PELE-MELE CES CHOSES DE L’AME A QUI VEUT ENTENDRE LA FLAMME

Pêle-mêle, ces choses de l’âme à qui veut entendre la flamme de Jacques Basse.

Ce magnifique recueil de poèmes de Jacques Basse se révèle à la fois très personnel et universel en ses thèmes par la profondeur à laquelle il invite.
Le Poète Eternel a trouvé en Jacques Basse un rare troubadour, au plus proche de la peau du lecteur, aiguillon de son esprit également. Il s’agit de recouvrer et la parole et la liberté.
Jacques Basse commence par ce poème : DIEU

La fluidité de la poésie de Jacques Basse démontre son accord avec le verbe et sa réconciliation avec toute altérité quand tant d’autres séparent, émiettent, morcellent et se morcellent.

par Remi BOYER:- https://incoherism.wordpress.com/
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Jacques BASSE

« Pêle-mêle, ces choses de l’âme
à qui veut du cœur
entendre la flamme » 251 pages

Avant-propos

Tout d’abord que soit largement remercié, ODE Jean Baptiste ,Ingénieur en informatique, pour son efficace contribution apportée à l’élaboration technique de cet ouvrage. Sa capacité de faire et ses connaissances me furent d’un soutien et d’un apport sans égal. Sans lui, cet ouvrage n’aurait probablement pas vu le jour ! Merci Jean-Baptiste pour l’efficace soutien. à cet ouvrage qui me tenait à cœur.
Dans ce monde déshumanisé, la poésie est probablement la seule sagesse vivante. La promouvoir est un impératif certain au bénéfice d’une juste cause, la fraternité et l’humilité. Si un reste de sagesse nous enrobe encore, nous le devons certainement aux poètes grecs, aux latins… et bien d’autres, ceux qui contribuent avec passion et art à nous enseigner la « sagesse ».
Il est peut-être justifié que je vous dise qu’il s’agit d’une compilation, où dans un regroupement se trouvent des textes choisis, les meilleurs, du moins ceux qui prennent place dans mon cœur. Puissiez vous y trouver suffisamment d’intérêt, pour la feuilleter jusqu’à la fin.

Jacques BASSE

Préface

La poésie de Jacques Basse est à rebrousse-mode, plus encore intemporelle qu’éternelle. Ses thèmes essentiels – amour et mort – sont tout autant universels. Quand le plasticien est dans le droit fil des minutieux dessinateurs, aux douces courbes sensibles, le poète est le digne héritier des Villon, Ronsard, La Fontaine, Cros, Apollinaire, Melik, Cliff… Ses rimes viennent sans effort ; parfois, ce ne sont que simples assonances. Et sa prosodie coule, comme ru de la montagne.
Dans ce recueil fort rempli (on y croise même quelques sonnets, forme pour laquelle j’avoue un faible), tous les textes (brefs, comme leurs titres) sont lyriques, sans l’once d’une emphase. Basse m’apparaît comme « un cœur pur », en phase avec l’idéal flaubertien !« s’il est une chose à protéger… c’est l’amitié partagée gage de survie pour l’humanité »
profondeur sans pesanteur, trouveront plus de questions (cosmos, dieu – ou non – sens de la vie…) que de réponses. Mais, l’auteur de ces vers l’est rarement (sévère). Son verbe est fraternel, proche en cela des poètes (de l’école) de Rochefort : Rousselot, Cadou, Wellens, Follain… Son chœur chante « muse », « sirène », « Eve » ou « Vénus ». Ses « échos » (hérités de la mythologie – cf. Clément Rosset) sont pétris d’un humanisme lucide, non autocentré ; ils regorgent de (bons) sentiments si tant décriés par nos postmodernes qui, ne citant plus personne, se rêvaient « avant-garde » et se voient, ici, dépassés par l’ « arrière-garde », la vieille garde qui veille ! Regarde : Si l’on n’y prend garde, la poésie hexagonale illisible, hermétique (snobant L’Anselme comme Chambellan, Simonomis ou Biga) aura bientôt exténué son dernier lecteur égaré là, découragé !
Mais Basse, doucement, fait encore (ou de nouveau) entendre la voix du poète « à la fois populaire et exact » comme Desnos l’imagina. Jacques accorde sa lyre à contre-délire. Il nous montre (sans nulle prétention, car, poète naïf – ni plus ni moins que le Douanier Rousseau – il est un vrai modeste) une autre voie qui serpente entre « modernité » pas(de ponctuation) et « classicisme » (un lexique maîtrisé). Pour « exact » comme Desnos l’imagina. Jacques accorde sa lyre à contre-délire. Il nous montre (sans nulle prétention, car, poète naïf – ni plus ni moins que le Douanier Rousseau – il est un vrai modeste) une autre voie qui serpente entre « modernité » (pas de ponctuation) et « classicisme » (un lexique maîtrisé). Pour lui, la poésie ça sert d’os / art rongé ! Je gage que ses « murmures » se feront entendre (tant tendres) encore longtemps, plus sûrement que tintamarres et mascarades…
Jean Marc Couvé

A DIEU

Dieu
est silence
possible qu’ainsi
il bride les « mots »

Dieu

à cette position ambiguë
il accompagne ses silences
d’une éloquence entretenue
qui dérange les convenances
Dieu ici signe son indépendance

le mot

ancré par le fond où il se balance
il vit dans le silence où il marine
il est peut-être la proie et victime
que le divin lui-même arrime
dans le cœur des non-dits

ainsi soit dit
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AMALGAME

Je mesure
le poids de cette vie
à ce fil fragile

seul
dans le labyrinthe

l’évidence
l’autre côté du visible

l’essentiel ce fil fragile
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ADOLESCENCE

Quelques gouttes de bleu
dans les yeux de l’adolescence
colorent d’illusion le regard

dans ce regard encore vierge
un souffle de rêve semble vérité
qui n’est vérité que de l’instant

tel un papillon translucide
dans sa fraîcheur de printemps

telle est cette adolescente
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AMBİGUİTÉ

Sous la voûte de l’imaginaire
s’abandonne
l’âme

dans un prolongement
la raison s’y engage

face à face
l’imaginaire et la raison
côtoient

l’ ambiguïté d’un dieu
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APPARİTİON

Même le rêve chagrin
nous éloigne du quotidien

une métamorphose des apparences
qu’une volupté discrète dispense

comme un rêve d’oiseau ivre de soleil
qui délivre ses ailes sur la trace du ciel

mais toujours surgira de la nuit le rêve
l’intemporel n’y fait pas de trêve
c’est l’imaginaire qui perdure
souvent par un éloge à l’absurde

du rêve la mémoire n’est que souffle
que rien n’essouffle.

ô rêve musique syncopée de douceur
où sur une vague du bonheur
se scrute l’éternité dans le fond des yeux
où danse un lambeau de ciel soyeux

mais le rêve sur l’horizon glisse
et la rétine du subconscient le fixe
mais pourquoi la mémoire profonde
ne peut-elle du rêve qui vagabonde
l’arracher de l’oubli où il se ronge

ô ce rêve ombrageux qui fuit
qui évente toutes les nuits
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APPROCHE DU MOT

Le «mot»
toujours perturbe

troublant tout équilibre

troubadour de l’espace
le«mot» court après
cette ultime vérité
qui l’inspire

vérité qui est parfois fuyante
c’est un peu comme
cueillir une étoile filante

elle tisse les pensées
sur le fil du temps

envolée troublante
vers les limites
du cessible
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ARBRE DE VİE

La force d’aimer est dans la sève
sous l’écorce de l’arbre de vie

dans ses veines coulent des mots
des désirs de bourgeons émerveillés
des rêveries comme poussière de feuille

dans ses veines sont des lambeaux de ciel
des nichées d’oiseaux encore éveillées
l’ombre d’une ondée aux reflets irisés

fièvre du bourgeon ébullition de la sève
aux oisillons est promesse d’être
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A DİEU

Il est des êtres proches de dieu
qui méditent sur les abîmes
ils assument cette détresse
des noirs désenchantements

ils vivent dans « l’ailleurs »
chercheurs d’apparences
épieurs mélancoliques
quêteurs de l’essentiel

la sauvage impossibilité
de s’en tenir à ce qui est
les rendent inaccessibles
à la pure ivresse d’être

dans un combat contre les limites
ils cherchent dans l’expérience
l’obscur de leur incertitude

ils auront cherché
des évidences éclatantes
jusqu’à l’extrême crête de leur existence

proche de dieu il est des êtres
en contradiction d’être
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AUTRE VİE

Plaît-il m’aurait-elle habitée une autre vie
aurais-je plusieurs fois poussé le premier cri

je m’en souviendrais si j’avais vécu tout ceci
sinon
que faut-il penser de toutes ces âmes outragées

qu’ai-je pu faire jadis
qu’ai-je été
dans les temps passés

l’apothicaire
vendeur d’onguents sur les places du Caire

centurion de la Rome
pauvre hère au Mali
dresseur de tigres dans le cirque au Bengali
je me cherche en somme

peut être

ou un souffleur de verre ou un pauvre syphilitique
jazz man à Broadway ou religieux mystique
un contrebandier pêcheur de perles en Ethiopie

conscient de ne pas connaître
grand-chose de ce mystère
pourtant moi j’aimerais renaître

pour vivre la réincarnation

lorsque se produira l’ultime nécrose
que mon cœur battra son ultime systole
j’irai vers la métempsycose

un labyrinthe sans fin est notre vie
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AVEC UNE OSMOSE

Socrate l’a dit avec passion
qui donc
à vu naître le premier soleil
le jour où Dieu est sorti de son sommeil
tandis qu’Abraham était sur l’horizon

le Divin est parvenu à faire rêver Pythagore
avec lui dans sa grotte Platon
qui nous dévoile sa Raison
quelques uns l’ignorent

Dieu qui a fait tout à son gré
dont la pensée s’élève par degré

de lui dont on dit qu’il est tout amour
jamais il ne s’est montré à nos jours

serait-il en déclin à son tour
béat est celui qui lui voue autant d’amour

l’esprit est absolu sa force est sa vertu

s’enflamme sous les ombrages
cette terre en souffrance
par un monde ignorant qui l’outrage

alors que vit une vérité qui se clame
pleine d’amour sur les ailes de l’âme
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ESCLAVE

Je m’abandonne
à votre cœur

votre esclave
je demeure

je ne peux être plus proche
sans peur sans reproche

sans crainte puis-je dire
sans risque de nuire
avec vous présent je suis
dans le rêve de vos nuits

ô savoureuses nuits
sauriez-vous vous en passer
et les voir s’envoler aussi

mais s’il se doit que nuit cesse
que ce soit sous la promesse

d’une nuit transportée
par le plaisir d’un baiser

je m’abandonne à votre cœur
votre esclave je demeure
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RİEN QU’UN

Ô doux parfum
qui dans les nues se déverse
ô doux baiser
qui se noie dans l’ivresse

est tristesse
de voir ainsi s’envoler
parfum et baiser

la rose perpétue
le baiser

la rose perdure
dans un murmure
et si j’ose

le parfum du baiser
celui de la rose
en sera-t-il altéré

est folie le charme d’un baiser
qu’un effluve de parfum rejoint

ô n’en garder qu’un…rien qu’un
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MOİ ELLE

Moi

je ne suis qu’un baiser

dont le charme file à l’âme
ô rendez le moi aussi enflammé

là où il se doit d’être posé
cet abysse qu’est votre bouche

un lent baiser dont l’envie
plonge jusqu’au cœur
lèvres frémissantes de désir

bouche à bouche
vos dents se desserrent
et nos langues se lissent

notre souffle se respire
notre haleine se mélange
ô pâmoison ô extase

elle

se presse divin cœur
la pointe de ses seins
appelle avec douceur

embrase ce cœur
embrasse-moi toute
aspire la moelle de ma vie

baise le calice de l’envie
bois-moi toute entière
jusqu’au buisson ardent

mais

je ne suis qu’un baiser
qui ne veut mourir

ou alors mourir
de plaisir
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BELLE ET JOLİE

Ô vous
dont la beauté est naturelle
que vous me semblez belle
comme une mer d’aquarelle

que ne suis-je cette vague qui vous caresse
cette vague qui vous effleure sans cesse

votre sourire coule sur moi et me ravit
mon cœur en est surpris
de bonheur et de plaisir

mais

d’envie aussi

puisse par vous cette embellie
être partagée

dépassée est la ligne du rêve
vos yeux langoureux parfois révèlent
l’ivresse espérée du baiser

ô divine
de qui le sourire est fascination
soudain apparaît la tentation
d’oser ce baiser

un frisson
inespéré
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BESOİN

J’ai besoin de voir
l’infini secret qu’il y a en toi
j’ai besoin de savoir

j’ai besoin d’abolir l’âge
là devant moi plein d’images
j’ai besoin de toi pour être moi

au-delà de ta tendresse
j’ai besoin de tes caresses
qui me rendent plus fort

tu guides mes pas

mais j’ai besoin aussi de savoir
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BOUCHE A BOUCHE

Au bonheur attendu
vibre la fougue entretenue
où se mêlent de moites frissons

alors

les bouches
bouche à bouche
murmurent des mots
des mots hameçons

confuses elles tutoient
et attisent les pulsions
et les émotions

les mains s’enlacent
les lèvres s’embrassent

sournoises sous la soie de l’étole
s’affolent des extrasystoles

le bonheur attendu
vit dans l’insondable
des baisers vaincus
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CE DİEU

Pour soustraire dieu au temps
il n’existe pas de puissance
et cela défie la connaissance
que dieu s’échappe du temps

poétiquement ce dieu
que nous cherchons en vain
tant qu’à le chercher au loin
si nous l’avions là devant les yeux

nous n’irions pas le chercher dans l’ésotérisme
dans la métasomatose du bouddhisme
ou dans la métempsycose chez Diodore
ou dans la pensée de Pythagore

chacun est poète en son pays
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CE SECRET

C’est là
dans l’espace éthéré
que l’univers se dilate
qu’il enfle gonfle éclate
l’harmonie y est un secret

l’insolite aubade s’y dresse
au berceau des cieux

tel un écho léger vibrant
dans un silence religieux

là l’indicible éclipse
du cosmos est féerique

l’insigne éclat s’y glisse
jusque dans le jardin des délices

là où l’invisible mystère se crée
le visible y est parfois très secret
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CENTRE DE L’UNİVERS

Qui à eu cette idée aberrante
l’idée d’un centre de l’univers

toujours fascinante et délirante

nous sommes constamment confrontés à ce dilemme

beaucoup d’hypothèses se sont croisées

pour certain
le centre était le soleil ou bien la terre
ou alors dieu

pour d’autres même l’homme en fut le milieu

jusqu’à ce que découvrent ces hommes
qu’il n’existe point de centre en somme

et le fortuit cherche toujours s’il est un dieu
mais rien ne dit qu’il en soit là au milieu
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CHANGEMENT

Chaque soupir est un regret
chaque souffle un désespoir

pourtant

toi discrète fleur d’écume
toi reine au corps sage
cette vie que je hume
s’offre sous ton corsage

tu mêles ta vie à la mer
et tu rejettes l’amer
de ces vieilles servitudes
sans regret tu fuis les habitudes

pourquoi ce changement
l’hiver embaumé de lilas
non jamais tu ne le verras
livre-toi tant qu’il est temps

les changements de l’existence
que l’âme accueille par essence
se glissent vers une migration
mais tu rejettes toute tentation

voici que le jour a déjà disparu
toute la nature s’efface avec lui
la vie à laquelle tu n’a pas cru
peu à peu elle s’éloigne et fuit

chaque soupir reste un regret
chaque souffle un désespoir

cet arrachement me glace
ô
mais pourquoi de grâce
fuis-tu ce qui t’enlace
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CHAPELET

Précepte qui interroge

dans la méditation
l’âme prie
le cœur se replie

parfois la raison qui suit
s’y prête sans grande conviction

nait une confusion
une preuve tangible
que la foi agite

au chapelet
aux sept douleurs
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CHERCHER LE DİVİN

Tôt le matin quand le jour se lève
j’aime à croiser le rayon du soleil

qui réchauffe irradie soulève
toute la nature dans son sommeil

j’y vois la grâce ailée de l’oiseau
sur le voile mouillé des ruisseaux

et la senteur humide des mousses
qui le matin sous les arbres poussent

aller musarder dans ses ravines
pour approcher la voie divine

mais j’aime particulièrement aller
sous le grand chêne fleurdelisé

il me souvient que jadis justice s‘y fit
sous un chêne par Saint Louis
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CHİMÈRE

Du chant du grillon
au murmure de l’aquilon
la chimère voyage
intemporelle image

la mouillure qui désaltère
et qui se mire dans ce ciel délétère
n’est qu’un songe qui encombre

qui êtes-vous chimère ou mirage
vous qui sur les bords du rivage
animez l’illusion
d’éclats pleins d’allusions

seriez-vous

ce temps d’émoi qui embrase
venant droit d’un ciel incandescent

seriez-vous cette dent du temps
qui mordille le cœur tendrement

ou bien cette folle transparence
de la lumière en mouvance

mais quelle importance
puisque ce n’est qu’un mirage qui voyage
qui restera cette impérissable image
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COMBİEN

Mes pensées
ne sont qu’un délire
qui se faufile dans la nuit

des images pleines de rancœur
vivent dans les replis de mon cœur
dans un espace saupoudré d’aigreur

la frilosité serait-elle la réplique
à toute supplique
sauf à détester vivre avec le diable

longtemps j’ai cru à l’amiable
pouvoir dompter ce cœur

mais le voilà tombé
dans le silence
de l’indifférence

et j’ai compris que du « cœur »
je ne sais rien
mais que ce « cœur »
aux autres ressemblent
ô combien
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COMBİNAİSON

La raison a pour désir
l’ordre et l’organisation

l’imagination est plaisir
de survie sans frustration

souvent

l’imagination et la raison
avec quelque sagesse font
plus que force ni que rage
par l’audace de leur courage

tandis que

le plaisir et le désir
se combinent habilement

ils utilisent le plus souvent
les charmes des boniments
ceux des bateleurs politiques
qui polissent toutes critiques
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COMME UN FİL À PLOMB

Comme un fil à plomb
sur la page blanche
ma plume se balance
à la recherche du mot

la lumière est ce soleil
qui comme l’arc en ciel
se courbe sur l’espace
afin que le mot passe

de quel soubresaut
est cette élégance
qui nourrit le mot
d’une telle brillance

ô ineffable appât
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CROİRE

Nous ne sommes c’est évident
qu’une parenthèse de l’éternité

l’âme est intimement liée
à l’espace et au temps

est-elle immortelle
la survie s’en réclame
une autre vie là se clame

ce que les supputations donnent
ne sont
que rêves incohérents
passagers et insignifiants
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DANS TOUS SES ÉTATS

La métempsycose est le passage
le transvasement d’une âme
dans un autre corps qu’elle va animer

La métempsycose est la croyance selon laquelle
une même âme peut animer plusieurs corps
soit d’humains soit d’animaux soit de végétaux

la transmigration des âmes peut intervenir
non seulement dans l’humain -réincarnation-
mais encore dans le non-humain

la métempsycose qui signifie
« déplacement de l’âme » chez Diodore de Sicile
les Grecs disaient « palingénésie »
la  » nouvelle naissance « 

ainsi pour Pythagore
ce qui a été renaît
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DE BLANC VÊTU

Du ciel est tombé un blanc manteau
de paillettes d’or et d’argent
un pâle soleil avive ses cristaux

une ouate cristalline
recouvre maintenant villes et champs
comme blanche capeline

les toits se parent de bonnets blancs
la forêt de sapins de reflets brillants

tandis
que trône un coq blanc sur le clocher
des cheminées s’échappent des fumées

fumées de prières
aux volutes denses enneigées
qui montent vers la voute divine

ô campagnes immaculées
prisonnières et captives de blanches nuées

ô chaumières isolées où les femmes
redécouvrent l’homme de leur flamme

le ciel a donné son blanc manteau
un rien d’humanité qui vient de haut

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DÉFERLEMENT

De cette vibration passagère

qu’y a-t-il à retenir

seul l’éphémère
et empressé envahissement
d’une once de plaisir ludique

certes sur l’instant
la jouissance
de l’extrême submerge
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DÉLİCATESSE DU CŒUR

Quelle infinie délicatesse
à la vibration du silence

que seul un cœur sincère
perçoit toujours en écho

c’est une pulsation fidèle
qui se manifeste pourvue
d’une mémoire indéfectible

à la verticale du cœur
les vibrations de l’âme
y résonnent à l’unisson
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DEPUİS LA NUİT DES TEMPS

Dans une crevasse de l’univers
ou
une fissure de l’espace

depuis la nuit des temps
du sablier sans fin
coule insensible le sable

il déverse son flot insaisissable
de temps sans état d’âme
et va à son rythme infatigable

seul le présent le conduit
jamais il ne remonte le temps

la fuite du temps
à l’éternité est repère
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DERNİER REGARD

Quand se fera le dernier écart
sera le dernier égard
le dernier regard

jamais plus ne sera de retard
déjà
il est si tard

alors seront achevées nos vies associées
plus jamais elles ne seront conjuguées

y-avions nous pensé
on ne vit qu’une fois
nous n’avions pas le droit

orphelin du trottoir
éperdu je glisse
sans plus d’espoir
là où les pas crissent

mais les projets périssent
nous qui n’imaginions que délices
tout finit dans un caprice

ces pas qui soudain
dans le dédain
sans tolérance
piétinent toute espérance
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DES PEUPLİERS

Ces peupliers sont saisissants
toujours ils frémissent
au gré des vents virevoltants

les feuilles
tels des papillons mordorés
les animent constamment

certains sont vieux
un peu pliés
les jeunes raides tels des piliers
affichent déjà leur prétention
se hisser haut est leur tentation

vous tremblants de grâce
du haut des cimes
avez-vous une plus juste estime
et de la lumière et de l’espace

vous si haut perchés
seules les fées aux corps ailés
vont oser grimper

et le grand oiseau rapace
s’y aventurer là est son espace
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DÉSERT

Le silence du désert
cette nudité du dire
m’intrigue

graines de silence
grains de sable
qui crissent sous la dent

qui dans l’espace et le temps
voyagent
à la vitesse des vents

grains de mots légers
ne pourrais-tu me dire
comment

les dunes déplacent
des tonnes de sable
remodelant le paysage

comment elles traînent
cette mouvance
d’une histoire millénaire

le goutte à goutte de l’oasis
perdu dans l’indifférence
n’est guère éloquent

aussi la rose des sables
ou le sirocco ou le fennec
murés dans le silence

cette graine du silence
qui toujours reste muette nourrit
la légende mouvante des syrtes
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DÉSERT DE SOLİTUDE

La solitude
griffe le silence

désert
d’indifférence

braise du jour gel de la nuit

dans cet espace
sa carapace
tremble à fleur de peau

à l’ombre de l’arbrisseau
le rire de l’oiseau
déflore l’envers du décor

j’aime se dira-t-il encor
face à la solitude de l’âge vieillissant

certes la solitude est grave
est-il sûr qu’elle soit brave
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DÉSERTER

Sur la nuit si grande
l’ombre
s’abat

je me hâte
de déserter ces lieux

comme la bête
chassée de la lande

la voix
de la solitude
très vite mine

dans la nuit
qui sous le pas
chemine

qu’advient-il
après l’ultime pas

si ce n’est notre trépas
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DÉSESPÉRANCE

L’abattement règne et désespère
on se demande s’il reste

à l’humanité quelques repères
pour nous faire un geste
comme cette lune si belle trop belle
l’homme l’a piétinée qu’il soit discret
elle pourrait finir par s’écrouler rebelle
sans que nous puissions en faire le secret

oh comme tout est calme
cruel et calme

comme est sensible le lézard
qui darde son regard
sur un puceron hagard
avez-vous vu ce chêne jadis si solide
qui de son dernier bras valide
fait un geste de désespoir
en signe d’au-revoir
il perd son feuillage vert pâle
le ruisseau à ses pieds s’étale
j’ai le souvenir de son râle
pour lui aussi l’issue sera fatale

la nature en fièvre vit cette évolution
et s’émeut de la disparition
de ses fougères de ses mousses humides
ainsi que de ses violettes timides

ô comme tout est malade
en sous-sol la matière
de la terre ne digère

qu’on fouille ses schistes
par un agissement masochiste

est malade l’humanité toute entière
qui du temps abolit les frontières
et nous mène à la déchéance

notre terre se détruit
et notre vie aussi
————————————-

DÉSİR

Quel est cet objet du désir
qui dans la nuit transpire
ce rêve qui redoute à dire
que l’égo estime le plaisir

le rêve qui va au demeurant
devoir vivre inévitablement
en s’exposant tout le temps
aux dires du raisonnement

à l’obscur de notre jargon
lire le banquet de Platon
là le mystère s’y lit à ravir
sur l’obscur objet du désir
—————————–

DEUİL

Faut-il fermer l’œil
pour survivre au deuil
quand s’éloigne le regard

quand se brise l’écho
et que le mot
lui même s’égare

maintenant de ma vie
que vais-je faire
toi qui m’est arrachée

à mon cœur qui bat si bas
désormais il va languir
ne va-t-il pas défaillir

souvent le cœur qui pleure
sur l’emballement se leurre

pourtant

trainant mes pas dans ce val
j’espère revoir ma fleur du mal
hélas sans ses pétales

dans le temps qui s’étale
dans tous mes jours de pleurs
de toi j’ai perdu l’odeur

il faut fermer l’œil
pour survivre au deuil
reste cette larme dans mon recueil
———————————
DİALOGUE

Avec la solitude
s’est éteint le dialogue

il est des non–dits
aussi de la vérité
comme du mensonge

tandis
que le doute épie
un geste de répit

la solitude
ferrée
dans son silence

peut-elle
braver
ces mots rebelles

alors que la vérité
dans le mensonge
se ronge
———————————

DİRE OU NE PAS DİRE

L’immoral avéré est immonde
il est immanquablement
une manipulation d’un monde
qui vit sournoisement

l’amoral est fait d’insouciance
il agit par défaut
mais il n’a pas la conscience
des jugements moraux

comme le serment de l’amant
qui lamentablement là ment
à ce cœur qui enlacé à vous
s’est lassé et vous l’avoue

combien cela peut être futile
aussi tendrement aimé fut-il
de changer aussi l’apparence
devenue des appâts rances

ainsi

les jugements de cour
que vous soyez noir ou blanc
vous pendront surement
haut et court
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DOUCE AMİTİÉ

De vos yeux un savant mélange
de charme et d’intelligence
se reflète orné d’indulgence
comme ceux d’un archange

votre grâce m’envahit au pas de danse
oblongue et élancée
reviens-tu faire allégeance
à la douce et belle amitié

il se dit que les souvenirs s’émoussent
mais plutôt mourir que d’oublier
ces yeux et cette voix si douce
qui fait vibrer cette amitié
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DOUTE

Au passé à tout jamais
trépassé

succède
un présent insensé

où parfois
le conscient attire
le doute

l’incertain poignardé
sur la paroi de l’âme
surgit ensanglanté
dans l’indifférence

dans la réalité
du plus fragile
de l’instant

le doute se faufile
prend un pas incertain

vers un énigmatique et
soupçonneux destin

à «l’irraisonné»
l’incohérence est

sur la portée du tangible
n’est-elle pas complice
—————————–

DRAME

l’hiver et ses sautes d’humeur

le grand froid s’est installé
griffant le charme de l’été
dans l’ubac rien ne vit plus
sous le chêne encor feuillu

les feuilles sont trop givrées
leur chute est un vrai drame
l’arbre y perd toute sa trame
l’oiseau son nid bien douillet

branche que le vent balance
l’hiver donne peu de chance
la nuit tremblée sous la gelée
voit la dame nature basculer

l’humeur a des effets divers
———————————

DRÔLES DE CHEMİNS

Ces chemins qui ne mènent nulle part
ces chemins qui vont ailleurs

chemins incertains improbables
pourtant
empruntés quelquefois

jonchés d’ornières
ils sont impraticables
ils ne sont qu’un détour
un prétexte pour échapper
ou fuir un obstacle

ces chemins là qui ne vont nulle part
il faut s’en méfier ils n’ont pas de gloire
à vous ramener au point de départ

ces chemins aléatoires
qui proposent
par une osmose
une métamorphose

démystifier ces lieux
et dessiller vos yeux
soyez suspicieux
envisagez au mieux

heureux qui a fait ce long voyage
mais qui creuse l’abîme davantage
——————————–

ÉCHÉANCE

Avec le temps dans le chaos tout doucement
coupé de ces racines l’être résiste un temps
avant que la raison vacille et ne condamne
chacun de nous et quelle que soit notre âme

êtres chers vous sensibles au cours des âges
ne prenez les devants ni même cette charge
viendra le temps sachez que nous mourrons
et devant la fin égaux nus tous nous serons

ne faire le dernier pas la vie s’en chargera
n’existe aucun privilège qui nous sauvera
nous sommes condamnés dès le premier cri
tel est notre destin où mourir est aussi la vie
————————————————-

ÉCHEC

Pourquoi
Le tic tac de la pendule
rompt-il le silence toujours

le silence de nuit de jour
sur l’échiquier fait force de loi

le silence du cavalier du roi
celui de la reine concours
au silence du fou de la tour

silence
du pion en résistance
de mort est le silence

je mate
échec et mat
épate pat
———————————-

ÉCHO DE L’OMBRE

L’ombre de la nuit a surpris
elle est entrée sans un bruit

pourprée de rose elle va épouser
un ciel d’azur divinement apaisé

l’onde éthérée au firmament vibre
et l’écho inonde l’horizon du félibre

dans une inclinaison la déesse Junon
va aveuglement suivre Pâris sur l’horizon

là aux portes du jour à l’ombre de l’amour
l’éternité y sommeille sur un tapis de velours
———————————————
ÉCLAT DE POÉSİE

Eclat de lumière
l’aube naissante
dévoile le jour

arc tendu entre ciel et terre
est un léger murmure
est-ce la vie

tout cela n’est-il pas que poésie
où tout y est harmonie

la couverture du temps
masque la complaisance

l’éclat s’enfuit
dans une nuit
irréversible
———————————
RUMEUR

Droite toujours fière
elle est sans frontière
elle crie familière

se rit des qu’en dira-t-on

elle sème la trahison
récolte de déraison

comme la forfaiture
elle est pourriture
———————————
ÉNİGME

Dénoncer

le malentendu
qu’est ce laps de temps

puisque la mort l’abolit

mort qui aveugle
qu’accapare l’éternité

nuit sidérale
trou noir

énigme
désarroi

que dieu entretient
——————————
ESPACE DE SOLİTUDE

Dans l’espace
notre monde doute

la solitude l’aspire
de tous bords

même la grande ourse
risque d’y perdre le nord

ô néant
où plane ce doute

nul être au monde
des hypothèses
n’en connaît l’origine

tel est
le mystère qui me chagrine

le doute
je redoute
———————————

ESPÉRANCE

Fuir la complicité légère
allons où vont nos frères

pour ceux à qui en tête est montée l’ivresse
sont mensonge et vanité le plaisir et l’allégresse

enivre-toi
plutôt de la rose
écarte celle déjà fanée

ose
le souffle est encor beauté
mensonge et vanité y sont écartés

dans les chansons de gestes
l’âme ravie s’y manifeste
au récit courtois le cœur se presse
————————————-
ÉTÉ EN FLEURS

Les fleurs de l’été nous inondent
de leur parure de transparence
et
nous plongent dans
la volupté la sensualité

elles s’unissent à la lumière
du haut de leur corolle

dans une ivresse rosée du matin
en une belle harmonie

comme ces papillons
joyaux ailés qui l’enluminent

véritables poètes des airs

ces pétales charmants transcendent
l’ambiance d’une onde de fraîcheur
en ce jardin de délicatesse

à l’heure où tout s’éveille
flore et faune réunies à nulle autres pareilles
laissez nous profiter de ces merveilles

l’éclatant essor
d’une naissance des aurores est ivresse
————————————–
ÉTOURNEAUX

Une nuée d’étourneaux
piaille virevolte
dans l’incertain devenir

un vieux chêne séculier
les accueille
pour la nuit

il est bien qu’il recueille
ces petites âmes

dans les branchages de cet ancêtre
gardienne des lieux
une araignée file son fil
consciencieusement

quoi qu’il en soit
le piège fonctionnera

dans cette nuit tiède submergée
qui tire son voile hébergée
sur l’étoile du berger

tandis qu’un nouveau jour s’enfuit
que rebaptise réjouie
la rosée de la nuit

piaillent les étourneaux ravis
——————————

EVE

Ces belles de Paris
statues de maîtres
sont restées fraîches
touchantes de volupté

le grain de la pierre
et le velouté du marbre
y prennent parfois
des douceurs charnelles

femmes sans complexes
extraordinaire hymne
à la grâce et la beauté

vous demeurez
dans la durée
——————————-

ÉVENTUALİTÉ

Il suffit d’un mot
d’une image

l’éclair d’un frémissement
la musique d’une ombre

pour que d’un gouffre
se reflète en une seconde
l’encre d’un baiser

pour que d’un souffle
s’attisent à nouveau
les torches d’un brasier
—————————-

ÉVİDENCE

Ne peut être niée l’évidence
la mort ne vit pas
ni ne meurt puisque sans existence
mais où se situe-t-elle

dans ce néant
qui nous enveloppe

le concept n’y résiste pas
cette abstraction effraie

seul Dieu pourrait rassurer
s’il est
——————————–

EXTRÊME ONCTION

Déjà la pensée invalide
à l’extrême de l’usure
sa nuit cherche refuge

le souffle du murmure
qui traverse le mouroir
quête l’extrême onction

ne laissant rien espérer
de la vie à cette âme
affranchie de la matière
—————————-
FAMA

ô toi Fama qui dans la chimère siège
toi qui sais faire de cette rumeur un piège
tu es lion et bouc cette bête haineuse
même du serpent tu as la tète hideuse

servant une paranoïa imaginaire
je te combat toi cynique adversaire
toi mythomane qui à souhait colporte
toute la rumeur sache ce qui importe

ces arcanes proférés sont une imposture
que cesse cette infamie cette torture
que s’opère une métamorphose des mœurs
que la renommée triomphe sur la rumeur

car vite la rumeur court et se propage
sans que nul ne puisse lui faire un barrage
tu disposes de deux trompettes symboliques
reprends-toi déesse de la Rome antique
————————————
FANTASME

J’aimerais tant m’abandonner à son regard
avec l’audace qui sied à sa grâce

fantasmer aux fertiles émotions
ombre douce où miroite son âme
délire secret

si lointains sont les élans
de son cœur

même
le souffle de son visage
je ne le sens pas

ce n’est qu’un rêve

je le sais

mais quelque part
elle est
———————————
FEMME STATUE

Ces femmes« statue »
qui se dressent
dans les parcs

sont des points de repères
pour des rencontres éphémères
de toutes sortes de gens

de staff
de pierre
ou de bronze

de chair
elles captent le regard
avec plus d’égard

femmes

vous restez toujours
celles
vers qui tout converge
—————————–
FİGURE

Ce rai de lumière
troue
l’espace

mystique éclat
d’un
arc en ciel

du violet au rouge

l’alpha et l’oméga
le premier et le dernier
le commencement et la fin

sagesse multicolore des Dieux
——————————–

FLORENCE ÉTERNELLE

Ici l’art a son espace
de la beauté de la grâce

Florence là à mes pieds
et cette langue d’Horace
et tout autour mille rencontres de hasard

ces voix qui chantent
leurs échos font palpiter
l’ombre de ma langue

ce bel canto éternel enchante berce et bénit
la lumière s’incurve s’adoucit devant Botticelli

au regard embué de la naissance de Vénus
qui enveloppe l’enfant dans les nues
voluptueuses et douces larmes désarment

tous les instants miment l’éternité
où toute chose fait retour à l’origine

je suis aux portes de Florence
et je me promets de délicieuses errances

l’Arno qui coule immortel
qu’enjambe un Ponte Vecchio oriel

d’abord un bonjour à David
un salut amical aux Médicis
et au jardin Del bobo li
revoir la porte des enfers du paradis

un beau programme bien chargé
devant le Palais des Offices n’oubliez
d’y saluer Michel Ange
ah quelle vision étrange
—————————————-

FLORAİSON

Voilà le printemps

en s’effeuillant la pâquerette
teste cette renaissance
lilas mauve ou blanc
anémone coquelicot
arrivent

aussi le mimosa
aux mille étoiles éphémères

un instant de grâce
voici venir
une nue d’odeur de senteur
la rose

et si tu dois périr
ô rose
l’œillet poète
qui rivalise te suivra
——————————

FRAGİLE CHARME

Ce charme du temps
au sillage discret
va simplement

il avance émerveillé
par transparence

il séduit les sens
par son espérance

une attirance
qui jadis fleurissait
le jardin de l’enfance

sereine fragile
elle se nourrit d’autrefois
elle passe et repasse d’un pas agile

ô ces infâmes et sauvages rides
marques de tatouages sordides
de la fleur de l’âge

adieu belles agapes
s’échappe cet air de jouvence

la vie n’est qu’un moment
si peu de chose décidément

juste le temps en somme
d’y croquer une pomme
juste le temps d’y goûter
pour déjà l’abandonner

ô ce vivre est bien trop ingrat
qui chassé jamais ne reviendra

————————————
FRONTİÈRE

Frontière où plane l’incertain
où l’écho du silence
laisse place
à des auspices possibles

conjugue tes efforts
vers cet espace
où tout est
explosion implosion

là le néant
est silence éternel
parabole que décline
le possible d’une osmose

—————————————
FULGURANTE NATİVİTÉ

Pourquoi Noël n’aurait-il pas aussi son rêve ?

Il est depuis la nuit des temps sacro-saint,
festif et contemplatif, il vit en nous.
Des grands aux petits, tous en rêvent.

Sont là
Le sapin, le houx, les boules, les guirlandes,
le Père Noël, et bien sûr, les cadeaux.

Mais aussi,
croyant ou athée, ou bien agnostique,
« le Petit Jésus », et son cortège de Mages.

ô, qu’il est grand le mystère de la nativité ,
où se trouve
nichée, toute la symbolique d’un rêve !

Le voilà au rendez-vous ! Il neige !
Les griffes de l’hiver sont sur l’horizon.
L’ombre se déroule au crépuscule,
où l’oiseau s’est retiré sous les futaies.

La chouette chevêche de la déesse Athéna,
dont Homère dit ces yeux d’or
à la cime d’un sapin,
seule, immobile comme une étoile,
chante ce rêve !

l’Alléluia de l’allégresse.

Seul s’entend l’écho,
d’un silence profond.
étouffé par le manteau de givre,
Le rêve ici enchante
avec Dieu…S’il est

Fulgurante nativité,
que côtoie
l’ambiguïté du rêve !
———————————
FUTİLİTÉ

L’inconstance avérée
est le fruit d’un monde
sans souffle sans émoi
qui sombre dans l’anormalité

alors sur la page blanche
s’inscrira la trace indélébile
laissée par la sombre vision
de ce monde déshumanisé

futilité que ce baiser
de l’ode à la joie
échappé du silence
dans une larme de joie
——————————–

GASPİLLAGE

J’ai gaspillé le temps
j’ai nié l’évidence
en silence
j’ai parlé pour ne rien dire

aveu
d’une vérité ancienne

méfiance

j’ai douté du soupçon
j’ai brisé l’essentiel
et perdu l’horizon de mon ciel

aux pieds de mon ego
je m’attendris d’un triste écho

la souffrance issue du pleur
étouffe toute espérance en fleur
————————————
GÉNOME

Le génome humain qui vient de naître
repousse de la main la règle du maître

l’existence de dieu s’y découvre inhibée
nœud si mystérieux que ce nouveau-né

l’évidente avancée rend le saint suaire
certes à pas feutrés bien plus ordinaire

mais va se manifester la métamorphose
sur ce thème fondamental de la Gnose

le génome qui hors la présence de dieu
décline le grand mystère dans ces lieux
—————————————-
GNOSE

L’être qui trouve sa raison dans la gnose
prônant une connaissance dans le doute
et qui chemine doucement sur sa route
dans son combat trouve-t-il ce qu’il ose

il vit avec les bleus de son âme sa chose
et reste dans l’ambigu à l’affût du doute
souvent la désespérance y est une joute
la souffrance vécue n’a rien d’une rose

une recherche peut confirmer la déroute
lorsque vit la raison sur la voie du doute
—————————————–
GRAİNE ET MOİSSON

L’ombre compulsive d’un nuage
dans un champignon de rage
s’élève au-dessus de nos têtes

la tragédie de ce temps qui succombe
aux tressaillements de l’âme qui gronde
est l’ample angoisse qui nous guette

temps qui ne gère plus les saisons
ni même la graine ni la moisson

une trêve serait salutaire
ce rêve devient nécessaire
——————————

GRANDE OURSE PENCHÉE

Dans l’espace sidéral
notre terre bascule
le soleil l’aspire
irrémédiablement

la grande ourse penchée
risque de perdre le nord
alors sera la fin
de toute vie sur terre

tandis que le temps nous tire
nous promène dans son sillage

comme poussière d’étoiles

disparaîtrons-nous
sans laisser de traces
—————————-

GRAVURE

Toujours plane l’illusoire
au-delà du réel

vision désordonnée
qui interpelle

alors que la nuit s’étend
que le réel se distend

s’aventure
l’insaisissable rêve

la rétine du subconscient
grave cet instant
————————————
HİVER

Je compte les hivers
sans savoir
de quoi sera fait le prochain
ni même si le prochain sera
j’ai froid

j’ai froid

je veux longtemps avoir froid
jusqu’aux limites du supportable
me réchauffer d’elle
capter ses rayons qui chatoient
mon corps engourdi

encore j’ai froid

lisière de ma vie
soupir de mon être
soupirs qui valent l’univers

mon ultime rêve

rêver d’elle
———————————-
HORİZON

Dans l’univers courbe
une myriade d’étoiles
sur l’horizon bourbe
se cache sous un voile

l’avancée de ce temps
dans notre douce nuit
est cet indicible chant
une parure de l’infini

s’étendre sur l’horizon
cela demeure utopique
y est là sa déclinaison
jugez donc du risque

là s’y trouve peut être
une osmose de la vie
d’une étoile en survie
ceinte de ces mystères

ici ce souffle de vérité
dans la luminescence
souligne la présence
de la vastitude éthérée
——————————

POLAİRE

Au seuil de la galaxie notre mère
mue d’une poussée éphémère
s’ écoute la nuit qui réveille
une sublime merveille

à jamais elle sera notre étoile polaire

cet œil vigilant le saphir la perle
elle qui a vu naître notre terre
sa lumière est notre repère
depuis des millénaires

———————————-
İMAGİNAİRE

Le ver luisant
dans le jardin
imite la lune
de son petit point
lumineux et magique

il est des décors
champêtres féeriques

ce jardin
pourrait être peuplé
de jeunes filles
en lévitations
aux couleurs délicates
à la fois douces et acidulées
sans que l’on en soit surpris

de l’imaginaire peut surgir
l’invraisemblable tel
un lapin aux yeux verts
aussi brillants que la lune
comme le ver luisant
——————————

İMPOSSİBİLİTÉ

De la quadrature du cercle
puisqu’elle est impossible
que faire
dans un cercle vicieux

les uns vitupèrent
les autres s’insurgent
sur ce cercle incertain

Aristote en vain
après lui bien d’autres
en firent le tour
sans résultat

nous interroge
cette énigme
laisser règles et compas
il n’y a pas de solution

bévue dans la création
dieu serait-il faillible
——————————

İNCERTİTUDE

Ô vous incertaine
sur l’autre rive

voici le grand moment
où les yeux soupirent

ces yeux pleins de fièvre
qui disent à cœur ouvert
l’ivresse convoitée

allons dans un baiser
j’ai besoin sur mon visage
de votre souffle

à ces limites on a beau rêver
tout dépasse le rêve

je voudrais
vivre dans vos rêves
——————————
İNCOHÉRENCE

Est une idéologie mythique
face à un monde déshumanisé
qui interpelle effraie

vertigineuse chute de dieu
est incohérence qui sévit

méprisant est ce silence
sans savoir s’il est un présage
ou une sombre machination

est surprenant ce cortège
de désolation où nage
ce flot d’outrages

vertigineuse chute de dieu
est incompréhension qui sévit

tous les sens de peur suent
de cette peur vengeresse qui tue
qui foule aux pieds tout espoir

dans ce silence le froid du désespoir
vit le présent
que nous réserve le futur

incompréhension et incohérence
ont une fêlure complice
—————————–
İNFLUENCE

Nous éloigne des limites
de notre quotidien
le sentiment
amoureux

il est un rêve éveillé

une attirance
une métamorphose de l’apparence
ivre d’une volupté secrète

comme le bourgeon au printemps
qui rêve de s’enivrer
de l’air du temps

vivre au plus simple ces choses
disait avec amour Éros
qui renommait chaque jour
la rosée des roses

pourtant

ce rêve merveilleux
est parfois grisé
du troublant qui le dévoile

mais

il marque l’instant
où l’improbable
surgit
———————————————–

INTERROGATİON

Est-ce un mystère nouveau
ou
l’ombre compulsive d’un nuage

qui assombrit et pèse
sur notre monde mal à l’aise

tout est relatif Einstein nous l’a dit
la bombe peut servir de bouclier

un jour sera où l’homme en folie
perdra le sens des réalités

déjà la raison ne gère plus
notre capacité à dialoguer

déjà l’humanité ne gère plus
notre générosité à aimer
——————————-
İNTİMİTÉ

Les yeux
le sourire
la voix
les caresses

vous sentir suspendue
au plaisir
haletante

perdue
éperdue

vous sentir dépassée
par le désir
attendre
atteindre
le seuil de la féminité

j’aime ce que précisément
je ne suis pas

cette différence

vous êtes femme
—————————–

İRONİE DE L’AMOUR

Pauvre amour
qu’elle croyait indestructible
unique
décisif
partagé

une désillusion l’attendait

comme une rose sans pétale
sur cette mer étale
la barque est partie sans elle
il était avec « l’autre la nouvelle »

elle est restée seule sur le sable
de cette plage

dans le vague du désespoir
témoin de cette tournure
d’une nouvelle aventure

bien qu’amoureuse
ancrée par des aveux
échangés l’an passé

une trahison est sur cette plage
là où sont enfouis sous les galets
leurs jeux d’adolescents endiablés
et leurs amours inhibées

alors que joue calme et tranquille
la vague qui n’a pas vieilli
sur le sable de l’ironie
———————————–
İVRE DE MOURİR

Oh divin cœur
tu as ruiné ma vie
appelant mon malheur

et me voilà prêt à enjamber la vie

ô que n’ai-je le pouvoir de ralentir
la grande roue du temps
pour vivre une vie plus longuement

les rêves courent vers la gloire
coulés dans une trajectoire
d’un brin de folie à un grain de folie

tous les rêves les plus fous
le cœur les yeux dans le flou
sont dans l’obscurité sournoise
d’une nuit bleue d’Iroise

alors

je peins mes rêves en bleu
au crépuscule de tes yeux

ô divine douleur
tu as ruiné ma vie
appelant mon malheur
—————————–
JACHÈRE

Cela préfigurait-il
un paradis sur terre
cette parcelle de terre
mise en jachère

fleurs feuilles et branches
jour et nuit à leur aise
s’y balancent

l’insecte et l’oiseau
y trouvent là du repos

et pourquoi
ne pas y jeter des mots
les donner en pâture
à la mère nature

une poignée de mots
à jeter au vent
pour aider le temps
à sécher ses maux

un geste plein de lumière

le tout en jachère
à la régulière
————————————–

JADİS PANTUM

« Voici venir les temps où vibrant sur sa tige »

Jadis j’ai eu la faveur d’un cœur en otage
ô combien ces délices subtils m’ont marqué
le charme et aussi l’amour se sont dispersés
à l’instant même où la fleur fit son naufrage

ô combien ces délices subtils m’ont marqué
il est toujours dans le ciel un brin de rage
à l’instant même où la fleur fit son naufrage
là où le bonheur dont j’eus la douce pensée

il est toujours dans le ciel un brin de rage
quand une ombre nouvelle vint là s’inviter
là où le bonheur dont j’eus la douce pensée
pour y garder le cœur et le charme en cage

quand une ombre nouvelle vint là s’inviter
plutôt que le passé j’aime autant mon âge
pour y garder le cœur et le charme en cage
au lieu de ces décors aux charmes surannés

« ton souvenir en moi luit comme un ostensoir »
———————————————–
J’Aİ VU J’Aİ CONNU

J’ai vu l’aigre du fiel
se loger dans un cœur
épris de pavot

j’ai vu dans le silence
une larme de misère
diluée de narco

j’ai connu
le souffle de l’agonie
du cœur d’un enfant
poussé par un élan
qui annonçait sa nuit

j’ai vu cette peur vengeresse
celle que l’ivresse agresse

je suis cette tristesse à mon cœur
quand aux yeux coulent des pleurs
————————————-
JE RÊVE

Que j’aime à m’attarder dans mes pensées
à l’heure où la sieste enchante

dans les pins la cigale y chante
ne connaissant de trêve
est propice ce moment au rêve

que me transporte encore
et toujours cette sublime ivresse
celle qui depuis ma prime jeunesse
n’a de cesse de me faire rêver

tel un romantique suranné
je retiens et construis le souvenir
que poursuit tous mes désirs
mes yeux cherchant dans les tiens
une perspective d’éternité

qu’il est bon de penser
que la caresse tant elle est discrète
peut se prolonger

vraiment
si le baiser posé sur ta joue
dont je ne puis oublier le goût
pouvait révéler à ton cœur l’amour
j’en deviendrais fou

————————————
JE SUİS LE SOLİTAİRE

J’ai comme ultime bien
l’écho des rires d’autrefois
et une âme chagrine

d’une aile légère l’oiseau se hisse
au-dessus de l’arbre

moi d’un pas hésitant
je poursuis mon chemin
et je creuse l’ornière

déjà le seuil de ma porte s’entre-ouvre
sur l’au-delà

inclination inquiète le déclin se profile
que puis-je espérer d’un lieu qui se défile
———————————————–
L’ÂME

L’âme
ce
souffle
d’ombre

enveloppe l’arbre

écorce
légère comme un souffle

fragile
ce souffle
s’épanouit dans le sublime

entité abstraite
tiraillée entre
l’« être » et le « non être »

une avancée
étrange
sur la portée des croyances

et la réalité d’un vieil arbre
qui adoube
lorsque le vent redouble

ce gémir émeut l’âme même
évoquant une présence au problème
de l’existence de Dieu lui même

serait-ce un aveu
ce lien suprême
—————————————–
L’AMİTİÉ

Comme le pinson tout est gai
lorsque l’amitié apparait

d’un charme évanescent
qui au front rubescent
va bouleverser le cœur
le frappant de bonheur

elle est colombe de pureté
l’essence d’une clarté
d’une ineffable volupté

espace rare
de grande noblesse
espace brave
plein de prouesses

c’est le sourire d’une pensée en fleur
qui fait couler des pleurs
dans ces moments de bonheur

l’amitié a des pulsions divines
comme ces sources cristallines
qui coulent parmi les vipérines

s’il est une chose garantie
pour l’essentielle alchimie
indispensable à toute vie

c’est bien l’amitié partagée
gage de survie pour l’humanité
ô magique et accueillante amitié

l’amitié partagée est le lien
du ferment quotidien
—————————————-
L’ARBRE SEUL

La vie
de l’arbre
geint chagrine

est vide aussi
sur la colline
le champ de l’araire

vide aussi
de la ronce légendaire
de la folle avoine
et de l’ambroisie

bientôt
ne sera plus
ni hérisson
ni la taupe ni le papillon

de la vie suinte un soupir

tandis que

s’éclipse une lueur de l’avenir
dans un touchant et pur respir

solitude qui agresse est délire
se détruit là tout notre empire
—————————————-
L’ENFER

Aux ravages
de l’enfer
un souffle de vie
ne résiste pas

noir trait de fusain
tel est l’arbre
au tronc calciné

phallus dressé
sur un sol gris
où l’odeur âcre
de cheminées mal éteintes
subsiste
un amer goût de cendre

le ventre creuse les sens
le sang brûle les tempes
décor morbide
surréaliste

et

tout ce noir qui existe en creux
et ce silence qui domine
c’est l’enfer
qui distend l’espace

est-ce un pressentiment
un chant d’après
venu d’ ailleurs
————————————-
L’ÉTOİLE DE MA VİE

Dans la quiétude d’un ciel serein
est un éclat qui éclaire le divin

dans le silence des fougères
y poussent des mousses

dans l’éternel des songes
l’étoile de vie supervise

mais que l’on me dise
si cet œil de dieu
qui là haut nous vise
nous escorte de ces vœux

débusquons toutes ces horreurs
l’humanité intellectuelle et morale
ne peut se complaire dans le râle
il faut qu’elle sorte de cette torpeur

dieu déficient perd son hégémonie
à genoux jamais debout il nous dit
aimer vous les uns les autres déni
au bout de l’horreur va son ironie

humons la senteur des mousses
et le silence des fougères rousses
dans la quiétude d’un ciel serein
est un éclat qui éclaire le divin

toujours à l’ombre de l’amour
s’y trouve un tapis de velours
————————————
L’OMBRE DU SİLENCE

La vie qui me couvre
de l’ombre du silence
va sur l’aile du chagrin
qui chemine sur le temps

alors je foule la rive
au mur du silence
j’épingle mon cœur
là où s’ancre le temps

ce temps qui s’efface
et qui ronge

même la pierre
——————————-
LA NUİT

Accrochée à la lune
sensible est la nuit
manteau de brume

de la nuit qui se dresse
et qui soulève son voile
y soupire une tendresse
infinie celle d’une étoile

mais dans ce reflet mauve
une étoile filante se sauve

ô nuit qui se plait à éblouir
ô étoile qui se plait à me fuir

toi qui es cette douce lueur
toi l’écho bleuté de la nuit
je ne me console de la peur
ni du vil chagrin qui me nuit

nuit qui flirte sur la voie lactée
ne redoutes-tu point notre venue
sur Mars cette Étoile du Berger
où des allers et venus sont prévus

déjà une incursion sur la lune
profanant cet espace diaphane
fût un drame au clair de lune
son charme y perdit de son âme

ce fut folie ce pas sur l’ellipsoïde
c’est saisir le météore en plein vol
ou planter la rose sur l’ astéroïde
mais capter la galaxie est trop fol

insolente faiblesse de notre sagesse
est terrifiante la cible du cessible

sensible accrochée à la lune
est la nuit manteau de brume
et l’inaccessible étoile

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L’İNSOMNİE

Une nuit blanche d’insomnie
emplie de cauchemars…m’attend
une nuit assassine, toujours insoumise
qui n’a cure de mes soucis

une vigne vierge ruisselante
s’agrippe au mur
se fixe le lierre au sien de pierre
pendant que pleure la pluie
dégoulinent des larmes

alors qu’une reinette se prélasse
sur un nénuphar, où ravie elle coasse

vacillent dans la nuit des affres
mon sommeil léger, espère le rêve
mais le cauchemar
qui n’a jamais de trêve
toujours le poursuivra

je dors si mal alors je veille

dans les méandres de la science
de ce substrat du rêve qui gronde
et qui dans les limbes se ronge
ne peut-on y remédier, est-ce licence

j’espère un bien de cette dernière
et je sors mon chapelet de prières

ô de la nuit, bien sûr j’en ai peur

l’insomnie à l’ultime va, s’aggrave
la rétine du subconscient le grave
nuit obscure de l’insomnie
est une évidence qui triche
reste une réalité en friche
——————————————
LUMİÈRE

Ce qui compte
ce n’est pas se que tu crois
mais ce que tu fais

dans l’ allégresse
à corps perdu le cœur
dans le silence a chaviré

vacille l’âme pérenne
source qui parraine
une secrète pensée

dans les méandres d’un défi
s’y noie la vision
où sombre l’oubli

n’est plus ce siècle des lumières
qu’effleure un mystère
cher à Voltaire

chez lui se terre
un grand cœur
où s’entendent les échos
du bonheur

sa discrétion
de l’ordre est extase qu’il vénère
un bruissement léger

ce qui compte est bien ce que tu fais
—————————————–

LE CHARME DE L’İNSTANT

le vif de l’instant charme
il s’expose les yeux fermés
et vit parfois de larmes

quelquefois il dérange
par ces chauds et froids
« je » est cet autre étrange

Il s’étiole comme la fleur
qui déclinent ces larmes
dans une averse de pleurs

alors un rai de lumière
se fond dans la pénombre
d’une douce poussière

les sensations y sont mêlées
par l’intime de chacun
et peuvent être opposées

« Je » est cet autre
quelqu’un
caché dans la pénombre
dans la légèreté de l’ombre

l’amour est comme un rhume de cerveau
quand à cet air vif il s’expose de nouveau
————————————————-
LA LUNE CİEL MAUVE

Dans un ciel mauve
sous un manteau de brume
suspendue aux étoiles
la lune

solitaire
cœur de pierre
fidèle au «clair de lune»
elle s’éclipse se cache

elle influe humeurs et songes
foulée aux pieds
par l’homme
l’aurait-elle changée

astre mort
dont l’attraction est grande
si elle venait à disparaître
tout équilibre en serait rompu

en mourait le poète
ô lune
vous êtes cette douce caresse
qu’a le charme de la jeunesse
————————————-
LA MORT

La mort qui est le sommet
de la vie le faîte
elle est victoire camouflée
qui s’inscrit en défaite

dans le temps tout s’effondre
tout disparaît et s’oublie
c’est une vérité bien établie
qui marque l’esprit qui sombre

le présent ne meurt jamais
puisque porté par autre chose
une lumière qui désormais
se prête à la métempsycose

quant à l’avenir dans l’éternité
comme le disait Homère
n’étant pas encore passé
sera- t-il lumière
————————————
LA POURRİTURE

La pourriture est
affaire des vivants

la solitude pourrait renaître
elle dont on épie venir le pas
cette plaie que l’on ne voit pas
elle pourrait bien réapparaître

par ici il est une sorte de désert
qui au milieu d’une terre fertile
attire les quatre horizons vers
ce mirage au contour de ville

ce pas
soudain dans ce milieu
dérange
———————————–
LA QUÊTE DE DİEU

Dieu est partout dit-on
qui l’a croisé

dieu est
le reflet d’un secret
un souffle entretenu
voilé voulu

il est
le vide des lieux

à ses genoux
se trouvent ainsi abusés
des hommes

par un vice caché
où tout est trouble

c’est peut-être
ce qu’on appelle

la solitude de dieu
ou bien est-ce
la condition humaine
————————————-
LÀ SOUS UN CİEL

Là sous un ciel étrange s’étire grandiose
un lieu où l’échange est propice
là la nature se décline elle ose
où coule le rire du vent chargé d’épices

l’arbre fête la naissance de la fleur
parmi la feuille qui l’accueille
il l’enlace la recueille
dans la joie la bonne humeur

cette lueur est bien l’essence
qui dévoile des siècles d’existence
et cette fleur révèle peut-être
une certaine manière d’être

naître
pour être
———————————–
L’AVEU

Commise la faute
savourer l’instant qui
nous vient de l’aveu

en son absence
se poursuit un désarroi
au-delà de la faute

mais

l’aveu se heurte à l’horizon
incapable de franchir
la frontière du possible

déjà l’instant à fuit

de cet aveu mort-né
perdu dans la renonciation
se dérobe le mea culpa
———————————–
LE BOURGEON

Au feutré de l’aurore
cette douceur des mots

mais de quelle veine
se nourrissent ces mots

car j’y soupçonne
un éclat de rosée

éclat qui incite
à l’envol du bourgeon

c’est au seuil du jardin des sens
que le bourgeon fleurit ses mots

————————————-
LE CHAT

Le hasard me fait croiser
Félix un vieil ami d’autrefois
étonnant il m’a même rappelé
que jadis il faisait la loi

Félix le chat vit tel un pacha
aimant faire des entrechats
son miaulement le rend étrange
son esprit curieux me dérange

sûrement né dans la gouttière de la cité
ou bien est il un chat migrant de l’antiquité
on dit qu’il peut vivre six vies bien comptées
mais comment faire pour les distinguer

chacun sait que dans l’antique Égypte
les chats sont dans la pyramide des dieux
où les âmes s’y réincarnent au mieux
ils sont ici nombreux dans ces cryptes

sa prunelle opale et fixe me fait dire
qu’il est un message là prêt à me lire
fut-il victime d’une mythique osmose
serait-il sensible de revivre la chose

les chats sont troublants dit Baudelaire
a eu ces mêmes sentiments Apollinaire
prisé par les littéraires grâce à Voltaire
le poète grec Aphone en fit son ordinaire
——————————————

LE CONDOR

Seul le vol du grand oiseau
peut
emprunter le chemin des anges

seul comme eux
il s’élève au dessus du monde

là demeure
la source de vérité
———————————–
LE CORBUSİER

Le bruit assourdit
l’écho de l’incendie
le brasier
lèche les hourdis

aveuglé par les flammes
par l’éclat de ce drame
le Corbusier
doit sauver son âme

le désastre veille
sur la cité merveille
qu’un œil
pourtant surveille

la nuit ou le jour
vous faites le détour
son cœur là
y bat toujours

l’insoupçonnable
veille aux portes
de l’ailleurs
——————————

LE GİSANT

Jadis rayonnait son visage
la joie n’ avait nul ombrage
le mal l’a pris avec audace
et son rire n’a plus de place

son visage tourné vers le ciel
ruissellent des larmes de fiel
il vit dans le sel de ses pleurs
prostré renfermé sur sa peur

pour affronter ce moment là
est une bravoure qu’il ne peut
de sa lâcheté pour l’au-delà
la juger les amis on ne le peut

de ce cœur qui geint et subit
coulent des larmes acidulées
à ce corps gémissant qui fuit
y soit la paix par nos pensées

déjà il n’est plus que l’ombre
à la funeste fin déjà il sombre
—————————————
LE MALAİSE

Mais il rode il s’attarde
provoque et défie

dehors
se cramponne toujours le rosier
à la gouttière du mur détrempé
des moineaux y ont trouvé refuge
telle une horde sortie du déluge

dedans
on piétine l’espace on équilibre
vacille la bougie au déséquilibre
et on épie un geste de clémence
le malaise perturbe à l’évidence

toujours submerge à l’extrême
la puissance d’un malaise
qui envahit notre champ
———————————-
LE MERVEİLLEUX

Le merveilleux
nous éloigne des limites
où vit
notre quotidien

il reste un mystère énigmatique
une féerie ivre d’une volupté discrète
une métamorphose de l’apparence

il est un rêve éveillé
en rupture avec la réalité

une étoile mue dans un ciel rêvé
au cœur de l’immensité

dès lors

le merveilleux
est aussitôt grisé

il marque l’instant
où l’improbable
surgit

———————————
LE MUR

Ici
le mur de Planck

c’est connu
derrière le mur
n’existe pas
notre idéale logique

ici le prétend
la mathématique
les nombres
y sont dans l’ombre


il n’y a pas d’espace
pas de temps
froid chaud bruit
silence sont absents
pas de futur
ni passé ni présent

le néant remplit
le vide

que l’intelligence
ne peut percevoir

c’est le summum de l’abstraction
au savant c’est l’incompréhension

et si c’était là
que Dieu se planque
———————————–

LE PEUPLİER

Là où le peuplier tutoie les sommets
là où au vertige il se donne
le peuplier frémit tout le temps

le peuplier qui déploie ses ailes
dans le vaporeux tulle de l’air
n’a de cesse de se hisser vers le ciel

dans ses racines enfouies dans la terre
il puise l’élan pour un envol peut-être
vers l’inaccessible cœur du temps

et l’étoile ahurie
voit monter vers elle
ce vert galant
—————————-
LE RÊVE ÉVEİLLÉ

Le rêve
nous transporte hors
du conscient

il a cette attirance
qui séduit les sens

une mutation de l’ordinaire
qui envahit notre champ
du troublant qui le nourrit

il est une marque du divin
d’un fragile mystérieux
qui se nourrit de lui même

et périt d’un revers
à la moindre approche
d’une réalité qui le gêne
————————————
LE SERMENT

Pour tous les amants
enlacés dans leurs ébats
un baiser est un serment

à ce délice
complice
le cœur novice
s’y glisse

mais l’amour
rend sourd
muet et aveugle toujours

né d’un même émoi

s’offre dès lors l’abandon
la flèche de cupidon
au cœur a touché sa proie
——————————–
LE SİLENCE

Le silence favorise
la venue inconsciente
d’une osmose

un râle un souffle
un rien peut le perturber

cet éclair qui jaillit
est la voie offerte
à la rencontre intime
du cœur et de l’esprit

isolé dans la méditation
grand peut être le désir
de croire en Dieu

mais est-il là pour répondre
à ces vœux et entendre

porté par l’infinie grandeur
ce désir se confesse avec ardeur
——————————————

LE SYCOMORE

Au pied du sycomore

où la grande feuille s’évapore
se meurt l’ombre qui protège des aurores

dans un tel décor
peut naître un vertige
vibrant comme feuille sur sa tige

le pire reproche
que sur sa tige
elle survive dans un vestige

sa nature montre encore
n’étant pas fragile qu’elle subodore
le lieu où ce parfum chaud la redore

mais la mort si lente soit-elle
toujours dévore
—————————————–
LE TROUBLE VOLUPTUEUX

Cette poussée
ce débordement

est-ce
un déluge rayonnant sans mesure
ou
une simple égratignure de l’âme

quoi qu’il en soit
sur qui tombent ses éclats

vacille un moment la confusion

éprouver ce «trouble»
c’est peut-être vivre
en écho avec soi même
————————————-
LE VİDE DU JARDİN

Dans ce jardin il n’y avait rien

le vide infini

pas âme qui vive
un jardin sans vérité
qui n’avait pas de questions
pas plus que de retenus

mais sur une tige une rose est apparue
légère et menue

le papillon bien vite l’aborda
ce fut ensuite l’abeille
et même un scarabée s’en approcha

ensuite
fleurit l’œil noir aphrodisiaque
d’un coquelicot tout rouge
ses pétales tremblants sans cesse
de confusion peut être

la violette vint timide
de confusion aussi
pourquoi pas

difficile de pavaner à côté d’une rose
elle se cacha sous un tapis de mousse

au jardin le vide se combla
pris place la vie et ses aléas
———————————————
LÉGENDE

Jour après nuit
dérive le temps
où l’onde louvoie
un charme de vie

ô la vision

de l’éclat de l’horizon
à l’aurore
peuplé du chant
des grillons


des moineaux
pépient
sur le bord du ruisseau

un pigeon
alangui se roule
sur le zéphyr
qui se coule

dans l’azur
un vol d’oies sauvages
pourfend le nuage
avec courage

il est essentiel
qu’une osmose de miel
au vent lèche le ciel

tous ces délices font douter
de la légende du ciel
qu’est la nuit vengeresse de Némésis
en butte avec l’aile noire de Néréis
—————————————
LÉGÈRETÉ DE L’ÊTRE

Fière lueur
solitaire hauteur
suffisante de sainte horreur

j’ignore la foi
née dans l’ombrage des lois

alors de vos supposées clartés
bien sûr vite je m’en suis écarté

mais si vous m’accordez un instant
un œil et l’entendement

c’est par le sourire d’un ange
que les choses s’échangent

le soleil qui là s’embrase
lui seul me donne l’extase

le voilà mon dieu
miséricordieux

est suffisance peut-être
cette légèreté de l’être

——————————–
L’ABEİLLE

Infatigable activité
de ces abeilles

butinant
de fleur en fleur
le pollen odorant

sa tasse de thé
est le tilleul
les lavandes
et les genêts

elle ne renie
la fleur cueillie
qui dans le vase repose
ou un fond de tasse de thé

quelle démocratie
dans la ruche des abeilles
tout s’y vit
sans compromis

ici bas tout a sa loi
aussi les abeilles
———————————–

LES FAUX SEMBLANTS

Les faux semblants
menacent toutes choses

seul
dans un cœur sincère
peut toujours battre
un brin de toute vérité

les échos de l’âme
se révèlent
dans le silence profond
de la mémoire
——————————
LES İDÉES

Les idées
meurent

mais le vers demeure

souverain
fort comme l’airain

toi
le poète

qui scelle l’alexandrin
sur un bloc au burin
de ce vers que tu cisèles

à mon vers que dire

lui qui soupire

il meurt de se taire
tel un ver solitaire

la solitude
le cache de la crise

car

bien sûr l’étude
ne sera plus reprise
——————————–
LES İDÉES PASSENT

Il est bon d’avoir les idées larges
mais il est bien d’être sage
et de les fixer pour l’usage

mais elles passent comme le temps

modifiées par le cours des âges
elles réapparaissent au large
répertoriées archivées en marge

elles se perpétuent
et s’accrochent au temps

telles certaines idées d’un dieu
qui encore exhortent les pieux

alors qu’une pléthore de gens
déplore cet acharnement

ces idées n’ont survécu aux croyances

signe qu’elles sont d’une déviance
——————————————-
LES MALAİSES DE l’HUMEUR

Les sautes d’humeur
qui évoluent
dans un espace illimité

vagabondent
sans raisons

et nous plongent dans l’abîme
à la moindre occasion

ce mal être
gouffre humide

murmure son fiel sans raison
et ronge sans dire

là où ruisselle la bile
le malaise se faufile
—————————————–

LES NYMPHES

L’esprit vagabonde de la feuille à la branche
et du mot à la chose
là sous un ciel serein s’étire en lambeau
un lieu propice au rêve

des saules inclinent leur épaisse chevelure
jusqu’au ras du sol
peupliers et ajoncs les pieds dans l’eau
entrelacent leurs racines

des nymphes roses enlacées de lumière
y virevoltent et dansent
ces naïades troublant les sens ne sont
que le fruit de l’imagination

ainsi
s’étire indéfiniment sous la poussée des choses
le fil de l’imagination
————————————————-

LES PİERRES

Qu’il me soit dit enfin pourquoi la lumière
brille avec autant d’excès et d’ostentation
serait-ce ces cailloux qui font une carrière
sortis de la fange ils forcent l’approbation

rutilants bijoux montés par des lapidaires
qui se portent aux doigts avec ravissement
resteront à jamais que des biens vulgaires
la vraie richesse ne peut être cet ornement

plus palpitante est la naissance du monde
quand l’indicible joyau recueille l’osmose
de l’ineffable beauté du cœur qui l’inonde

déjà la métamorphose s’envole du monde
que sont éblouissants tes yeux et les roses
chatoyants autant qu’une opale profonde
——————————————-

TEMPS RETROUVÉ

Je vivais les fièvres
de la caresse

la fièvre m’a fauché
mais vous m’êtes revenu
ô vous le baiser des mes obscurités

vous qui êtes l’amour
vous qui avez toutes les recettes
bel ange que j’avais perdu

un baiser de vous et me voilà ragaillardi
jugez par vous-même
ne suis-je pas guéri

toujours avec amour et délicatesse
j’ai à vos lèvres
bu la divine sagesse

comme le fit Socrate
j’ai songé vous croyant perdue
à boire la cigüe

mais je me plie à vos caresses
prêt à subir vos ivresses
et mon cœur se réjouit
d’être aimé ainsi
———————————-
L’OMBRE

Le néant courbé sur le temps
captif de ces sombres parois
qui à satiété lèche tout vent
s’abrite là l’oiseau de proie

plus vigilant au soir de la vie
plongé dans de noires envies
suinte un regard de noirceur
qui effraie et ronge le cœur

là dans un décor agité passe
le temps ponctuant l’espace
—————————————–

LUNE DANS LES ÉTOİLES

Dans un ciel sous les voiles
suspendue aux étoiles

la lune

solitaire
cœur de pierre
elle s’éclipse
se cache

fidèle son « clair de lune »
elle accompagne nos songes
influe nos humeurs

astre mort
son attraction est grande
si elle venait à disparaître
l’équilibre du monde
en serait bouleversé

à son mystère
foulé aux pieds
le monde l’a-t-il changée
elle survit dans la durée
——————————————
L’UNİVERS DE LA SOLİTUDE

Dans l’univers de la grande solitude
la lucidité se réclame d’une certitude
partagée d’une vue souvent homicide
elle reste imprégnée d’un vécu lucide

se fige dans une éternité toute écoute
qui s’enferme dans l’ombre du doute
alors que se vit une blessure au cœur
le tumulte l’arbitraire y est rancœur

la solitude est l’ivresse d’une passion
de peur mais aussi jubilation frissons
mais si chuchote un simple blèsement
la folle angoisse le reproche rudement

tout comme la phalène de nuit ronge
inlassablement l’écorce des bouleaux
la solitude sans scrupule nous plonge
dans l’effroi c’est elle notre bourreau
——————————————-

MA FAİBLESSE

Jouer de sa faiblesse
camoufler ses tourments
éloigner la croyance

dans cet espace
totalement clos
j’ai fini par douter

et j’ai brisé l’espérance
ma vie
mon sort détruit

frappé par l’ennui
a sombré la raison

et d’un seul coup… de rage
j’ai balayé l’horizon
———————————-

MA SOLİTUDE

La solitude
s’allonge sur moi

le froid
de l’ennui
m’enveloppe austère

à cela rien de singulier

résolue l’éphémère
tient tête une nuit

pourquoi

serait-il singulier
une solitude éphémère

qui pourtant
est l’ennemi
de toutes les nuits

——————————–
MAL ÊTRE

Quel être dans le mal être
peut croire en l’utopie

Dieu présent
j’en veux la garantie

non seulement il biaise
mais il conforte le doute

alors se rétracte la foi

va prendre place
une autre croyance
on ne peut vivre
sans espérance

va-t-on pencher
vers la métempsycose

connue dans le passé

en Orient elle est pratiquée
voyez quelle est cette chose
———————————–
MANİPULATİON

L’immoral avéré
est
une manipulation d’un monde
sans âme

alors sur la page blanche
s’inscrira la trace amorale
laissée par la sombre vision
d’un monde déshumanisé
——————————–

MARQUE DU TEMPS

Première ridule déjà
l’âge s’avance et trouble….déjà

pourtant

rien n’a changé dans ses gestes
son romantisme reste
les yeux et le cœur
habitent toujours son horizon

à ce déclin du printemps
est un nuage
qui se dessine inéluctablement
se fleure les frissons de l’âge

elle comprend

à la fin de l’été
que le papillon translucide
qui fiévreusement là s’agite
va fuir
dans sa splendeur parée

elle

elle ne dit mot de son âge
rien non plus de ces moments
passés
à faire un plus de maquillage

pour
lisser les griffes de l’âge

celles du temps
———————————–
MÉDİTATİON

Il est des êtres proches de dieu
qui méditent sur les abîmes
assumant la détresse
des noirs désenchantements

ils vivent dans « l’ailleurs »
chercheurs d’apparences
épieurs mélancoliques
quêteurs de l’essentiel

la sauvage impossibilité
de s’en tenir à ce qui est
les rendent inaccessibles
à la pure ivresse d’être

ils cherchent dans l’expérience
l’obscur de leur certitude
un combat contre les limites
des évidences éclatantes

ils auront cherché
jusqu’à l’extrême crête de leur vie

éclatante envolée
des contradictions vers l’effritement
—————————————-
MÉLANCOLIQUE

La vie mélancolique
vécue dans la solitude
se retrouve nostalgique

quand

s’y respire dans la nuit
l’âcre goût de la terre
qui exhale le mystère
d’une vie qui s’ennuie

tandis qu’à tout instant
et à longueur de temps
les jours vivent de regrets
et de remords trop secrets

la vie solitaire est souvent faite de sévices
que la mélancolie attire vers le vice
———————————–
MÉLANCOLİE

J’ai fait
si peu de choses
et surtout ne dites pas
que je fus poète
mes vers rongent
la solitude

l’inachevé s’y révèle
au goût de la lèvre

dans cet éternel rêve
s’évapore ma mélancolie
ma très douce amie
———————————
MÉMOİRE DU RÊVE

De mon rêve
la mémoire n’a retenu
qu’un souffle indéfini

qu’une musique syncopée
au miroir sans tain
où rien ne subsiste

qu’un voile de douceur
accroché à un lambeau
de ciel proche de l’éternité

qu’un râle de bonheur
sur l’arc de l’horizon
endeuillé de solitude

la mémoire intuitive
subtile et profonde
ne peut-elle restituer

ces rêves disparus
dans l’effacement
———————————–

MÉMOİRE İNSTABLE

Elle séduit d’un regard
endure sa souffrance
tapie comme une chatte

elle masque son âme
cachée au plus profond
d’une sombre grisaille

et vit dans le trouble
la nudité de l’ombre
obscure et nostalgique

de ce bruissement
de la vie en rupture
naît une folle anxiété

et pourtant

elle inspire et ose
parée avec grâce
de foulards de roses
———————————-

MÉTAMORPHOSE

Sous le couvert du saule
courbé sur le ras du sol
la tristesse ici demeure
un papillon là se meurt

l’œil de l’étoile polaire
un instant attiré au sol
peut saisir en solitaire
ce papillon sous le saule

il scrute dans la nuit pâle
la chrysalide nymphale
de ce papillon en osmose
qui ici se métamorphose

déjà il clôt ses paupières
brève est sa vie qui évolue
rien que pour avoir voulu
vibrer à l’intense lumière

s’il est une âme sensible
qui se trouve disponible
est prête cette chrysalide
à refaire une vie possible
————————
MİRACULÉE

Après
la braise du jour

survient
le gel de la nuit

miraculée du jardin
naît la solitude
d’une rose

qu’un rien de générosité
chaque matin arrose
de fraiche rosée

une solitude
dans la terre tufière

c’est ainsi que vit le lierre
agrippé à son mur de pierres

ainsi vit-on sur terre
——————————–
MİRAGE

Vous êtes là
ô mirage


au bord du rivage
comme
une perle sortie de son coquillage

ô avant de vous perdre

m’accordez un instant
un seul instant

vous qui passez
sans me voir

l’espoir
est peut être là

dans ce miroir

possible aussi
qu’y soit

la perle rare
———————————-
MODÈLE

Elle ravissante modèle dans une revue
dont l’activité en vérité m’est inconnue
se donne entièrement à mon existence
un vertige d’une ample concupiscence

passionnée de poésie elle se rapproche
elle écrit voilà cela nous rend proches
naît aussi un projet de plume commun
qui a ravi mon esprit encore opportun

peut être qu’en elle est née une osmose
une foi captivante autant que soudaine
Socrate qui a dit – connais-toi toi-même
lui en permis de saisir mieux les choses

voilà qu’elle se concentre à cette chose
et va naître l’idée d’une transmutation
une porte royale pour la métempsycose
mais à ses aspirations je prête attention

une apparence trompeuse a fait accueil
à un étrange et majestueux trompe l’œil
toutes ces opacités me disent que belle
la charmante est devenue femme rebelle

promptement elle a fuit dans une osmose
insolite dichotomie de la métempsycose
a disparu mon modèle plus un mot d’elle
—————————————–
MON DİEU

De tous temps furent odieux
les mots non-dits entre eux
les maudits le sont toujours

il nous faut souffrir le fragile
de ce que disent les évangiles
même dans la bible les saints
paraissent obscurs à dessein

rien ni jamais ne nous fût dit
de nos mémoires hermétiques
et de nos âmes hypothétiques
jamais rien ne fût dit de la vie

sur ce temps qu’est notre lieu
combien est pesant cet espace
où l’ombre soutenue s’entasse
que ne cherche à justifier dieu

l’être suprême serait-il odieux
les maudits le sont toujours eux
toi qui est sensé prêcher ô dieu

et si dieu n’était qu’une utopie
l’homme trop crédule serait lui
la victime d’une infâme ironie
————————————
MOUROİR

Déjà la pensée invalide
à l’extrême de l’usure
dans sa nuit cherche refuge

le souffle du murmure
qui traverse le mouroir
quête l’extrême onction

qui ne laisse rien espérer
d’une vie de l’âme
affranchie de la matière

cependant que

l’esprit se voile
et tire son ombre
rêvant d’une réincarnation
———————————–
MUTATİON

Ôter la peau de chagrin

jeter aux orties
les préjugés
malvenus

frotter la réalité
de l’écorce de l’arbre

choses qui dérangent
incertitudes qui perdurent
gouffres de doutes
où s’engouffrent les maux

l’intense nudité de l’être
trouble la quête du bonheur

Epicure nous dit
qu’il suffit de prendre
de bonnes résolutions

le bonheur est en nous
il est euphorie énergie
un goût intense de la vie

une onde de charme
gourmandise de l’autre
l’envie de s’en délecter

surtout il est fougueux
que s’élance le bonheur
sans plus attendre
laisser jaillir les plaisirs
ces désirs ivres de vivre
le bonheur promis
serait-il vaste utopie
l’ ultime anathème
———————————-

MY LOVE

Vous au teint diaphane

dites-moi
ce qui de vous émane
qui perturbe le fond de mon âme

et me dire où se love
le mot du rêve murmuré dans l’alcôve

dites moi ces baisers encore

que mon cœur est prêt à revivre
et qu’espère ma bouche encore ivre

mon cœur perdu dans l’incertitude
est prostré dans la solitude

longtemps j’ai pensé à cette alcôve
où se trouve my love
———————————
MYSTÈRE

Mystère de la vie
que devenons-nous
notre vie passée

la feuille
à l’automne tombé

le papillon
après son éphémère vie

quand finit l’été
que font les pétales de roses
que devient la rose
poussière d’étoile

qui peut me dire

faut-il croire en Dieu
pour que soit un prolongement
pour que soit un paradis
———————————
MYSTÈRES

Plus vite que la lumière
qui nous vient du vide
est un écho du néant
une explosion de silence

est-ce la création
d’un nouveau monde

l’espace courbe
étouffe ce silence impénétrable
la lumière épouse
le mystère d’un trou noir

creusant l’éther
s’offre à la terre
une osmose pour l’animer
——————————–
NAÏADES

Ô vous
belles naïades
qui chevauchez
sur la crête
de la vague

pareilles aux poissons
nageoires en éventail
qui se lovent alanguis
en courbes ondoyantes

accompagnées de goélands
qui se frôlent à tire d’ailes
en d’érotiques volutes
hélices vertigineuses

vous êtes couronnées
de perles de corail
des remous du sérail
l’espace marin vous habille

sirènes de l’illusoire
vous qui traversez
la vie à gué
—————————————

NAİSSANCE

animé par le chant des grillons
qui tôt caracolent dans le gazon
se lézarde le jour qui s’annonce
dés que la douce nuit se dénonce

un songe d’été soupire dès l’aube
et glisse des nues diaphanes vers
ces soupirs qui égalent l’univers
des plaisirs ailés qui les enrobent

une vision nouvelle révèle le jour
car toujours il y aura pour la nuit
où s’y coulent des éclats alanguis
une nouvelle étincelle pour le jour
—————————————

NEİGE

Lourd silence de neige
le ciel
sur un coussin

noir et blanc
le corbeau
haut sur sa patte
l’œil sur le vieux chêne
et
le silence d’un étourneau

une cloche
à peine
comme un écho de vie
———————————-

Ô FİLS D’ANTAN

Ô toi mon fils
dont le délire même
fut folie de l’extrême

où l’inattendu
fût imprévisible

ta course d’enfant est finie
et
ta course d’homme a déjà fuit

que te reste-il en souvenir

tu fus tu fuis va mon fils va
longue sera l’absence

l’éternité

ô ce sourire qui s’incline
d’une douceur enfantine

dont la vie au dernier souffle
retient le souffle
———————————-

Ô LE TEMPS D’HİER

À mon fils
ta lumière dans l’ombre
est une lueur où sombre
une secrète existence
suspendue au silence
d’un fil

toi vent de la nuit
vent du midi

va lui dire
qu’il est toujours là
que parfois des larmes
soulèvent le drame
que parfois mon cœur
se serre de ferveur

va lui dire
va…
non ne rien faire

va lui dire tout de même
combien je l’aime…
——————————–
Ô LUNE

Ô lune
votre clarté
est une bien douce caresse

vos clins d’œil
font se pâmer
et rêver les poètes

de tous les astres
vous êtes
des amoureux
la plus aimée

ô lune

ô pâle et douce lune
vous avez le charme
celui que conserve
la jeunesse et la beauté

pur diamant
d’un autre monde
que de nombreux siècles
évanouis
ont toujours vénéré
et contemplé
bien avant nous
———————————–

Ô NUİT DES TÉNÈBRES

Tu n’ignores rien
de la pierre céleste
mais tu vis en souffrance

tu respires cet « ailleurs »
qui évide et creuse l’évidence
dans le profond du zénith

tapie dans l’inconscient
l’œil vigilant et fixe
tu y cherches le devenir

cette quête incertaine
obscure et nostalgique
à la réponse de la vérité

que masque le désarroi
caché dans le silence
de la sombre grisaille

de cet « ailleurs »
de la vie en rupture
naît l’instabilité
——————————

Ô ROSES

À vos pieds
je pose

une rose
le « mot »
l’âme du mot

le chant du mot
sans ressentiment je l’expose

peut-être ne faut-il dire
l’âme des choses

ô rose

puisque il faut
que tu périsses
que ce soit sous
la sainte folie du baiser

beauté fugitive
ne résiste point
aux lèvres de l’amour
qui te déshabillent

frémissements
délicats

traces certaines
d’une émotion
indélébile
———————————–
OMBRE

L’ombre vient… la nuit est si grande
que je me hâte de quitter ces lieux
désertant au plus vite ce milieu
pareil à la bête chassée de la lande

l’espace devant moi dévide
son spectacle toujours incertain
empilant du plus lointain
des images totalement vides

portées par un frisson
du passé
———————————–

OMBRE DOUTE

Le doute
dans l’ombre vit
et il nous envahit

ô se souvenir
de la beauté vécue
des instants exquis
heureux d’être

alors l’ombre chagrine
jette son voile

la morosité disparaît
avec l’ombre du doute
———————————-
RÉEL ET FİCTİON

Le fil du réel s’étire sous la poussée des choses

oh yeux oh roses
signes de l’immanence d’une promesse
à ce dieu défaillant
s’oppose une métamorphose

le message que nous laisse Platon
est le plus pur et le moins abscons
il a su disperser l’ombre de l’illusion
chez Plotin y brille la même vision

de la métempsycose suppose d’autres flammes
celles de la préexistence de l’immortalité de l’âme
et celle de la dualité entre le corps et l’âme

mais la métempsycose
exige forcément une croyance

on peut les imaginer alors
venant du hasard des circonstances
c’est ce que pense Pythagore

l’idée et c’est important
vient de la parenté des vivants

qu’elles soient humaines ou animales végétales
voire même minérales
pour la rétribution des âmes
——————————————-
OUBLİ

On a oublié
par où tout commença

la vie un rai de lumière
dans l’ombre de la nuit
l’homme y pose ses -mots-
le chemin y est long
et se perd dans l’oubli

l’homme conduit son destin
et vit dans un présent incertain
le futur est affaire des dieux
qui seuls sont les maîtres
de la lumière et des lieux

quant au passé l’homme
n’en perçoit qu’un écho
celui que sa conscience
lui rend dans un murmure
bruissement tangible de vérité

du corps la vie se coupe
du corps la vie se joue
jusqu’à ne plus être
et inéluctablement elle fuit
dans un ultime soubresaut

la mort elle s’exprime
sans bruit pour l’éternité
elle souligne l’espace
par une irréversible absence
où seul le « mot » résiste

Le mot est centre de tout
il est peut être Dieu
où l’incertain suinte
————————————–

OUTRAGE

À ce cœur qui saigne le plaisir est risible
de pouvoir résister tant qu’il est possible
je dois faire au seuil de notre vie le bilan
mais que vais-je faire sans toi dorénavant

je dois faire front le clair obscur se voile
d’un seul coup mon existence se dévoile
l’absence venue vont-ils survivre mes ans
esseulé dans la vie sera mon sort pourtant

vivre est impossible ayant perdu mon rêve
cette perspective de vie n’a rien d’excitant
me séparer de toi ce cauchemar m’aidant
le cœur déniant ô que me soit la vie brève

à la fin de l’été la fleur s’étiole sur sa tige
et son cœur qui saigne reste un pur vestige
le printemps revenu la fleur renaît à la vie
il reste utopique au corps de reprendre vie
————————————————

PAPİLLON

Papillon joyau ailé
une onde de fraîcheur
de toutes les couleurs
il enlumine tout l’été

véritable poète des airs
sur son vol stationnaire
il s’attarde un instant
sur la portée du temps

un murmure complice
de la ramée s’y glisse
et le zéphyr le berce
l’orée du jour perce

brillant essor ivresse
ce papillon qui luit
là suspendu à la nuit
est jardin de délicatesse

————————————
PARFUM DE SOLİTUDE

La solitude
est un parfum

qui fleure
la pire misère

est-ce
l’intime de chacun
ici sincère

parfum qui s’évapore

dès lors discret
gardant son secret

toujours et encore

toute solitude a l’emprunt
que respire un tel parfum
————————————-

PAS D’ANGOİSSE

La nuit faisant
mes pas d’angoisse
je me suis lié
avec la solitude

ici

le grand silence
m’accueille
en permanence
avec mansuétude

y est absent
pourtant
l’amour

mais

j’ai compris

toujours ici
sera ce vide
car n’y vit
rien de solide
————————————
PEAU DE CHAGRİN

La souffrance incrustée
est une peau du chagrin

souvent

elle masque les cicatrices
du chemin emprunté
au hasard des caprices
de pas indomptés

le simple rappel
de ces blessures
ravive le cruel
de la morsure

le destin peut être un tourment
qui perd pied chemin faisant
————————————-
PÉGASE

Le temps passe du cantique
à l’inspiration poétique
zélé Pégase le cheval ailé
va à une allure empressée

galope sous les ombrages
s’ébroue sur le lac de l’envie
file et au jour prend le large
pour abriter plus loin sa vie

c’est le dernier rêve qui va
il assure sa marche au ciel
avec le temps qui n’attend pas

dans mon divin et doux sommeil
il a fleuri toute ma nuit
au départ du rai de soleil
——————————————
PİERRE PHİLOSOPHALE

Graal
clandestin muré
ô quel horreur

le « mot »
l’âme du mot
le cœur

le saint Graal
saigné à blanc
rouge de sang

pierre cachée
parmi les os
inexplicable effacement

pierre philosophale
transmuée
à toute vérité

repose
les hérétiques
sont toujours là
——————————

POÉSİE

Éclat de lumière
l’aube naissante
dévoile le jour

arc tendu entre ciel et terre
léger murmure
est-ce la vie

tout cela n’est-il pas que poésie
où tout y est harmonie

la couverture du temps
masque la complaisance

car l’éclat s’enfuit
dans une nuit
irréversible
—————————–

POÈTE

Au devant du Poète
se rendre
laissez-vous prendre
par le cœur
acceptez sans pudeur
ce merveilleux charme
qui désarme

venez entrez dans l’irréel
dans l’intemporel
on ne fait pas le poème
avec des théorèmes
on le rêve
venez
approchez

ah

votre cœur vacille
complice qu’il est peut-être
de ce que fût son rêve
———————————–

PREMİÈRE FOİS

Qui
n’a de cesse d’aimer
comme la première fois

le cœur
est un charbon ardent
qui brule d’émoi

si l’amour le prend
ses pieds ne touchent plus terre
il en perd la tête

il s’attriste
quand il s’élève
bien au-dessus des toits

l’amour altruiste
rend bon élève
le corps en reste pantois

dont
une volée de baisers
peut agiter tous les sens


comme pour la première fois
le cœur palpite d’émoi
———————————-
PRÉSENT

Le présent s’étiole
l’espérance chavire

l’imparable qui s’envole
annonce un mal de vivre

rompue la volonté sombre
sous de vagues allégations

le réel s’effiloche
l’horizon se rapproche
gravité d’une limite proche
où le surplomb d’un silence
s’étire et s’avance

au terme d’une vie
tout se confond
soyez certains et sans crainte
pareils nous serons
c’est avec un remord
nous quitterons le port

laissant en rade quelques plages

navrés de n’avoir pas
osé
les accoster
————————————-
PRÉSENT İNCOHÉRENT

Cet instant à l’ombre fragile
que le présent ventile
n’est qu’un souffle passager

où dans la réalité
le doute se faufile

l’improbable se rebelle
l’impossible s’agite
l’incertain prend le pas

vers un énigmatique et
soupçonneux futur

entité abstraite tiraillée
entre « être » et « non être »

à «l’irraisonné»
l’incohérence est

étrange avancée d’un silence
sur la portée des croyances
———————————

PRIÈRES

Jusqu’à ce jour né du cosmos
on supposait l’univers contracté

aujourd’hui on sait
qu’il est
un univers en expansion

les galaxies se repoussant
cela paraît crédible

qui de nulle part ne surgissent
sinon de la main d’un dieu

reste à prouver
que soit un Dieu

et pourtant
le «collisionneur»
brouille la bonne humeur

une hypothèse est apparue

s’y distingue
le neutrino
sa vitesse dépassant
celle de la lumière
Einstein est lamento

Monsieur
je vous rassure
une erreur
est dans la mesure
au neutrino d’être lamento
mais est-il sensé de vouloir tout savoir
tirer les secrets du néant

est peut être gênant
sûrement audacieux
mais périlleux

tout change à tout moment
tout et jusqu’au rire du vent
———————————

PUİSSANCE

Puissance toute divine
sauve l’insigne glabre
celui qui se ravine
et dont l’âme se délabre

ô que ce vivre est méprisable
cette souffrance insupportable
dès lors qu’elle se voue
dans la convoitise la plus floue
à des substances salaces
ce vivre ne peut être que fugace

peut-elle la palingénésie
éloigner l’envie inassouvie

peut-elle redonner ce plaisir
celui de vivre le désir
dans la plénitude
exempte d’inquiétude

la métempsycose
reste infinie dans l’espace et le temps
Orphée et Platon sur la chose
se sont interrogés dans l’ancien temps

son inattendu silence
effraie par sa persistance
———————————

QUESTİONNEMENT

Présent incohérent

où le conscient attire
sans raison le doute

où l’incertain poignardé
sur la paroi de l’âme
surgit ensanglanté
dans l’indifférence

dans le présent
du plus fragile
de l’instant

l’improbable se rebelle
l’impossible prend le pas

à «l’irraisonné»
l’incohérence est
————————————
QUESTİONS

Ô vous exégètes savants
ou vous tous les biens pensants
dites moi où et comment

pourquoi ici tout s’anime
et vers une fin s’achemine

qu’est donc cet abysse inconnu
que nul n’a jamais vu
et d’où nul être n’est revenu

je note cette fin funeste
qui déjà paraissait sur le palimpseste
—————————————–
REFUGE

Le présent respire
le mot qui transpire
d’un passé trépassé

car l’aile du souvenir
jadis l’a embaumé
d’un germe d’éternité

ô béni soit le souvenir
de l’inclination complice
de ces jours novices
——————————–

RÉFLEXİON

Cri au début
soupir à la fin

c’est la vie
un instant
de souffle

depuis
la nuit des temps
est cette énigme qui échappe

la vie est promise à l’étiolement
dans l’absolu des silences

elle se désagrège
————————————-

RELİGİEUSEMENT

En ce lieu
sombre

des moments
se meurent

y coule
un souffle religieux
où l’odeur d’encens demeure

sur l’au-delà renâcle
du tabernacle
un silence
surpris

est-ce un spasme
mystique

qui pieusement
entonne
l’angélus
et prie

épris
de solitude
———————————
REMORDS ET REGRETS

Sur l’aile du chagrin

fréquemment perlée
d’une larme de rosée
voyagent le« remords »
et le « regret »

sur l’aile du chagrin

remords et regrets
mouillés de pleurs
passent leur nuit
rongés par l’insomnie

le regret s’effrite
volontiers avec le temps
alors que le remords s’ancre
aux basques du souvenir
—————————————
RENONCEMENT

Je renonce
à vivre
des bribes de bonheur

je renonce
à traverser
ce champ de ruines

je renonce
à l’appel du succube
sans intérêt

je renonce
à suivre le cortège
de l’illusion

je renonce
même en dieu
sans solution
———————————-

RETOUR

L’horizon si pur est un bonheur
où l’éclat y est tout en douceur
ô
vallons ombragés
ô
golfes ensoleillés

les plages s’ancrent au merveilleux
toutes ces splendeurs à mes yeux
font remonter quelques larmes
de ce divin paysage qui pourtant me charme

là autrefois j’y fus heureux

en l’absence de l’être chéri
parti pour le grand voyage
le souvenir de ces rivages
dans mes pensées me poursuit

me voilà au soleil sur cette plage
mais est-ce un blâme
je n’y suis que pour retrouver son âme
elle trouvait si beau ce rivage
————————————-
RÊVE

Une nuit
j’ai rêvé
que j’étais une rose
j’en étais tout ravi

être une rose

la beauté s’expose
fantaisie qui ose

je me réveille ahuri
tout ébahi
dans ma peau
dans mon lit
qui est-elle…qui suis-je

mais

entre moi et la rose
existe une close

c’est là que se pose
la métamorphose

pas aisé à saisir
le sens de la gnose
si l’intellect
ne nous y prédispose

j’attends une rose
une nouvelle
mais
j’ignore où elle repose
———————————-
REVENİR

J’aime bien mélanger les lieux
ou même changer de cieux
mon chemin est l’ornière
où je vais de toute manière

en d’autres temps j’ai aimé
ces promenades chéries
brève fut la belle euphorie
mon chemin était-il piégé

ô combien cela était lumineux
l’amour venait d’éclore
non pas que j’eusse encore
vu les soleils briller radieux

mais vite à disparu le charme
des chemins sous les bois
trop vite ces moments furent de larme
celui d’un chemin de croix

tout est consommé
n’est plus le paysage charmant
qu’a pu trouver
deux tourtereaux s’embrassant
—————————————
RÊVER ET SE TAİRE

Toujours là
et je rêve en solitaire

si j’aime à ne rien faire
c’est que par moment

j’aime
bien perdre
mon temps en pensant

comme le ruisseau
qui déverse sans état d’âme
son cours d’eau

l’immédiat le guide
vers un destin imprévisible

la solitude est insensible
à qui veut la parfaire

ce à quoi on s’oppose persiste
qu’y faire

c’est pourquoi
parfois je préfère
la solitude et me taire
———————————-

RÊVERİE

Au devant du poète
venez
laissez-vous prendre par le charme
par le cœur
par la sensibilité
acceptez sans pudeur cette douceur
ce merveilleux trouble
qui vous envahit

venez dans ces espaces rares
sans lesquels
le poète ne sait pas vivre
entrez dans l’irréel
l’imperceptible
dans l’impénétrable

laissez-vous emporter
vers ces espaces
où l’aède est la grâce

quand fleurit le divin
le sibyllin alexandrin
laissez le théorème
aussi l’anathème

franchissez ce layon irréel
de l’intemporel
où l’indicible beauté
est d’une aveuglante clarté

on ne fait pas le poème avec des rêves
mais on le rêve
venez dans ce rêve
approchez
—————————————
RİRE DE MÉPRİS

Ce mal
de la solitude
qu’est l’incertitude

tourbillonne
et bouillonne

quand
dans l’ombre
la volonté sombre

rire de mépris
le présent se déroute
dans le doute

alors l’opprobre
tourbillonne
pour être sobre
bouillonne

c’est l’orgueil qui fait
du présent l’imparfait
—————————————
RİTUEL

Le rituel de la solitude
laisse place
à des sommets de doute

en léthargie
sourde et muette
l’âme attend

qu’avive le vent

le cœur
bat l’aile de la solitude

auprès du vôtre
que le mien reste

dans ce geste
qui déroute
d’une audace folle

là y reste
un lambeau de doute
qui jamais ne s’affole
————————————-

ROSE İNDİEN

Sur le banc du perron se fane une rose
que le chaud soleil sur sa terre arrose
à force d’être azur le ciel devient noir
voilà l’orage déjà il pleut sur le terroir

de l’été indien qui s’allonge sous le pin
l’air brûle et la cigale chante sans fin
on peut croire que ce temps là va durer
cet été indien va bien falloir le respirer

mais demain l’automne revendiquera
prendra place les tous premiers frimas
dès lors il faut aussi s’agencer penser
aux rigueurs d’un hiver déjà annoncé
——————————————–
ROUGE COQUELİCOT

Le coquelicot rouge à lèvres
arbore le baiser du rêve
quand la nuit dérobée au jour se lève

dans la courbe arrondie de sa bouche
il décline tout ce que le rêve louche

le baiser a du rêve
la douceur d’un rayon de lune
déjà est là le feu qui le consume

le coquelicot éperdu de bonheur
se courbe vers ces douces saveurs

l’incertitude les craintes de la vie
sous l’oreiller ravivent son envie

dans ces insomnies le poète s’attendrit
sur ces coquelicots aux lèvres épanouies
Manet ne s’y est pas trompé
sa toile en est comblée

le baiser cache en son sein
l’angoisse de cet instant incertain

et le lutin rebondit
écarlate de mille éclats inédits
sur ces délices rougeurs

candide éclat d’une fleur
qui convoite la passion du bonheur
par le baiser d’une bouche fleurie

ô c’est la coutume
et voilà ce feu qui le consume
—————————————–

RUMEUR D’İLLUSİON

Est grande la désillusion
la solitude
ne s’apprivoise pas

ni la force ni l’habitude
ne peuvent l’infléchir

sur les ailes du vent
au grand large
la solitude favorise les ardeurs


les battements
au gré des vents
tentent l’inaccessible

pourtant
parfois elle se défile
comme l’alouette se faufile

mais
vers quels miroirs
vers quels mirages

pour revenir docile
sur son rivage
—————————————

RUPTURE

Adieu vous ce jour pleure sur l’amour trépassé
la chevelure nouée comme un songe est passée
les hirondelles sur le printemps feutré planent
la douleur déclame le jour perd toute son âme

le doute n’est plus elle est bien partie l’infâme
la nuit a pris toute son ampleur son obscurité
je clame justice pour cette blessante infidélité
vous l’infâme mente religieuse ô vous femme

ô femme bien mystérieuse que l’espoir entame
non je ne vous reverrai plus jamais ma dame

voyez comme mon faible cœur pleure ruisselle
mais le vôtre perfide infidèle en cela il excelle
————————————————-
SAISON DE RÊVE

A l’abrupt des saisons
une note monotone
voici venir l’automne

qui frileux est déjà là

la langueur d’une ondée témoigne
d’une douce rosée de larmes
qui inonde tout le paysage

auréole d’un été qui s’éloigne

tout s’y fait en douceur
tout pour égarer l’écho
d’un été qui se meurt

à ce vivre de bonheur
je déplore
le décompte des heures
———————————–

SECRET DÉSİR

Quel est donc ce grand désir
celui
qui te fait frémir


la solitude secrète
à une crainte se prête

c’est l’amour

qui au discours
est flatterie
que confirme la tromperie

et cependant
tu vas l’aimer
tu vas te donner

va

puisque tel est ton désir
si solitaire est le plaisir
———————————–
SEULE

Isolée

la solitude

s’ancre au quotidien

son attitude tient
le flou de l’habitude

et s’accroit son fiel
sur un coin azur de ciel

là l’aigreur s’enracine
dans la routine
si elle n’y prend garde

cette routine
est bien l’épine
de la solitude
———————————–

SİESTE

Hypnos aux vapeurs d’encens
suinte une sieste divine

alors qu’approche une abeille
sur la fleur pour y butiner
son flot de propos mielleux

ô divine et sainte sieste
qui ointe d’huile somnole

que le frelon inquiète
et va tracasser par son vol
agressif

Hypnos y soupire

dans ces morceaux
de silence chaud
où tout s’expose

seule la sieste se repose
—————————————

SİLENCE

Certains silences servent la mémoire
le flou est rédhibitoire

l’âme prisonnière du doute
vibre d’une pensée qui l’envoûte
la renaissance
après avoir vibré avec aisance
de son Aura parée
devra-t-elle s’en séparer

tout comme

le cygne au chant rebelle
qui dû changer de diapason
pour rejoindre sur l’horizon
l’idée d’une mort si belle

indécise dans le doute
l’âme de mourir ne redoute
mais à une mort aussi digne
le doute lui en est indigne

l’âme se prend à rêver à la renaissance
le doute lui a bien trop de suffisance

l’absence de Dieu ne vous en déplaise
est familière à ce lieu propice à ses aises

il est silence dans l’absolu silence
———————————————–
SİLENCE DES FONDS

Dans les vestiges de ma mémoire
il me souvient
derrière le rideau de brume
d’une mer étale remplissant tout l’espace

aux frissons des vagues
j’ai senti que le jour se levait

sous les embruns
se côtoie
l’infini des silences

pendant qu’aux pôles
la fonte des glaces
dénonce des séismes irréversibles

sur cette plaine liquide ourlée de rides
soufflent de l’infinie nécropole
des vents lourds gris comme la tôle

mais une rumeur d’orage se lève
avec un grondement sourd
faisant trembler l’écume qui déjà se soulève

alors s’agitent avec fureur
les poissons abyssaux qui remontent
de leur profondeur

et soudain le ciel délire
prend des tons de tempête
qui le déchire

le flou de ma mémoire s’allume
il me souvient
derrière le rideau de brume
d’une mer étale
remplissant tout l’espace
————————————

SİLENCE DES VOİX

Le cœur a ses silences

le « mot »

celui que l’on tait
est au cœur des non-dits
avec son épaisseur inouïe

ce silence des mots
sclérosés dans l’apathie
accompagne
avec éloquence le cortège
des regrets
et des remords

entre le dire et le non dire
le possible est incertain
————————————

SOLEİL

Ô ces rais de soleil pur bonheur de ma vie
qui firent à mon amour des échos d’envie
j’eu l’opportunité de m’épanouir un temps
près d’une rose qui jadis fut l’air du temps

comme il est bon de vivre ainsi dans la vie
quand vous sourit une rose d’amour, ravie
la rose, dont les effluves arrosent le temps
fraîchement éclose elle dresse le printemps

les aléas ont surgi dans la vie de tout temps
tout aussi méprisables ils le seront toujours
pourtant reste émouvante la rose des jours

bien que le temps perdu ne se rattrape plus
il en est pour la rose une déception de plus
le remords est là qui survient à contre temps
———————————————

SOLİDE MYSTÈRE

Ô solitude

mystère
qui nous enveloppe

gaine d’ombre
qui masque la vie

fragile comme le doute
qui l’entoure

mais la vie qu’est-ce

pour ceux qui l’ont suivie

une avancée
bien étrange

sur

la portée des croyances
que la solitude avance
——————————–

SOLİTUDE

La solitude
qui rampe
dans le silence

vagabonde
sans raison

c’est l’abîme
d’un mal être

qui s’élance
et se balance

que son fiel marine
et ronge et serine

là où ruisselle la bile
la solitude se faufile
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SİLENCE

La solitude
est

silence

une chape d’ennuis
une source de soucis

qui se retient mot à mot
dans le phare des mots

la solitude
est

mystère

une ombre qui se terre
qui se souvient mot à mot
dans le fard de ses mots

l’énigme
qui se vit

est

solitude
qui sévit
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SOLİTUDE QUİ SE MİNE

On dit

au creuset du cœur
se forge l’amour

souvent

le charme est trompeur
vécu dans des rêves ébauchés

même
croisant ces charmes

il faut avoir les armes
pour ces amours débauchées

et pourtant

la solitude mine
quand proche
la fin s’anime
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SOLİTUDE DE DİEU

Et Dieu dévide
dans l’espace béant
son insaisissable néant

sans doute rempli de vide

seule reste la solitude

sans horizon
et sans espace

une dérision qui l’enlace

Dieu serait-il cette solitude
qu’on y célèbre
dans ces ténèbres

elle a c’est notoire
Dieu pour trajectoire
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SOLİTUDE DANS L’OMBRE

Dans cette ombre
tant de solitude

qu’elle devient
le cauchemar

me hante cette vision
qui est devenue fiction

ce n’est plus une illusion
qui s’embrase

mais
plutôt une désillusion
qui se brasse

qui tient dans son monde
ceux que la peur inonde

dans les rouages
de la solitude
sont une multitude
de gros nuages
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SOLİTUDE QUİ RONGE

Baiser
que ronge la solitude

fortifie

le sentiment
de n’avoir
bien souvent
aucun dénouement

ô baiser
prend ton souffle

quand

trop seul tu étouffes

mais ceux
qui s’élancent

soudain

dans l’été en silence

soupirent intensément
de la brièveté du moment
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SOLİTUDE DE LAVİE

Douce mère

dans l’isolement
je me suis caché
toute ma vie

de regrets en remords
j’ai torturé mon corps

douté
du raisonnable

de l’indispensable

j’ai franchi
la souffrance
de l’errance

bien seul
dans mon linceul

à bout sans certitude
j’ai rallié la solitude

ô douce amère

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SOLLICITUDE

Si près de moi

pourtant à peine si je te vois

je te sens ailleurs
comme perdue dans les hauteurs

pourtant tu connais bien toi aussi
le vertige de la solitude

parfois on s’y abime
en flirtant les pentes
prenant des leçons d’abîme

te souviens-tu

maintenant aborde le rivage
mais suis-je encore de ton voyage
sors de ton nuage

loin du bruit
loin des envies
loin de ces vents de folie

car j’ai tant besoin de toi
pour être moi

ô reviens
ces nuits de solitude ne nous valent rien

à deux nous nous soutiendrons
et moins seul nous nous sentirons
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SOLİTUDE DU PÈRE

Ma solitude a un repère
l’œil avisé
de mon père

mon père en solitaire
est parti un matin
un beau matin de centenaire

mon âme fuit ses paysages
qui n’ont plus le choix
de son éclairage

me tient chaud son héritage
où souffle le froid
du grand âge
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SURPRİSE RÉSERVÉE

Réservée

à l’approche du baiser
la paupière se baisse
comme pour une prière

s’écoute
la trace qui reste
de ce dire muet

la solitude un moment
troublée
se bouscule

elle veut jouir de l’instant

alors

l’œil s’assombrit
et dit non

a mûri la raison
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SOLİDE İL PASSE

Fantaisie de l’esprit
fantasme facétieux
chimère

ou bien cette fière
solitude qui agresse

seriez-vous

cette
présence
de renard

celle qui
s’esquive au regard

et qui vous pousse
dans le cauchemar

seriez-vous

la solitude de l’existence
qui trompe les apparences

futé
jamais par hasard
ne passe le renard
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SOUCİS

Le vol léger du papillon
sur une touffe de soucis

n’a plus cet imaginaire
cette légèreté de l’euphorie

le survol en solitaire
est devenu de l’ironie

sont nécessaires
dans ce monde
la prudence la circonspection

face aux pensées naïves
et aux actions hâtives

dans son envol
le doute est devenu attentif
à la morale

dont l’enjeu reconduit
à la solitude de l’ennui

tel ce vol de papillon
sur ces touffes de soucis
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SOUS L’ARBRE AU PRİNTEMPS

Sous l’arbre
le printemps ajuste le pas

il arrive comptant ses feuilles
ses fleurs ses papillons

celui là je ne le louperai pas
celui là laissera ses traces

je compte ceux qui passent

je compte sans savoir
de quoi sera fait le prochain
ni même si le prochain sera
celui qui arrivera en se pressant

le printemps ajuste le pas
mais ne nous bonifie pas
il passe tout simplement
————————————

SOUVENİRS D’ANTAN

Tassés dans un tiroir fouillis
sont des souvenirs à l’infini
en ce tiroir un souffle revit
méandres que furent ma vie

bien que pieusement rangés
surprend ce silence dérangé
s’ose une odeur de garrigue
l’effluve de lavande intrigue

ô ces vestiges sans mémoire
qui s’accouplent sans gloire
ainsi ces images à la Renoir
qui y cachent leur désespoir

j’hume rosa la rose séchée
son aura qu’elle a su garder
évocation secrète desséchée
c’est le moment de l’oublier

cliché qui attendait l’instant
tout en berçant l’oubli au vent
ce rappel qui rongeait les ans
l’effacer c’est bien le moment
—————————————

SUİTE

Jour après jour nuit après nuit

en ces dérives du temps se voient
toujours des charmes de vie
sur l’onde du temps qui louvoie

ô la vision

de l’éclat de l’aurore
peuplée du chant des grillons

sur des fils une rangée de moineaux
pépie à l’unisson leur trémolo

un pigeon
se pavane et alangui se roule
sur le zéphyr qui défrise et soûle
dans les restes d’une ombre qui se coule

dans l’azur
un vol d’oies sauvages
dans un souffle pourfend le nuage
et le col tendu vogue avec courage

sur l’onde du temps
il est essentiel
à la métempsycose de miel
que le vent d’une osmose lèche le ciel

les délices de ce temps qui se trame
nous font douter
de la légende de Néréis qui y voit un drame
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SUPPLİQUE

J’aimerais
entendre
et comprendre
ce que tout être
aimerait
connaître

qu’y a-t-il
derrière l’espace
qui nous dépasse
qu’y a-t-il
derrière le temps
qui jamais n’attend

ô toi le divin
qui va qui vient
perpétuellement
derrière devant

tu connais les dessous
toi au-dessus de tout

de l’espace
quelle est la profondeur
du temps la longueur
et leur âge
même l’heure du partage

j’aimerais tout savoir
de ce qui est éternel
de ce qui est intemporel
et de toi-même
et même de moi
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SUR LE TEMPS

Le temps
nous tire dans son sillage
dans son verbiage

comme poussière d’étoiles

disparaîtrons-nous aussi
sans laisser de traces

dans la mémoire du temps
des traces de notre vie
y seront-elles inscrites

comme un fossile
jour après jour

une interrogation
peut-être une utopie

mais

notre passage
sur la portée du tangible
n’est-il pas complice ?
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TÉNÈBRES

Ô nuit des ténèbres

tu n’ignores rien
de la pierre céleste
mais tu vis en souffrance

tu respires cet « ailleurs »
qui évide et creuse la certitude
dans le profond du cœur

tapie dans l’inconscient
l’œil vigilant et fixe
tu y cherches le devenir

cette quête incertaine
obscure et nostalgique
qui recherche la vérité

que masque le désarroi
caché dans le silence
de la sombre grisaille

de cet « ailleurs »
de la vie en rupture
naît l’instabilité
————————————–

TOLÉRANCE

Le bon sens est la chose au monde
la mieux partagée se dit à la ronde
tout le monde pense en être pourvu
le sectaire même en est convaincu

pour dégager ce que l’on nomme
le bien et le mal il suffit en somme
qu’il y soit le bon sens et la raison
et qu’ils raisonnent d’un juste son

la raison se doit outre la tolérance
pour juger des causes et des effets
être libérée du reproche que tance
l’animosité prônée par le camouflé

il se dit qu’il est interdit d’interdire
mais la liberté de penser a ses dires
et ne doit pas blesser la conscience
de ceux issus d’une autre obédience
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TRÉPAS

Nous interpelle le trépas
et Dieu lui même
même
si nous n’y croyons pas

pour ce dernier pas
l’ultime ici-bas

l’angoisse sera
au trépas

la lumière y a des résonances
d’un souffle mensonger
que la vastitude éthérée
couvre d’ignorance

à la quête
d’une sincère
et accessible lumière
j’irai

ici
le monde ment
lamentablement
———————————

TRİSTESSE

Il est des tristesses sans but
qui nous habitent sans raison
qui viennent on ne sait d’où

le jour un puits de tristesse
la nuit un gouffre d’angoisse
c’est le fruit du désespoir

comme une ombre le soir
tel un rapace qui fonce
le dégoût là nous épie

s’abat alors une détresse
où la mélancolie dégouline
dans ces heures chagrines
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UN TROUBLE

Cette poussée
ce débordement

est-ce
un déluge rayonnant sans mesure
ou
une simple égratignure de l’âme

quoi qu’il en soit
sur qui tombent ses éclats

vacille un moment la confusion

humaine

c’est peut-être vivre
un écho de soi même
————————————–

UNE İNCONNUE DU TEMPS

Chercher à comprendre l’ineffable
insondable est-ce si raisonnable

il se vérifie qu’au temps connu
désormais on y voit une inconnue

que dans le temps ne se cumulent
ni ondes pas plus que de particules

et dans l’univers de ces trous noirs
s’y confond tout le désespoir

l’inconnue n’occupe aucun espace
et qu’il n’ait pas non plus de masse

ni odeur ni saveur ou température
voilà né un comble contre nature

difficulté abstraite du phénomène
pose aux savants un vrai problème

accepter la mystérieuse inconnue
qui soudain nous tombe des nues

notre ignorance est là qui va s’étend
de l’infinitude à la vastitude du temps
——————————————
UTOPİE

À la hampe
hisser très haut
suffisamment de mots
pour que s’assemble
l’espoir de vivre ensemble

encore

une utopie qui rampe
jamais ne résistera la hampe
au poids de tous les dires
nécessaires pour séduire

ces mots ne sont pas sur la même portée
suivant que l’on est d’ici ou bien d’à côté
————————————–

VAGABONDAGE

L’esprit vagabonde
de la feuille à la branche
du mot à la chose

est un ciel qui rêve
où s’étirent des nuages
en vagabondage

des peupliers et ajoncs
les pieds dans l’eau
entrelacent leurs mots

là y sont des nymphes roses
enlacées de lumière
qui virevoltent et dansent

ces naïades qui agitent les sens
ne sont que le fruit
d’un imaginaire fertile

où le fil du réel s’étire

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VAGUES DE GLACE

Les amours ne fleurissent pas en été
elles échouent
elles s’échouent
comme autant de vagues brisées

curieux paradoxe
que ces nymphes de glace à l’équinoxe

sur les plages où naissent les vagues
brisées usées par les algues
là s’y reposent les corps du sérail
des néréides au bandeau de corail

alors

les vagues de glace dévalent
elles se dressent immenses elles avalent
les flots qui hurlent et déciment
le vent furieux sur la crête des cimes

le bruit étrange qu’on entend est si fort
vient d’en bas du cœur qui ne dort

dans le grand fond insondable
ténèbres ignorées épouvantables
est le cimetière marin ancestral
glauque et lugubre abîme abyssal

l’eau est devenue givre
où par ces fonds on ne peut vivre
c’est des cœurs insondables
que naissent les amours véritables

le bruit étrange qu’on entend si fort

c’est d’en bas qu’il provient
du plus profond où le cœur ne dort
———————-

VENUS

Ô bel ange
aux yeux orange

comme une femme
au creux de sa nuit
ocre rose
tu te loves
dans le baiser
du sommeil

on te devine
cristalline
où se faufile
dans l’imprévu
le baiser charme
de tes mystères

la pureté de ta lumière
se dévoile dans l’ombre
suspendue dans
un baiser éthéré
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VERS AMERS

Se sont envolés en éclats mes beaux jours
réveillés avec des soucis comme toujours
mais bouleversés par tant d’éclats flétris
j’ai osé chercher du regard le paradis

j’ai replié ma vie sous un voile sombre
me hante l’insensibilité de cette ombre
quelqu’un a-t-il tenté d’adoucir la dérive
de celui qui perdu se cherche sur la rive

j’efface même la bonne étoile de mon ciel
je couvre de boue les fleurs de l’essentiel
peint les pétales aux couleurs des soucis
j’ai même poussé la porte ouverte à l’ami

pour ces fruits qu’avec la passion j’ai semés
j’ai besoin d’y voir les liens de sincérité
l’illusion donnée par certains se dévoile
me laisse amer ceux dont je vois le voile

j’ai besoin d’y voir plus clair leur visage
ce manque me cerne troublant les images
vais-je pouvoir me sortir de ce naufrage
le miroir sans tain n’est pas disert dommage

et si mes espoirs avaient forcé ma faim
j’aurais de multiples raisons d’y mettre fin
ces manquements qui desservent le ciel
à mes ressentiments ils ont le goût de fiel

j’enterre dans la glèbe toutes animosités
qui masquent cette dérobade des affiliés
nul ne renflouera cette épave qui s’échoue
mais je prête une oreille à l’écho des loups
————————————————–

VİVRE

Un trait de vie
qui rend l’âme

mais d’avoir trop vécu

au souffle de ma vie
tous ces mots réunis
comme poème
pour vous dire

s’il est une âme
elle vous fera signe
d’une brève envolée
dans le jardin
des souvenirs
——————————-

VOİLE

Le voile blanc frôle le temps
tandis que je me désespère
l’azur perd tous ses repères
objet de mon ressentiment

dans une frilosité se devine
c’est évident on l’imagine
que le silence va s’étendre
c’est ce qu’il faut attendre

une gelée à pierre fendre
dehors dedans s’installe
et la blanche nuit s’étale

dans la neige attendre
le silence est si tendre

seul le clocher trésaille
———————————————
VALEURS DÉVALUÉES

Aux affres d’une vie qui souffre
est meurtrier ce vent qui souffle
hier le ciel était ceint d’une Aura
aujourd’hui il réveille Guernica

pourtant est calme le sous bois
le champignon dans les mousses
folle avoine et fougère poussent
rassurante est cette vie en émoi

là haut l’étoile de vie supervise
c’est l’œil de dieu qui nous vise
à la confession de tant d’aveux
dieu les escorte-t-ils de ses vœux

débusquons toutes ces horreurs
l’humanité intellectuelle morale
ne peut se complaire dans le râle
il faut qu’elle sorte de sa torpeur

au bout de l’horreur est l’ironie
la déité pliée perd son hégémonie
à genoux jamais debout dieu dit
aimer vous les uns les autres déni

savourons l’odeur de ses mousses
le silence de ces fougères rousses
après la noirceur du ciel malsain
sera l’espoir à l’horizon plus sain

toujours à l’ombre germe l’amour
qui repose sur un tapis de velours
——————————————

VEİLLEUSES DE NUİT

Ô belles selon l’humeur
qui jouent avec les sens,
vous y flirtez l’indécence
sans cacher votre pudeur.

Soulevant le coin du voile
pour qu’à l’œil se dévoile
l’âme du pétard d’artifice,
en clair le nu du sacrifice.

sans retenue court vêtues,
vous vaquez sans dessous,
vivez sans gêne ni vertu,
tous sens, dessus dessous.

Ô nuit que rien ne cache
de ces feux follets lutins.
Ô jour qui à cache-cache
joue avec ce menu fretin,

la morale n’a plus de sens,
la vertu va en sens interdit.
Si va la nuit à contre sens,
une vie sans sens s’ensuit.

L’incertain en trompe l’œil
est illusion, qui fait écueil
aux orgies aux bacchanales
et qui lèsent vertu et morale

l’incertain épie d’ un œil l’ âme
illusion du trompe l’œil ! dame

————————————

VOIE D’UN BAISER

Que ne puis-je
saisir ces baisers
au vertige du vivre
les laisser mourir ivres
au coin des lèvres

là où l’encre des yeux
trace un chemin voluptueux
là ruisselle le charme
humide d’une larme

l’embellie
doucement s’étale

sur la courbe de ces yeux
où l’encre dessine
l’intime
———————————————-
PEUT-ON FAIRE TERRE VOLTAIRE

Étranger à tout esprit religieux
Il se refuse à ne pas croire en dieu
il ne cesse de dire son distique fameux
L’univers m’embarrasse et je suis suspicieux

comment cette horloge peut-elle marcher
elle n’a point d’horloger
comment l’ordre de l’univers peut-il être
sans avoir un géomètre

C’est pour lui une certitude
Mais au-delà il ne voit qu’incertitudes

il a interrogé la nature heureuse
elle est demeurée muette silencieuse
mais il lui est impossible parbleu
de nier l’existence de ce Dieu

le connaître il est impossible
et il rejette toute incarnation possible

joindre à la nature humaine un Dieu
J’aimerais autant dire que les éléphants
ont fait à des puces l’amour
et en ont eu de la race un retour

au déisme s’il reste attaché
il dénonce comme un camouflet
le providentialisme de saint Augustin
dans Candide la réponse est bien
donnée à la question formulée

Pourquoi existe-t-il tant de mal
tout étant formé par un Dieu
où tous les théistes avec beaucoup de mal
se sont accordés à y trouver du mieux

Enfin il dit et prétend
ce que chacun entend

La croyance en un Dieu est salutaire
sur le plan moral et social et utilitaire

« Si Dieu n’existait pas, il faudrait l’inventer »

vous en souvient-il de celui-ci
jadis il brilla de mille étincelles
pas étonnant il anima le siècle des lumières