de Allix Guy

Tous les poètes connaissent Jacques Basse car il est le portraitiste des poètes. 6 volumes de portraits à quoi il faut ajouter l’ensemble sur Xavier Grall ! Un travail d’une rare générosité. Jacques est mon ami depuis plusieurs années déjà même si je me suis bêtement fâché un moment avec lui au sujet d’un sinistre imposteur à qui j’avais le grand tort de faire confiance et qui s’était montré peu délicat avec Jacques. Il m’a ensuite montré à quel point il pouvait justement pousser l’indélicatesse vis à vis de moi et la perversité vis à vis d’une personne que j’ai beaucoup aimée et qu’il a finalement piégée de façon ignoble. Je m’en veux encore d’avoir pu ainsi m’éloigner un instant de Jacques pour ce triste sire dépourvu de réelles valeurs morales.
Jacques, lui, est intègre, juste, passionné. Il donne sans compter pour l’amour et la poésie, pour l’amour de la poésie. La poésie justement il n’en vit pas. Il laisse cela aux épiciers. Il vit, lui, en poésie ce qui est autre chose. Et quand il écrit, c’est tout juste s’il ne s’excuse pas d’écrire. Loin des monstres d’orgueil qui n’ont de talent que dans leur mesquine vanité, il s’affirme comme un « poète amateur ». C’est là son honneur. Il y a dans ses poèmes de nombreuses pépites.
La solitude (inédits)
extraits

Solitude 12
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J’ai gaspillé le temps
j’ai nié l’évidence

en silence
j’ai parlé pour ne rien dire

méfiance
j’ai douté et pour finir
j’ai brisé l’essentiel
et perdu l’horizon de mon ciel

aux pieds de mon ego
je m’attendris d’un triste écho
qu’écoute la plainte qui bat de l’aile

la souffrance issue du pleur
tue toute espérance en fleur

Solitude 13
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Engloutir son allégresse
camoufler ses tourments
éloigner la croyance

c’est finir par douter

et j’ai brisé l’espérance
ma vie

de regrets en remords
j’ai détruit mon sort

frappé par l’orage
a sombré la raison

et d’un seul coup…de rage
j’ai balayé l’horizon
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Échos et murmures (inédit)
extraits

L’AVEU
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au-delà de la faute
surgit un trouble

espérer l’instant
qui vient de l’aveu

l’aveu mort-né
sur sa trajectoire est figé

incapable de franchir
la frontière du possible

déjà l’instant a fui

la désillusion est là
perdu dans l’indifférence
se dérobe le mea culpa

DOULEURS
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douleurs
sournoises
celles de l’âme
nous rongent

celles de chair
insistantes
nous anéantissent
parfois

elles accompagnent
un long processus douloureux
qui dévaste nos cœurs
et saccage nos corps
seul l’au-delà nous en délivre

pénible tourment
que la mort glace
poussière du temps
m’en garde trace
***
Extraits de Poésie, Mondial Livres, 2010

DERNIER SILENCE
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Le silence respire
souffrance du corps
la «blanche» dépravée
dilue le temps

Blanche mort
en suspension
respiration saccadée
tu fus tu fuis va mon fils va

Le silence même
au dernier souffle de la vie
retient son souffle

GRAVURE
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Toujours
plane l’illusoire
rêve
au-delà du réel

visions
désordonnées

La rétine de l’inconscient
grave

ces instants

insoupçonnés
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HIVER

je compte les hivers
sans savoir de quoi sera fait le prochain
ni même si le prochain sera
J’ai froid

J’ai froid

Je veux longtemps avoir froid
jusqu’aux limites du supportable
me réchauffer d’elle
capter ses rayons qui chatoient
mon corps engourdi

Encore j’ai froid

lisière de ma vie
limite de mon être
mon ultime rêve

Je rêverai

d’elle

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REFUGE

Le présent s’étiole
les mots
de désespérance
tourbillonnent
dans l’incertain

Vivre l’absence

Ô le souvenir
de l’inclination complice
de ces sommets feutrés
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REPÈRE

Je mesure
le poids de cette vie
à ce fil fragile

Seul
dans le labyrinthe

L’évidence
l’autre côté du visible

L’essentiel ce fil fragile
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TRACES DE VIE

Dans la mémoire des pierres
le temps s’est incrusté

Dans la mémoire du temps
des traces de notre vie
y seront-elles inscrites ?

Comme un fossile
jour après jour

Une interrogation
peut-être une utopie

Notre passage
sur la portée du tangible
n’est-il pas complice ?
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