophane, Hérodote, Platon, Homère… aux latins, Virgile, Ovide, Sénèque… Et bien d’autres, qui ont contribué avec passion et art à nous enseigner la « sagesse ». »
C’est cette passion qui anime Jacques Basse qui l’a conduit à réaliser ce nouveau volume consacré à la mouvance de la poésie turque, sans exhaustivité, de rencontre en rencontre, depuis 1923 et la naissance de la République Turque jusqu’à nos jours. Certains d’entre eux connus et reconnus dans le monde, d’autres presque anonymes.
Le talent les rassemble dans cette guirlande lumineuse de noms, de portraits et d’arts :
AKADİR PAKSOY, ABIDIN DİNO, ABULKADİR BUDAK, AHMED ARİF, AHMET ADA, AHMET MUHİP DRANAS, AHMET NECDET, AHMET ÖZER, AHMET TELLİ, AKGÜN AKOVA, ALİ CENGİZKAN, ALİ PÜSKÜLLÜOĞLU, AŞIK YESEL, ATAOL BEHRAMOĞLU, ATTİLA İLHAN, AYDAN YALÇIN, AYDIN ŞİMŞEK, AYTEKİN KARAÇOBAN, AYTEN MUTLU, AZAD ZİYA EREN, BEDRI RAHMİ EYÜBOĞLU, BEHÇET NEGATİGİL, BEJAN MATUR, CAHİT KÜLEBİ, CAHİT SITKI TARANCİ, CAN YÜCEL, CEMAL SÜREYA, CENK GÜNDOĞDU, CEVAT ÇAPAN, EDİP CANSEVER, ENİS BATUR, FAZIL HÜSNÜ DAĞLARCA, FİKRET DEMIRDAĞ, GÖKÇENUR ÇELEBIOĞLU, GONCA ÖZMEN, GÜLSELİ İNAL, GÜLSÜM CENGIZGÜLTEKİN EMRE, GÜLTEN AKIN, GÜLÜMSER ÇANKAYA, HASAN ERKEK, HASAN VAROL, HAYDAR ERGÜLEN, HİLAL KARAHAN, HÜSEYİN ATABAŞ, İLHAN BERK, İLYAS TUNÇ, KEMAL ÖZER, KÜCÜK İSKENDER, LALE MÜLDÜR, MEHMET TANER, MELİH CEVDET ANDAY, MESUT AŞKIN, MESUT ŞENOL, METİN CELAL, METİN CENGİZ, METİN ELOĞLU, METİN TURAN, MÜESSER YENİAY, NAMIK KUYUMCU, NÂZIM HİKMET, NECATİ CUMALI, NİLAY ÖZER, NİLGÜN MARMARA, OKTAY RIFAT, ONUR ÇAYMAZ, ORHAN KARAHAN, ORHAN VELİ KANIK, ÖZDEMİR İNCE, ÖZKAN MERT, REHA YÜNLÜEL, SALAH BİRSEL, SALİH AYDEMİR, SALİH BOLAT, SEFA KAPLAN, SENNUR SEZER, SERPİLEKİN ADELİN, SINA AKYOL, ŞÜKRÜ ERBAŞ, TAHSIN SARAÇ, TARIK GÜNERSEL, TOZAN ALKAN,TUĞRUL KESKİN, TUĞRUL TANYOL, TURGAY FİŞEKÇİ, ÜZEYİR LOKMAN ÇAYCI, VEYSEL ÇOLAK, YAHYA KEMAL BEYATI, YAŞAR KEMAL, YUSUF ALPER, ZEYNEP KÖYLÜ.

Dans une préface précise, Claire Lajus rend compte de l’héritage considérable de la poésie turque, entre Orient et Occident, et des nombreuses transformations qu’elle a connues de décennie en décennie depuis la fin de l’Empire ottoman. Foisonnement, audace, originalité la caractérisent aujourd’hui après des siècles d’inertie tranquille ou presque.
Cette fresque de beaux visages abrite des esprits vivants capables de créer des chapelets somptueux ou terribles de mots pour éveiller, éveiller d’abord et encore à la liberté.
Merci Jacques Basse !
www.capbeareditions.com

Nazim Hikmet dans Portrait de Jack Basse
Turc anthologie de poésie: Nazim Hikmet et ses frères
Paris – Antoine Jockey
1 novembre 2014
لعل الشعر هو الحكمة الوحيدة المتبقية في عالمٍ يفقد كل يوم قليلاً من إنسانيته. Peut-être les cheveux est la sagesse que restant dans le monde perd un peu chaque jour de son humanité. هذا ما يستنتجه الفنان الفرنسي جاك باس (1930) في مقدّمته للأنطولوجيا التي وضعها تحت عنوان « شعر تركي »، وصدرت حديثاً عن « دار جاك بير ». Voilà ce que Istnottagh artiste français Jack Bass (1930) dans son introduction à l’anthologie, qui a développé sous le titre « cheveux turc », récemment publié par la «Maison Jack ours. »
عملٌ يشكّل حلقة جديدة في سلسلة طويلة من الأنطولوجيات التي أنجزها الفنان بهدف تكريم شعراء من آفاقٍ جغرافية مختلفة نشطوا، وينشطون، في سبيل قضية عادلة ونبيلة؛ تعزيز الأخوّة بين البشر. L’action est un nouvel épisode d’une longue série de Alantologiat fait par l’artiste afin d’honorer les poètes de différents horizons géographiques étaient actifs, et actif, pour le bien d’une cause juste et noble, de promouvoir la fraternité entre les êtres humains.
تسمح الأنطولوجيا الجديدة، التي تعاون باس فيها مع مجموعة من المترجمين، وأنجز بنفسه رسماً لكل شاعر موجود فيها، بقراءة وتأمّل أبرز وجوه الشعر التركي، منذ تأسيس الجمهورية عام 1923 حتى اليوم. Autoriser nouvelle ontologie, dont la coopération basse avec le groupe de traducteurs, et une redevance pour chaque lui-même complété un poète existe où, et espère à lire les visages de la poésie turque la plus importante, depuis la fondation de la république en 1923 jusqu’à aujourd’hui.
ولأن المرحلة التي يغطّيها تمتد 91 عاماً، نجد في هذا العمل قصيدة أو قصيدتين لـ91 شاعراً يمثّلون مسارات وكتابات وبصمات مختلفة داخل المشهد الشعري التركي، ويتجاورون من دون أي ترتيب زمني، ما يضع الروّاد أو الأسماء الكبيرة إلى جانب شعراء مجهولين أو ما يزالون في بداية مسارهم. Parce que le stade couvert dans ce laps 91 années, nous trouvons dans ce travail un poème ou deux poèmes L91 poète représentant les chemins et les écrits de différentes empreintes digitales à l’intérieur de la scène turque poétique, et Etjoron sans aucun ordre chronologique, en mettant les pionniers ou les grands noms ainsi que les poètes inconnus ou en sommes encore au début de leur carrière . هكذا، يخرج الشعر التركي من الأطر التقليدية المعتمدة في أنطولوجياته المتوافرة، ويُمنح القارئ إمكانية المقارنة واستخلاص التأثيرات أو الخصوصيات اللغوية لكل شاعر. Ainsi, la poésie turque de cadres traditionnels adopté en Antologiath disponible, et donne au lecteur la possibilité de comparaison et d’en tirer les influences ou les spécificités linguistiques de chaque poète.
ولفهم الشعر التركي الحديث والمعاصر الذي يقدّمه هذا العمل، لا بد من وقفة سريعة عند مصادره التاريخية الثلاثة، ونقصد الشعر الشعبي الذي تعود جذوره إلى القرن الثالث عشر، وشعر « الديوان » أو « الباب العالي » الذي ظهر مع تأسيس السلطنة العثمانية (1299)، إضافةً إلى الشعر الفرنسي. Pour comprendre la poésie turque de moderne et contemporain fournies par ce travail, il doit y avoir un arrêt rapide sur les trois sources historiques, et nous voulons dire la poésie populaire qui trace ses racines remontent au XIIIe siècle, et sentir la « Cour » ou « porte haute » qui est apparu avec la fondation de l’Empire ottoman (1299), En plus de la poésie française. حتى القرن التاسع عشر، لا نعثر على أنواع أدبية تركية أخرى غير الشعر والحكايات. Jusqu’au XIXe siècle, nous avons trouvé types littéraires autres que la poésie et anecdotes turc.
ومثل الحكايات، يندرج الشعر الشعبي ضمن تقليد شفاهي ما زال حيّاً حتى اليوم، وسمّي شعراؤه بالـ « العاشقين »، لتنقّلهم من قرية إلى أخرى وإنشادهم قصائد حب بمواكبة آلة الساز الموسيقية. Ces contes, la poésie populaire relève de la tradition orale est encore en vie aujourd’hui, et a appelé les poètes comme «amant», se déplacer d’un village à l’autre et poèmes d’amour Anchadhm à suivre le rythme de la machine musicale saz. وبخلاف لغة شعر « الديوان » التي هي عبارة عن مزيج من التركية والعربية والفارسية، لا تفهمه سوى حفنة من المثقّفين؛ لا تزال لغة الشعر الشعبي القديمة مفهومة حتى اليوم. Contrairement à cheveux langue « Diwan » qui est un mélange de turc, l’arabe, le persan, vous ne comprenez pas seulement une poignée d’intellectuels; encore l’ancienne langue de la poésie populaire comprise, même aujourd’hui. أما التأثيرات الفرنسية، فحصلت خلال القرن التاسع عشر، مع قدوم عدد من المثقفين الأتراك إلى فرنسا وانطلاق حركة ترجمة لأعمال شعرية وأدبية فرنسية تنتمي إلى المدارس الكلاسيكية والرومنطيقية والبرنسية والرمزية. Les influences françaises, trompés au cours du XIXe siècle, avec l’avènement d’un certain nombre d’intellectuels turcs en France et à partir du mouvement de traduction d’œuvres littéraires et de poésie française appartiennent à la classique et romantique et Albornsah Avatar et les écoles. مرحلةٌ بدأت اللغة العثمانية تتصفّى خلالها لصالح التركية، وبدأ الشعر التركي يتغيّر معها شكلاً ومضموناً. Phase a débuté au cours de la langue turque ottomane Taatcefy faveur, et a commencé à changer avec la poésie turque en forme et le fond.
من هذا الإرث الشعري المتعدّد، تغذّى الشعراء الأتراك في القرن العشرين، كلّ منهم على طريقته الخاصة، علماً أن شعر معظمهم هو حصيلة فريدة للمصادر الثلاثة المذكورة. L’héritage multiple de cette poétique, Turcs alimenté poètes du XXe siècle, tous à sa manière, notez que les cheveux sont la plupart du temps un résultat unique des trois sources mentionnées. وبخلاف الشهرة التي يتمتع بها رائد الأدب التركي الحديث، الشاعر الثوري ناظم حكمت، ما زالت أسماء شعرية مهمة، ظهرت في الأربعينيات، مجهولة خارج تركيا، مثل أحمد مهيب دراناس (1909 ـ 1980) وفاضل حسنو داغلركا (1914 ـ 2008) وجاهيت صدقي تارندجي (1910 ـ 1956). Contrairement à la notoriété dont elle jouit par le pionnier de la littérature turque moderne, poète, révolutionnaire Nazim Hikmet, la tâche de noms poétiques encore, elle est apparue dans les années quarante, inconnu en dehors de la Turquie, comme Ahmed majestueux Dranas (1909 1980) et Fadel Husnu Daglrka (1914 2008) et Jahit Sidqi Tarndje ( 1910 1956).
أسماء نشطت بموازة مجموعة « غريب » (1941) التي ضمّت أورهان والي (1914 ـ 1950) وأوقتاي رفعت (1914 ـ 1988) ومليح جودت أنداي (1915 ـ 2002)، وأسّست لشعر مستوحى من الواقع اليومي، ومتحرِّر من الغنائية والمواضيع الملحمية، يسائل العالم بطريقة عبثية ويهزأ من كليشيهات الشعر التقليدي. Les noms de groupe actif Bmoish « étrange » (1941), qui comprenait Orhan Wali (1914 1950) et Oguetai levé (1914, 1988) et Melih Cevdet Landay (1915, 2002), et a fondé le cheveux est inspiré par la réalité quotidienne, et libre de thèmes lyrique épique, interroger le monde manière absurde et se moque des cheveux traditionnel cliché.
وفي الخمسينيات، برزت أسماء جديدة، مثل بهجت نيكاتيغيل (1916 ـ 1979) وجاهيت قوليبي (1917 ـ 1997) وصلاح بيرسِل (1919 ـ 1999) وأتيلا إيلهان (1925 ـ 2005)؛ شعراء أعادوا إدخال تعابير عثمانية في جسد القصيدة، وقاربوا مواضيع اجتماعية، مستعينين باستعارات مجدِّدة داخل شعرٍ يتراوح شكلياً بين الشعر الحر والقوالب الثابتة. Dans les années cinquante, de nouveaux noms, comme Behcet Nakategal émergé (1916 1979) et Jahit Qouliba (1917 1997) et Salah Purcell (1919 1999) et Attila Ilhan (1925 2005); poètes réintégrer les expressions ottomanes dans le corps du poème, et d’aborder des aspects sociaux, Remonter le Bastarat de l’aide à l’intérieur de cheveux varie entre cheveux nominalement libre fixe et modèles.
في الستينيات، شهد الشعر التركي حركة جديدة سمّيت « الجديد الثاني » (بالنسبة إلى مجموعة « غريب » التي تُعتبر الحركة المجدّدة الأولى). Dans les années soixante, a vu la poésie turque un nouveau mouvement appelé la «deuxième nouvelle » (pour le groupe «étrange» que le mouvement est le premier rénové). تحت هذه التسمية، تندرج أسماء شعرية كثيرة نشطت بشكلٍ منفرد، وبالتالي لا ترى نفسها كمجموعة، مثل « أديب كانسفر (1928 ـ 1986) وتورغوت أويار (1927 ـ 1985) وجمال سورييا (1931 ـ 1990) وإيلهان بيرك (1918 ـ 2008) وإيجي أيهان (1931 ـ 2002). Sous cette étiquette, inclus beaucoup de noms poétiques repris individuellement, et donc ne se considère pas comme un groupe, comme « Adib Kansfr (1928 1986) et Turgut Uyar (1927 1985) et la beauté de Suriya (1931 1990) et Ilhan Berk (1918 2008) et Eiji Ayhan (1931, 2002).
وبخلاف مجموعة « غريب »، سعى هؤلاء الشعراء خلف جمالية منمّقة، وبالتالي خلف « الفن من أجل الفن »، عبر صقلهم لاستعارات جديدة. Contrairement au groupe «étrange», ces poètes ont cherché derrière orné esthétique, et donc derrière le «l’art pour l’art», par Sqlhm nouvelles métaphores. وتكمن حداثة هذه المرحلة في المسافة، الساخرة أحياناً، التي وضعها روّادها مع النماذج الشعرية القديمة. La nouveauté réside cette étape de la distance, parfois sarcastique, développé par les pionniers avec les anciennes formes poétiques. كما يجب عدم نسيان الشعراء الذين بقوا على هامش هذه الحركة وكتبوا شعراً متطلّباً وحسّاساً لبؤس العالم، مثل أحمد عارف (1927 ـ 1991) وجان يوجِل (1926 ـ 1999) وجِفات جابان (1933) وغولتِن أقين (1933) وأوزدمير إينجي (1936) وأتاوول بهراموولو (1942) وأحمد تللي (1946). Il ne faut pas oublier les poètes qui sont restés à l’écart de ce mouvement et a écrit un poème exigeant et sensible à la misère du monde, comme Ahmed Arif (1927 1991) et Jean Yucel (1926 1999) et Ajafat Japon (1933) et Gaultn Oqan (1933) et Özdemir Enjie (1936) et Otawol Bahramwolo (1942) et Ahmed TLLI (1946).
أما الشعر التركي المعاصر، فيحضر أيضاً في هذه الأنطولوجيا عبر أصوات مهمة، مثل إنيس باتور (1952) ولالي مولدور (1956) وكوتشوك إسكندر (1964)؛ وأخرى شابة، أكثر جرأةً على زعزعة الأشكال القديمة، يلتحم شعرها بزمنها ويشكّل شاهداً أو انعكاساً لتحوّلاته. La poésie contemporaine turque, et les faire venir aussi dans cette ontologie à travers les sons importants, comme Ennis Bator (1952) et à Moldor (1956) et Kucuk Alexander (1964), une jeune femme et un autre, plus audacieux de déstabiliser les anciennes formes, quai avec ses cheveux Bzmnha et est un témoin ou un reflet des transformations. شعرٌ أكثر انفتاحاً على العالم، لكنه يسعى بدوره إلى ما حاول الأتراك إنجازه على مر تاريخهم: مزاوجة إرثهم الشرقي بافتتانهم بأوروبا. Cheveux plus ouverte sur le monde, mais il vise à transformer les Turcs ont essayé d’accomplir au cours de l’histoire: l’héritage d’appariement Pavtaatanam Europe de l’Est.
Icône: Anthologie de la poésie turque groupe Ghraib Jack Basse Nazim Hikmet Ahmed majestueux Dranas

Préface

-Préface de Claire lajus

Le travail de Jacques Basse permet au lecteur de lire et de visualiser les visages de la poésie turque sur une large période, depuis la création de la République Turque en 1923 jusqu’à nos jours. Ceux-ci représentent des parcours, des écritures et des empreintes diverses dans le paysage de la poésie turque. Jacques Basse a fait le choix de présenter au lecteur une série de poètes en faisant se côtoyer certains des plus grands poètes de la poésie turque moderne et contemporaine avec des poètes plus mineurs ou encore en début de carrière. Ce large éventail a l’avantage, d’après moi, de sortir la poésie des cadres traditionnels des anthologies existantes et permet au lecteur de pouvoir comparer voire de noter les influences ou bien les originalités de langage des poètes.

Afin de pouvoir situer et apprécier au mieux les poèmes qui vont suivre, il semble nécessaire de dresser un rapide tour d’horizon de l’histoire de la poésie turque et de ses particularités. Quand on parle de la littérature et surtout de la poésie turque, on cite en général deux grandes sources importantes : la poésie populaire, d’une tradition millénaire depuis Yunus Emre au XIIIème siècle, et la poésie du Divan, de la Sublime Porte, c’est-a-dire du Sérail, apparue bien après la création de l’Empire Ottoman (1299). On peut bien sûr y ajouter une troisième source au XIXème siècle, la littérature occidentale et particulièrement la poésie ou la littérature française.

La poésie, qu’elle soit populaire ou du Divan, constitue la partie essentielle de la littérature turque. Le roman a connu un véritable développement seulement à partir de l’époque républicaine. En dehors de la poésie et des contes populaires anonymes, on ne connait pas d’autres genres littéraires jusqu’à la fin du XIXème siècle. C’est pour cela peut-être qu’on désigne les Turcs comme un peuple poète. Et cela continue encore car on dit qu’un Turc sur deux ou sur trois écrit des poèmes. La tradition orale reste encore vivace et on trouve des gens de toutes classes sociales qui peuvent réciter des poèmes par cœur, j’ai eu l’occasion d’en rencontrer beaucoup d’exemples en Turquie. Les poètes de la poésie populaire appelés « Aşık » (amoureux, épris), comme les troubadours en France, erraient d’un village à l’autre et chantaient leur poèmes, accompagnés d’un instrument de musique à six cordes, le saz, qui est l’instrument traditionnel d’Anatolie, encore très populaire et très utilisé. Un des représentants de cette poésie à l’époque moderne est Aşık Veysel, poète aveugle très populaire. Ce langage poétique du XIII siècle est bien compréhensible aujourd’hui chez tous les turcophones. Tandis que dans la poésie du Divan, le langage n’est plus le turc mais un sabir composé de persan, d’arabe et de turc. Seulement une poignée d’intellectuels et les gens du Sérail pouvaient l’écrire, le comprendre et le lire. Aujourd’hui, il n’y a presque personne qui comprenne ce langage en dehors des spécialistes.

La troisième source vient de l’influence occidentale. Les Ottomans ont eu les premiers contacts avec la France au XVI siècle durant le règne du sultan Soliman le Magnifique (Kanuni Sültan Süleyman) et celui du roi François Premier.
C’est ensuite, bien après, avec la Réforme de 1839 qu’on voit une certaine ouverture vers l’Europe : réforme culturelle, judiciaire, économique, politique, etc. Une série de réformes est entreprise, de nombreuses écoles de langues tenues par des occidentaux s’implantent en Anatolie, etc.

Durant cette période, la poésie turque a été influencée, dans une certaine mesure, par les courants littéraires dits Parnassiens, symbolistes et romantiques. Un certains nombres de jeunes ou d’intellectuels sont allés en Europe et ont eu l’occasion d’observer de près les mouvements culturels et politiques de l’époque. Les premières traductions voient le jour, de Racine, de Molière, de Lamartine, de la Fontaine, de Victor Hugo etc. Le langage ottoman commence à se purifier en faveur du turc. La forme et le contenu dans la poésie commence à changer.

Les poètes du XX ème siècle ont derrière eux tout l’héritage culturel et poétique de la poésie populaire, celle du Divan et celle de l’Occident. Chacun à sa manière tire profit de cet héritage et beaucoup d’entre eux en général font une synthèse de toutes ces sources et créent leur propre poésie. Il faut s’attarder ici sur la poésie de Nazım Hikmet (1902-1963) car elle constitue le vrai passage ou une révolution poétique entre la tradition et la modernité dans tous les sens du terme: la forme, le contenu, le langage, le rythme, le son, l’image métaphorique, etc. Auteur fondateur des lettres républicaines, Nazım hikmet brise les conventions héritées du XIXème siècle. Il se dégage des formes figées institutionnalisées par le Divan tout en gardant leur musicalité. Il est considéré également comme le premier poète de la réalité sociale ou encore socialiste qui se base sur une conscience marxiste. C’est la première fois que dans la littérature turque, on traite des problèmes des ouvriers, des paysans, des travailleurs en général, et Nazım marque sa position contre l’exploitation de l’homme par l’homme et pour une fraternité humaine:
« (…)
Que se ferment les portes des autres
Qu’elles se ferment pour toujours
Que cesse d’être esclave des autres
Cet appel est le nôtre.

Vivre seul et libre comme un arbre
Vivre en frères comme les arbres d’une forêt
Ce rêve est le nôtre. »

Les poètes les plus connus des années 40 sont Ahmet Muhip Dranas (1909-1980), Fazıl Hüsnü Dağlarca (1914-2008), Cahit Sıtkı Tarancı(1910-1956). Avec la publication en 1941 du Recueil Garip (étrange) par trois jeunes poètes, Orhan Veli (1914-1950), Oktay Rifat(1914-1988) et Melih Cevdet Anday (1915-2002), on voit apparaître une poésie du quotidien, fantaisiste, loin de l’épopée et du lyrisme. Ces poètes ont lancé le mouvement poétique du « Garip » qui revendiquait un détachement de la poésie des grands thèmes épiques et une orientation vers des faits divers du quotidien, vers une poésie à la manière de Jacques Prévert.

Dans les années 50, on voit l’apparition des poètes Behcet Necatigil(1916-1979), Cahit Külebi(1917-1997), Salah Birsel (1919-1999), Bedri Rahmi Eyüpboğlu(1911-1957), Attila İlhan(1925-2005). De façon déculpabilisée, ils réintroduisent des expressions ottomanes dans le corps du poème. Tout en abordant des thèmes sociaux, ils recourent à des métaphores novatrices dans une poésie qui jongle avec le vers libre comme avec les formes fixes.

On appelle le mouvement poétique des années 60 « Le Second Nouveau » (par rapport au mouvement du Garip considéré comme le premier). On regroupe de nombreux poètes sous ce nom (même s’ils travaillent séparément et ne se voient nécessairement pas comme un groupe) : Edip Cansever (1928-1986), Turgut Uyar (1927-1985), Cemal Süreya (1931-1990), İlhan Berk(1918-2008), Ece Ayhan(1931-2002). En opposition au Garip, ces poètes voulaient plutôt travailler sur une esthétique raffinée, à la manière de l’art pour l’art à travers notamment, de nouvelles métaphores. La modernité des années 60 réside dans l’écart parfois parodique avec les modèles du passé. Et puis, il ne faudra pas oublier de citer les poètes très connus qui n’ont pas fait partie de ces mouvements, porteur d’une parole exigeante et sensible aux misères du monde: Ahmed Arif (1927-1991), Can Yücel(1926-1999), Cevat Capan (1933) Gülten Akın(1933), Özdemir İnce(1936), Ataol Behramoğlu(1942), Ahmet Telli(1946)…..

La jeune poésie actuelle possède de nombreuses voix originales, nous en avons de nombreux exemples dans cet ouvrage, comme celle par exemple d’Enis Batur (1952), de Lale Müldür (1956), de Küçük İskender (1964).

En conclusion, on peut dire que la poésie turque contemporaine a vécu de nombreuses transformations alors qu’elle avait été à peu près figée durant des siècles pendant la période ottomane. Cette effervescence créatrice a fait corps avec son temps, elle a été son témoin à tout moment, à l’apparition d’un régime républicain et laïque après l’Empire et le califat, durant la Première et la Deuxième Guerre Mondiale, durant les divers coups d’état…Elle continue à s’interroger, séculaire et résolument ouverte sur le monde, essayant de marier, ce que de tout temps les Turcs tentent de faire, leur héritage oriental et leur attirance européenne.

Claire Lajus
Revue AYNA, www.revueayna.com
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Avant propos,Jacques basse

Tout d’abord que soit largement remerciée, Claire Lajus, poète et traductrice, pour son efficace contribution apportée à l’élaboration de cet ouvrage. Sa capacité de faire et ses connaissances me furent d’un soutien et d’un apport sans égal. Sans elle, à laquelle j’associe Mustafa Balel, cet ouvrage n’aurait jamais vu le jour ! Merci à Jean Luc Pouliquen, Aydan Aycin pour leur tribut. Ils m’ont insufflé ce désir de connaitre la Poésie Turque.
Longtemps j’ai caressé l’espoir de raconter ces poètes, que sont Nâzim Hikmet ,Ozdemir Ince et autres Mais pourquoi l’écrire ? Pour m’étonner et jouir du plaisir de voir les idées et les mots de ces poètes s’organiser sur la page et me laisser surprendre entre résistance et abandon. Les mots, enfantent l’ultime touche de ce qui se crée. Hikmet est bien ce poète inspiré, fougueux, amoureux de la vie, et, peut-être de la mort aussi, qui sait ? Mais il n’a pas toujours le dernier mot, ses échos sont une invite à une réflexion sur l’existence et sur l’avenir.

Dans ce monde déshumanisé, la poésie est probablement la seule sagesse vivante. La promouvoir est un impératif certain. Alors, gloire aux poètes qui œuvrent et distribuent leur immense générosité au bénéfice d’une juste cause, la fraternité et l’humilité. L’humanité entière doit leur en être reconnaissante. Si depuis des millénaires un zeste de sagesse nous enrobe, nous le devons certainement aux grecs, Aristophane, Hérodote, Platon, Homère… aux latins, Virgile Ovide Sénèque,… et bien d’autres, qui ont contribué avec passion et art à nous enseigner la « sagesse ».

« Mais qu’est cette raison d’être, qui nous pousse à être ? »

Inspiré par sa foi le poète en est la source, il en est la profondeur et tente de nous transmettre le message en nous l’insufflant par sa Poésie.
Que cette lecture vous apporte quelques instants de détente de plaisir et de joie. Il va sans dire que personne d’autres que moi même n’assume la responsabilité des erreurs et lacunes que cet ouvrage pourrait comporter.
Tous les poètes recensés dans cet ouvrage, font partie de la mouvance de la poésie Turque. La liste ne peut être qu’exhaustive, tant il est difficile sinon impossible de recenser dans sa totalité cette mouvance !

La vie n’est pas une plaisanterie
Tu la prendras au sérieux,
Comme le fait un écureuil, par exemple,
Sans rien attendre du dehors et d’au-delà
Tu n’auras rien d’autre à faire que de vivre.

-Nazin Hikmet-

Ceci étant précisé, ce livre n’est qu’un ouvrage de transposition didactique. Puissiez –vous y trouver suffisamment d’intérêt pour le feuilleter du début jusqu’à la fin.
Maintenant vous pouvez tenter la lecture ! A vos risques et périls !…Merci aux lecteurs d’avoir eu le courage de lire ce livre jusque au bout.

Jacques BASSE
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le Mot de l’ami- Jean-Marc Couvé

YKopf hoch *, Jacques Basse, Hut ab *!

Il en est qui n’ont d’Arc que… Jeanne ! Tandis que d’autres se prennent pour des flèches. L’ami Jacques, lui – fervent lecteur, portraitiste et « passeur » d’innombrables poètes – n’a pas moins de 3 cordes à sa lyre : immanquablement, il fit, fait et fera donc des jaloux ! – Un jeu nomme ; hein, jeune homme ? A 80 ans, il n’y a pas photo ni mèche : et sa belle chevelure, blanchie depuis lurette, n’y change, ni n’ôtera rien : peintre, auteur polyvalent, mono-biographe et anthologiste, JB aime l’échange – goût que nous partageons. Il cultive, quasi naturellement (alors que c’est un travail énorme), le goût du partage, donne à voir, mieux qu’un Eluard, car il ne creuse pas que d’une seule « mine » : voyez ses œuvres, hyperréalistes, fines dentelles graphiques, entrelacs de lignes, points et ( por-) traits… Il donne, tout aussi généreusement, à lire – pour qui voudra bien se procurer ses recueils de poésies. Enfin, Jacques incite à penser, hors sentiers battus : car il se fait « passeur », amarrée – Basse, ô Verbe ! Pédagogue, idem, il est poète comme tu respires, lecteur/ trice, et, en sa nouvelle entreprise, répond bien à ce qu’appela le grand Nazim Hikmet de ses vœux : les poèmes « doivent… poser toutes les questions, rassembler toutes les lumières. » …Et vous retrouverez la même générosité tant dans ses monographies, consacrées à des pairs, que dans ces anthologies, comme celle-ci, petite dernière d’une longue liste – car notre octogénaire est fort productif ! – à contre courant de l’Europe – qui regimbe à laisser « entrer » ……. la Turquie, via quelques uns de ses poètes !

A l’exemple de certains de mes complices (de qui je tairai les noms, afin qu’ils ne soient mis en examen ni en garde à vue !), je pense que « quand on aime, on ne compte pas… » sape haine. Passeur, donc, on naît, frère humain l’on reste ; héron dans l’os heureux ferme, pardon : et rond dans l’eau se referme. Oui, j’entends « passeur » en hommage aux contrebandiers de l’indicible – poètes : hors impasse mentale, ils creusent des tunnels de lumière ; francs-tireurs, à rebrousse-blabla ; buissonniers, foin d’écoles ! – décollent… Le poète, l’artiste, humble artisan, est aussi « passe heurs », heure après heure, verra Prévert ! Sans heurt. Parce qu’il croit, hérétique en rupture de dogmes, oui, croît encore, en cœur, tend vers des valeurs universelles : justice, solidarité, scepticisme, fraternité…

Et les titres (gloire happe art !) des ouvrages de JB en disent long – qui vont au plus court, quand un de ses petits « dessins » vaut mieux qu’un long discours : « Frisson d’un souffle » ; « Mots roses parfois » ; « Seule est la solitude » ; « Echos et murmures » ; « Le temps des résonances »… Plus de 30 livres publiés, si je me limite aux seules quinze dernières années ! Philosophe, voici un homme jamais « trop » humain », n’en déplaise aux thuriféraires de Nietzsche ! C’est un « senior » dont la force de travail peut laisser bien des « juniors » rêveurs… Sa voie/x se situe à la croisée d’un lyrisme retenu et d’une indéniable sagesse, oscille entre pudeur extrême et mise à nu toute baudelairienne. Basse – être aux accents à la fois graves et aigus, n’est jamais circonspect. Son œuvre protéiforme, à l’âge où la plupart dételle – il la remet inlassablement sur le métier, jamais usé, semble-t-il ; se met en position inconfortable, écrit des études (superbes condensés de pensée sur quelques pairs qu’il estime – dont ma pomme : et ne voyez, je vous prie, nul « renvoi d’ascenseur » dans mes lignes – au risque de nous faire injure !), ou nous offre ses épaisses anthologies (autour de Grall, de la Méditerranée, ou, ici, de la poésie turque moderne), comme autant de tranches de bon pain frais, huilant d’olive aillée, en bon Nîmois, un quotidien qui, sans lui, serait beaucoup moins épatant – et pas tant poétique !

Jean-Marc Couvé (20/06/14)

* à vos dicos franco-allemands !
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