7:la Courbe D’un Souffle critique du Poème

La Courbe d’un Souffle, Jacques Basse, Ed. Rafael de Surtis, 2010

Si l’on admet que la poésie est, moins qu’un genre littéraire en soi, une pratique particulière de la langue traversant et transcendant les autres genres, on peut lire ce recueil de Jacques Basse comme le journal d’une relation amoureuse, réelle ou fantasmée (ou les deux à la fois), relatant en six chapitres (Révélations, Réflexion, Eventualité, Volupté, etc) les intermittences du corps et du cœur.
Le principe de composition de chaque poème semble reposer sur la fragmentation de la phrase en courtes strophes inégales (un monostique parfois), et en vers brefs, afin de mieux isoler et mettre en valeur chaque segment constitutif – voire un seul mot – et d’un sublimer l’apparente simplicité. Notons que l’auteur ne refuse pas la rime lorsque clle-ci paraît venir spontanément sous sa plume : par exemple : « à cette immensité / qu’est l’océan de tes yeux / je viens m’y noyer / en attristé capricieux ».
Si vers le début nous rencontrons cette belle définition : « Le sentiment amoureux (…) il est un rêve éveillé / une féerie / une métamorphose de l’apparence », un peu plus loin, l’auteur nous donne peut-être au passage l’une des clefs de son art poétique : « surtout / ne pas tout dire / ou bien / à demi-mot ». Ce parti pris de pudeur ne l’empêche nullement d’explorer l’intimité du couple, telle la somptueuse évocation d’une étreinte qui s’achève « dans l’accomplissement des convoitises / dans la concupiscence / dans l’accouplement du désir ». Des vers d’une grande sensualité et d’une impeccable tenue. Cela mérite d’être salué.
Mais qui dit journal dit chronique ; le temps poursuit donc son travail d’usure, de destruction et le recueil s’achève par la déploration contenue, d’un lyrisme du meilleur aloi, de la fin d’un amour : « plus rien ne va (…) quelque chose s’est fêlé / la discorde est arrivée (…) plus rien n’ira jamais. »
Remercions Jacques Basse de nous permettre de parcourir une nouvelle fois cette courbe que nous avons tous, d’une manière ou d’une autre, parcourue, mais débarrassés des vicissitudes et seulement émus par les images et par la musique des mots.
Jean-Marie Alfroy
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Le souffle poétique de Jacques Basse
Laure Dino nous propose aujourd’hui une lecture de la poésie de Jacques BASSE. C’est un petit livre aussi léger qu’un souffle. Mais un souffle suffit, pour ranimer une vie d’un battement de cœur. La Courbe d’un souffle évoque le tracé d’une histoire d’amour, de l’espérance à la chute , qui monte jusqu’à l’apogée, puis redescend et enfin meurt… Le personnage, à l’imagination débordante, traverse des états amoureux, entre la lune de miel et le deuil qu’il poétise comme des rêveries : révélation, réflexion, éventualité, volupté, incertitude, abattement.

Hymne à la « mystérieuse inconnue », croisée sur son passage, à laquelle il offre un « bouquet de sentiments/à l’éclat éblouissant » (Révélation p.1), composé de roses, violettes, coquelicots mais aussi de  » pétales d’amandier », « boutons d’or », « perles de miel », » gouttes de roses ».

« Ne vous ai-je pas déjà croisée ?…/mystérieuse inconnue/vous/qui passez par hasard/vous que je ne connais pas/ que je croise/dans ce pré/désormais secret de nous/vous reverrai-je un jour… » (Éventualité p.20).

Mais qui est-elle, lui demande-t-il ? Quel est le visage de la femme, qui s’incarne dans le visage d’une femme ?

Alors, pour saisir son essence, il trace son portrait, la rendre irréelle et la toucher du doigt, la faire apparaître d’un souffle créateur. Avec peut-être même un secret désir de la peindre en fleurs. Ce mythe, cette image existe quelque part, il la reconstitue pétale après pétale, fleur après fleur, trait par trait.

« Même le souffle de votre visage/que je ne connais pas/ce n’est qu’un rêve/je le sais/mais quelque part/vous êtes ». (Révélation. p. 5)

Reine, elle est femme idéale, peut-être fatale, anima de l’homme mais aussi muse et inspiratrice, de tout temps, des artistes. Une muse tour à tour sirène, miroir réfléchissant, « fée verte », « muse à la lyre/musicienne/elle est musique/là est l’enchantement. » (Éventualité p.17) Ensuite la courbe redescend, son image se ternit, et elle redevient cendrillon, ange terrestre, fleur cueillie, alors le rêveur « s’abreuve de lambeaux /de plaisir /tant qu’il est temps… » (Abattement. p. 51) puis « se dit simplement qu’elle est femme/une déroute de sentiments/  » (Volupté p.31), « ange de femme/ au présent imparfait » (Incertitude p.38), « épine de rose », « pluie de pétales ».

Pourtant, c’est à travers la femme où l’homme frôle le chagrin d’amour, avec la pudeur de ne pas pleurer, mais de rire et d’aimer, qu’il devient uniquement poète-dessinateur de la beauté en s’effaçant devant ses courbes infinies.
Laure Dino