TEXTURE Michel BAGLIN

Jacques Basse vient de publier le quatrième tome de son anthologie intitulée « Visages de poésie » aux éditions Rafael de Surtis, constituée de visages et de poèmes dédicacés : un portrait au crayon, un poème, une bio-bibliographie pour chacun. 400 poètes au total y ont ainsi été invités. Je reprends ici la préface que j’ai donnée, avec Rémy Boyer et Jean-Luc Pouliquen, à ce dernier volume.

Originale et généreuse, l’entreprise de Jacques Basse est artistique, mais elle recèle aussi une dimension pédagogique, dans la mesure où le panorama qu’il élargit tome après tome constitue une source d’informations sur plusieurs centaines d’auteurs. Ces noms dans l’index, les amateurs de poésie les connaissent pour la plupart, ils évoquent souvent des thèmes, une tonalité, une écriture ; autre chose est d’y « mettre un visage »… Il suffira désormais, pour se faire une idée de la personne, ou mieux, une représentation à travers le crayon de Jacques Basse, de se référer à son anthologie.

Je sais bien que l’observation d’un visage n’enrichit pas nécessairement la lecture d’un poème (ni la connaissance de la biographie d’un auteur la lecture de son œuvre, vieux débat !), mais il s’agit ici d’un visage en quelque sorte déjà lu, interprété par le dessinateur. Que Jacques Basse travaille d’après les photos envoyées assure ce « réalisme » qui permet la reconnaissance, mais ce n’est là que l’aspect « extérieur ». Le dessin va plus loin. Le trait élimine tout ce qui parasite le portrait initial. Remonte alors à la surface de la page ce qui reste – ce que l’artiste a capté et conservé de ce cliché qu’il a « dévisagé » : une expression, une lumière. Qu’il transmet par le crayon.

Oui, Jacques Basse va plus loin, par empathie sans doute, et par sa connaissance de la poésie – il en écrit lui-même – et des enjeux qu’elle porte. Le portraitiste du coup esquisse des paysages : l’arrière-pays de chacun s’y dévoile un peu.

Sans compter que son approche est triple : au dessin, elle associe la présentation et le poème. Le portrait s’enrichit ainsi de multiples résonances. Sans doute n’y lit-on pas tout, mais le trait oblige à interroger l’apparence et incite à aller voir du côté des mots, à s’inviter dans cette énigme que constitue tout visage en écoutant le silence qui hante le portrait – d’autant plus qu’il renvoie à un texte, à une « parole » poétique accessible en marge.

Je ne saurais pas dire exactement pourquoi, mais je suis presque certain que les tomes de cette anthologie constituent de véritables incitations à la lecture de la poésie et à la découverte des voix, des œuvres. Une incitation à poursuivre, à creuser, à mieux comprendre ce qui toujours se donne et se dérobe, des mots et des images.

Il suffit de regardez ces visages, les uns après les autres, pour se laisser gagner par l’impression que chacun s’avoue une énigme à lui-même. Voilà, il me semble, le plus troublant : chacun a la forme d’une question, ouverte, informulée, d’un étonnement (celui d’être ?), d’un vertige qui prend la lumière…

N’est-ce pas là, aussi, l’objet de la quête du poème ?

Michel Baglin

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Jacques Basse
Il dévisage les poètes

« Visages de poésie » Tome 3

Jacques Basse vient de publier le troisième tome de son anthologie intitulée « Visages de poésie » qui, à terme, devrait en compter quatre. Publiée aux éditions Rafael de Surtis, elle est constituée de visages et de poèmes dédicacés : un portrait au crayon, un poème, une bio-bibliographie pour chacun. 300 poètes y ont déjà été invités.

L’entreprise est aussi originale que généreuse et, finalement, pédagogique. Artiste peintre, Jacques Basse cultive l’art du portrait, qu’il met aujourd’hui au service de la poésie. Son étonnante anthologie est constituée de visages et de poèmes dédicacés. Un portrait au crayon, un poème, une bio-bibliographie pour chacun. Et cent noms par volume. Autant dire qu’une majeure partie des poètes francophones connus, et moins connus, a d’ores et déjà été réunie dans ce vaste panorama.

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Jean Chatard

Les informations sur les auteurs y sont plus ou moins développées selon ce qu’ils ont fournis, de même les poèmes sont-ils d’inégale qualité, tous n’ayant pas toujours joué le jeu. Mais pour la plupart, ils ont proposé ce qui les représente au mieux, un poème qui « parle » pour eux, une dédicace qui les révèle souvent, sans oublier la photo qu’ils ont envoyée. Bref, l’ensemble tient sérieusement la route. Et je ne saurais mieux dire que Georges Cathalo sur le site de Poézibao : « Chacun de ces tomes peut se lire comme une ouverture à l’univers complexe de la poésie vivante, bien plus instructive que certaines anthologies ou panoramas prétentieux. On y devine les vrais orgueilleux et on y repère les faux modestes. On y découvre les vrais lyriques et l’on y démasque les faux sincères. »
Interroger l’apparence

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Jacques Ancet

Je parlais de « pédagogie », dans la mesure où ce panorama est une source d’informations. Ces noms dans l’index, les amateurs de poésie les connaissent pour la plupart, mais ils ne savent pas toujours à qui ils correspondent, ni sur eux « mettre un visage ». Il suffira désormais de se référer à l’anthologie pour, au moins, se faire une idée, ou, mieux, une représentation de la personne à travers le crayon de Jacques Basse.
Celui-ci a travaillé sur les photos envoyées. La fidélité du « réalisme » permet bien sûr la reconnaissance. Mais ce n’est là que l’aspect « extérieur ». Jacques Basse va plus loin, par empathie sans doute, et par sa connaissance de la poésie et des enjeux qu’elle porte. Ce portraitiste esquisse aussi des paysages : l’arrière-pays de chacun s’y dévoile un peu. Les poètes sont ici « comme modelés de l’intérieur, couturés de secrets », écrit Jean-Max Tixier dans sa préface au premier volume.

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Jean-Max Tixier

« C’est cela que sait nous restituer Jacques Basse : une « image source », à l’origine du fleuve de la voix, une image d’avant le cliché », salue de son côté Guy Allix en rendant compte de cette anthologie (voir ici).
Sans doute n’y lit-on pas tout d’un être, mais le trait oblige à interroger l’apparence et incite à aller voir du côté des mots, à s’inviter dans cette énigme que constitue tout visage, en écoutant le silence qui hante le portrait – d’autant plus qu’il renvoie à un texte, à une « parole » poétique accessible en marge. Je ne sais pas dire exactement pourquoi, mais je suis presque certain que ces trois tomes sont de véritables incitations à la lecture de la poésie et à la découverte des voix, des œuvres.
Que demander de plus ?
Michel Baglin

mardi 6 avril 2010, par Michel Baglin

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Jacques Basse

Jacques Basse aime la poésie et en écrit aussi. Il vient de publier une plaquette intitulée on ne peut plus sobrement « Poésie » (Mondial Livres. 6 euros). L’ombre, le doute, les chuchotis de l’inconscient et les non-dits y parlent de l’énigme d’être vivant dans le sablier des âges et condamné dans un monde « où l’inattendu interroge l’incertain ».
Visiter lesite de Jacques Basse

« Visages de poésie »

L’anthologie « Visages de poésie » est publiée aux éditions Rafael de Surtis (7, Rue St Michel – 81170 Cordes sur Ciel Tél. 05.63.53.44.41 / 06.79.65.76.44.) Chaque volume : 25 euros. Le tome est préfacé par Florence Trocmé et Jean-Max Tixier. Pour le tome 2, les préfaces sont de Michel Cosem, Guy Allix et de Jean Billaud, la 4ème de couverture de Jean-Luc Pouliquen. Le tome trois est préfacé par Abdré Doms et Dominique Sorrente.

« Dans le dessin du portrait, une certaine affection se révèle avec la naissance de la ressemblance. Au fur et à mesure que le dessin progresse, ce sentiment s’amplifie et crée un lien affectif qui grandit peu à peu. Là peut-être se trouve une explication à cette attirance que j’ai pour le portrait ! Qu’y a-t-il derrière et au-delà de ces bribes d’informations données par quelques traits de crayon ? Frontière du possible, qui dessine l’extérieur pour révéler l’âme. » Jacques Basse

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