4: Jacques BASSE »Portrait du Portraitiste » Rafaël de Surtis————————-

Vague de poètes en Méditerranée de Jacques Basse

Par Rémi Boyer

Jacques Basse poursuit son inlassable œuvre d’amour avec la Poésie et les poètes. Ce nouveau volume est consacré aux poètes. De nouveau, cent poètes, cent visages émanés sous le crayon de Jacques Basse, cent portes de mots.

Il existe une conscience méditerranéenne. Elle est terriblement vivante même si elle cherche de nouvelles formes d’expression que ce monde sans nuance voudrait lui refuser.

« Existe-t-il vraiment une spécificité des poètes méridionaux ? interroge Jacques Lovichi dans sa préface. Le grand et définitivement méconnu Germain Nouveau, né à Pourrières (Var), ami de Rimbaud, de Verlaine, et dont Aragon a proclamé haut et fort qu’il n’en était pas « un épigone mais leur égal », ne peut s’apprécier pleinement que sous certaines conditions : nombre de ses vers ne trouvent leur rythme, leur plénitude et leur force musicale que s’ils sont prononcés avec la voix d’un homme du Midi. Du reste, plus qu’en France, il semble qu’à l’étrange les poètes français du monde méditerranéen soient perçus comme tels et fort appréciés pour cela même. Il suffirait d’écouter le britannique Roger Little, les roumains Georges Astalos, Ioan Tzepelea ou Valeriu Srancu (pour ne citer qu’eux) se déclarant « liés par une complicité esthétique rarement vue de nos jours dans le monde de la « création », ou encore la russe Sacha Karvovski et bien d’autres aux quatre coins du monde, pour en avoir confirmation. »

Jacques Lovichi cite alors Bernard Mazo qui, dans la revue culturelle Marseille écrit :

« Pour qui se penche sur l’œuvre de tous les poètes évoqués ici à leur écoute attentive, il semble bien qu’au-delà de la spécificité de chacun d’entre eux, l’essence d’une même culture immémoriale se fasse entendre en arrière-fond de leurs voix poétiques, leur donne une épaisseur, une singularité d’accent, les marquant, à leur insu ou non, du même sceau identitaire. En effet, comment ne pas percevoir à travers le déploiement de leur parole poétique, l’écho d’une même et secrète géographie intérieure, le chant pur et solaire, parfois tragique d’un monde méditerranéen, tout à la fois aride et luxuriant, lumineux et sombrement hanté dans l’incandescence du feu héraclitéen – de ce feu plus ancien que les dieux et les hommes, source de tous les commencements et en premier lieu du logos poétique – l’appel du grand large et des courses lointaines, de « la mer toujours recommencée », de la célébration de la brûlure tout à la fois nourricière et meurtrière du soleil, de la hantise de la mort, du sens tragique et de l’écoulement irréversible du temps. Oui, c’est une grande rêverie méditerranéenne et homérique qui habite ceux-là au point de consumer jusqu’au geste ultime, sous le regard impavide des dieux, les plus désemparés d’entre eux. »

Ce volume, qui rassemble tant de beaux visages forgés par le soleil, habités par une langue et une liberté uniques. Davantage qu’un hommage, il est une célébration de la permanence méditerranéenne, de ce qui perdure derrière les mutations, les bouleversements, d’un ordre poétique qui se joue du chaos. Ces poètes-là ont l’été dans leur veine, suggère un poème d’Emma Schulman. Jacques Basse nous offre une transfusion à ne pas refuser.

Base- Couvé

Jacques Basse Echos et murmures Notice de Alexandre Eyries

Dans ( Cahier Critique de Poésie N°25 CPIM Marseille )
Cordes sur Ciel –Rafael de Surtis « Pour une Terre Interdite »

A la fois peintre et poète (d’un lyrisme classique), Jacques Basse est l’auteur d’une anthologie d la poésie française en 6 tomes, et de plusieurs recueils de poèmes. Dans ce nouvel opus, Jacques Basse choisit chaque mot « avec justesse, pour l’exigence de la célébration poétique ». Puisant dans son vécu, Jacques Basse écrit qu’il n’y a aucun « rempart à la médisance/qui de tout temps s’est manifestée ». Les poèmes de Jacques Basse passent l’existence et le sentiment amoureux au révélateur de l’écriture : « un cœur qui germe :est lumière de vie ». Par ces textes d’une grande justesse émotionnelle le poète noue un dialogue avec cet autre, le lecteur, à qui le relie le « lien du ferment quotidien
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OSCILLATION du BAISER JACQUES BASSE

A grand renfort de baisers

Frénésie d’écrire c’est bien ce qui semble s’être emparé du poète peintre Jacques Basse dont les éditions Rafael de Surtis publie aujourd’hui le 8ème recueil.

Frénésie qui s’articule autour de l’ »Oscillation du baiser » dans des chambres d’ombre entre des miroirs dont les reflets laissent percer l’angoisse d’un temps qui se resserre.

« Aléatoire est l’heure ».

L’auteur tente, alors, à grand renfort de baisers,
sous une forme dérivée, parfois de l’amour courtois :

« ô baiser qui se plaît à chanter »
« baiser fleur de toujours
caresse en dame d’atours »

parfois jaillie d’évocations sensuelles :

« combien fut émouvant
le jour où ta bouche
donna à la mienne
comme à l’oiselet
la becquée »

de sauver cet abandonné du langage, et souvent de la pratique,
qu’est le baiser. Pauvre mot d’avant SMS et franglais remplacé
aujourd’hui par la bise à l’accent glacial ou par le bisou qu’infantilise
le diminutif.

« Dans le temps descendu »,
ainsi le veut Jacques Basse, vite vite sauver de l’oubli, un mot
qui sent la lumière, le printemps, la violette, sauver une langue
si pleine d’anciennes complicités et qui sait, en redonnant vie au
baiser, se sauver de soi-même.

Arlette CHAUMORCEL

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Philosophies de l’éveil et avant-gardes de Rémi BOYER
Oscillation du baiser

Oscillation du baiser, nouveau recueil de poèmes de Jacques Basse, publié aux Editions Rafael de Surtis, vogue sur l’océan de volupté qui relie la chair à l’esprit. Le baiser est sous sa plume l’unique permanence qui rythme et confère sens à la nature.

en amour on s’expose
même
lorsque le baiser se superpose
la passion ici s’accorde [...]
A L’OMBRE DES BAISERS

en amour on s’expose

même

lorsque le baiser se superpose

la passion ici s’accorde c’est bien heureux

à cette hésitation des échanges amoureux

ainsi dès l’aube

quand le baiser se lève

les sentiments se réveillent comme rêve

et il me semble

que dans ce monde incertain

il ne faut pas que le baiser aille au lointain

le fait est que tous les sentiments s’émoussent

que le baiser essouffle tout raisonnement

et que l’envie de dire se retrousse

comment résister

à ces baisers où en somme

se trouve un point qui m’assomme

quand on aime vraiment

est-ce qu’on raisonne

Editions Rafael de Surtis, 7 rue Saint Michel, 81170 Cordes sur Ciel, France.

Publié:
25 février 2013

Categorie:
Poésie

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Le temps des Résonances, de Jacques Basse
Par Rémi Boyer

Le temps des Résonances, nouveau recueil de poèmes de Jacques Basse, publié aux Editions Rafael de Surtis révèle une fois de plus la beauté puissante de son écriture.

Paul Sanda, qui préface l’ouvrage, dit l’essentiel :
« En découvrant le dernier ouvrage de Jacques Basse, je pense immédiatement au très beau livre de Roger Caillois, intitulé Approches de la poésie, qui parle largement de la droiture nécessaire du poète. C’est en effet par un certain classicisme de forme et de fond que Jacques Basse me renvoie à cette réflexion sur l’écriture, à ce questionnement renouvelé sur le principe même de la création poétique, sur la nécessité intérieure de vérité. La sincérité que Jacques Basse montre de plus en plus évidemment, de poème en poème, sous la sensibilité du lecteur, à l’effleurement subtil des sentiments, se révèle entre pudeur et affirmation, entre retenue et exploration, et me porte à proposer une analyse des émotions qui pourrait s’inscrire dans le droit fil des poètes de l’intégrité, que sont Henry Bataille, Victor Hugo, ou Paul Valéry comme exemple le plus frappant. Il ne s’agit pas pour moi d’initier une démonstration, mais plutôt d’essayer de mettre en valeur la recherche de quelque chose de rare, que l’on peut trouver chez Jacques Basse : une volonté de livrer la projection intime de la beauté dans l’élégance, dans une finesse émouvante, dans un sens accessible et partagé à tous, attaché à la régularité de l’œil et aux battements rythmés du cœur… »

Trois poèmes de Jacques Basse

Malade

jadis rayonnait son visage
le mal l’a pris avec audace
la joie n’y avait plus de place
et le rire y faisait ombrage

son visage tourné vers le ciel
y coulent des larmes de fiel
il vit dans le sel de ses pleurs
prostré renfermé sur sa peur

il rivalise avec la pénombre
déjà de lui-même il sombre

Utopie

à la hampe hisser très haut
suffisamment de mots
pour que s’assemble
l’espoir de vivre ensemble
encore

une utopie qui rampe
jamais ne résistera la hampe
au poids de tous les dires
nécessaires pour séduire

ces mots ne sont pas sur la même portée
suivant que l’on est d’ici ou bien d’à côté

Oubli

de ce passé ombrageux
aux regards soupçonneux
oublier ces faux regards
oublier ces vrais départs

encore de ces jours restent
des clichés et des gestes
des ruses qui s’associent
aux mensonges et dénis

reste de cet instant meurtri
ce cœur triste et en survie
dont la vindicte est le drame
où la solitude rode sans âme

les amants furent surpris
une nuit en flagrant délit

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Notre cher Jacques BASSE a décidé de mettre sa plume au service du baiser. Vaste programme car ce n’est pas rien que de célébrer l’oscillation du baiser – c’est-à-dire d’observer le baiser dans tous ses états – sur près de soixante-dix pages de poésie. Baisers qui, telle l’aile d’un papillon, iront frôler les lèvres des mots – des mots qui se lisent entre deux miroirs, là où réside / l’aube de la beauté.

Jacques BASSE a su, avec délicatesse, trouver des mots bleus pour chanter la douceur des baisers, bleus / comme ceux de l’âme. Toute la beauté de la terre, qui, on le sait, est bleue comme une orange, tous les mystères de l’univers, toute la puissance de la lumière germent dans un baiser.

Ineffable baiser que le poète a surpris pour nous en offrir la grâce tel sous un saule /en pleurs / un baiser d’ange s’échange et se meurt.

Le dernier recueil1 de Jacques BASSE est à lire, n’en doutons pas, à l’ombre d’un baiser. Une ombre dans laquelle s’inscrit le temps – mais qui échappera aux déchirures du temps puisque le baiser / se joue du temps. A lire donc – sinon à mettre en pratique – comme le bréviaire magique de ce qui serait aux lèvres des fleurs un printemps infini. Oscillation du baiser allant de l’instant fragile de la rose à l’immobile frémissement de l’éternité.

Chut ! Deux lèvres se rapprochent. Je referme le livre dans un bruit de baisers. Alors, je me tais. J’écoute… Et j’attends un autre livre de Jacques BASSE.

1 – Jacques BASSE – Oscillation du BAISER – collection Pour Une Terre Interdite – Ed. Rafael de Surtis – 75 pages – Janvier 2013

Jean-Claude Albert COIFFARD
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Un seizième
pour Jacques Basse

L’accord d’hier –
au lac, Majeur –
las corps dits errent…
il fut majeur !

Il fume – ah, je
Repense (hommage)
À nos enchères :
Âme à deux chairs…

Accord parfait
Ah ! qu’ors écrits
Brillent – si fait !

Nous sommes liés :
tastons nos ris,
vrais sommeliers.

ci-dessous un poème (2 autres textes suivent), minuscule manière de te remercier pour ton magnifique cadeau, reçu ce jour – quel bel et lourd ouvrage !

Amitié gâtée, jm

« … si dieu siégeait / dans la vaine attente / de l’homme ? » F J Temple
à lui

Le vent tourne
ou chantourne.
Levant d’antan…
levée d’autan ?

En bourrasque
– olé, frasque !
il nous vendange
ou vandalise ;

et quand passe,
état – Basse * –
en tramontane
où l’hélas tanne…

Le vent draine
en marennes
un fond de spleen
rimant saline.

Qu’il nous tienne
ou habite,
on est tout nu…
Déconvenue ?

Des cous chant,
soulevant,
en rock écho
du sirocco !

* Ce bon Jacques Basse (voyez son site),
à qui beaucoup de poètes doivent tant – et inversement.

Jacques Basse : Echos et murmures, Rafael De Surtis, 2012, 68 p., 10 €.

La poésie de Jacques Basse * est à rebrousse-mode, plus encore intemporelle qu’éternelle, comme Sanda, l’éditeur, le suggère justement dans sa préface. Et ses thèmes essentiels – amour et mort – sont tout autant universels. Quand le plasticien est dans le droit fil des minutieux dessinateurs, aux douces courbes sensibles, le poète est le digne héritier des Villon, Ronsard, La Fontaine, Cros, Apollinaire, Melik, Cliff… Ses rimes viennent sans effort ; parfois, ce ne sont que simples assonances. Et sa prosodie coule, comme ru de montagne.
Dans ce petit recueil fort rempli (on y croise même quelques sonnets, forme pour laquelle j’avoue un faible), tous les textes (brefs, comme leurs titres) sont lyriques, sans l’once d’une emphase. Basse m’apparaît comme « un cœur pur », en phase avec l’idéal flaubertien !
« s’il est une chose à protéger… c’est l’amitié partagée
gage de survie pour l’humanité »
Ailleurs, le ton vire à l’aigu, car leurre est grave en « ce monde frelaté ».
Les lecteurs, qui aiment la profondeur sans pesanteur, trouveront plus de questions (cosmos, dieu – ou non – sens de la vie…) que de réponses. Mais, l’auteur de ces vers l’est rarement (sévère). Son verbe est fraternel, proche en cela des poètes (de l’école) de Rochefort : Rousselot, Cadou, Wellens, Follain… Son chœur chante « muse », « sirène », « Eve » ou « Vénus ». Ses « échos » (hérités de la mythologie – cf. Clément Rosset) sont pétris d’un humanisme lucide, non autocentré ; ils regorgent de (bons) sentiments si tant décriés par nos post-modernes qui, ne citant plus personne, se rêvaient « avant-garde » et se voient, ici, dépassés par l’ « arrière-garde », la vieille garde qui veille ! Regarde : Si l’on n’y prend garde, la poésie hexagonale illisible, hermétique (snobant L’Anselme comme Chambelland, Simonomis ou Biga) aura bientôt exténué son dernier lecteur égaré là, découragé !
Mais Basse, doucement, fait encore (ou de nouveau) entendre la voix du poète « à la fois populaire et exact » comme Desnos l’imagina**. Jacques accorde sa lyre à contre-délire. Il nous montre (sans nulle prétention, car, poète naïf – ni plus ni moins que le Douanier Rousseau – il est un vrai modeste) une autre voie qui serpente entre « modernité » (pas de ponctuation) et « classicisme » (un lexique maîtrisé). Pour lui, la poésie ça sert d’os / art rongé ! Je gage que s/ces « murmures » se feront entendre (tant tendres) encore longtemps, plus sûrement que tintamarres et mascarades…
Jean-Marc Couvé

* « – L’infatigable portraitiste de centaines d’artistes ? – Lui-même ! »
** Postface à « Fortunes », NRF, 1942.

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La Courbe d’un Souffle, Jacques Basse, Ed. Rafael de Surtis, 2010

Si l’on admet que la poésie est, moins qu’un genre littéraire en soi, une pratique particulière de la langue traversant et transcendant les autres genres, on peut lire ce recueil de Jacques Basse comme le journal d’une relation amoureuse, réelle ou fantasmée (ou les deux à la fois), relatant en six chapitres (Révélations, Réflexion, Eventualité, Volupté, etc) les intermittences du corps et du cœur.
Le principe de composition de chaque poème semble reposer sur la fragmentation de la phrase en courtes strophes inégales (un monostique parfois), et en vers brefs, afin de mieux isoler et mettre en valeur chaque segment constitutif – voire un seul mot – et d’un sublimer l’apparente simplicité. Notons que l’auteur ne refuse pas la rime lorsque clle-ci paraît venir spontanément sous sa plume : par exemple : « à cette immensité / qu’est l’océan de tes yeux / je viens m’y noyer / en attristé capricieux ».
Si vers le début nous rencontrons cette belle définition : « Le sentiment amoureux (…) il est un rêve éveillé / une féerie / une métamorphose de l’apparence », un peu plus loin, l’auteur nous donne peut-être au passage l’une des clefs de son art poétique : « surtout / ne pas tout dire / ou bien / à demi-mot ». Ce parti pris de pudeur ne l’empêche nullement d’explorer l’intimité du couple, telle la somptueuse évocation d’une étreinte qui s’achève « dans l’accomplissement des convoitises / dans la concupiscence / dans l’accouplement du désir ». Des vers d’une grande sensualité et d’une impeccable tenue. Cela mérite d’être salué.
Mais qui dit journal dit chronique ; le temps poursuit donc son travail d’usure, de destruction et le recueil s’achève par la déploration contenue, d’un lyrisme du meilleur aloi, de la fin d’un amour : « plus rien ne va (…) quelque chose s’est fêlé / la discorde est arrivée (…) plus rien n’ira jamais. »
Remercions Jacques Basse de nous permettre de parcourir une nouvelle fois cette courbe que nous avons tous, d’une manière ou d’une autre, parcourue, mais débarrassés des vicissitudes et seulement émus par les images et par la musique des mots.
Jean-Marie Alfroy
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jacques Basse vient de publier le quatrième tome de son anthologie intitulée « Visages de poésie » aux éditions Rafael de Surtis, constituée de visages et de poèmes dédicacés : un portrait au crayon, un poème, une bio-bibliographie pour chacun. 400 poètes au total y ont ainsi été invités. Je reprends ici la préface que j’ai donnée, avec Rémy Boyer et Jean-Luc Pouliquen, à ce dernier volume.

Originale et généreuse, l’entreprise de Jacques Basse est artistique, mais elle recèle aussi une dimension pédagogique, dans la mesure où le panorama qu’il élargit tome après tome constitue une source d’informations sur plusieurs centaines d’auteurs. Ces noms dans l’index, les amateurs de poésie les connaissent pour la plupart, ils évoquent souvent des thèmes, une tonalité, une écriture ; autre chose est d’y « mettre un visage »… Il suffira désormais, pour se faire une idée de la personne, ou mieux, une représentation à travers le crayon de Jacques Basse, de se référer à son anthologie.

Je sais bien que l’observation d’un visage n’enrichit pas nécessairement la lecture d’un poème (ni la connaissance de la biographie d’un auteur la lecture de son œuvre, vieux débat !), mais il s’agit ici d’un visage en quelque sorte déjà lu, interprété par le dessinateur. Que Jacques Basse travaille d’après les photos envoyées assure ce « réalisme » qui permet la reconnaissance, mais ce n’est là que l’aspect « extérieur ». Le dessin va plus loin. Le trait élimine tout ce qui parasite le portrait initial. Remonte alors à la surface de la page ce qui reste – ce que l’artiste a capté et conservé de ce cliché qu’il a « dévisagé » : une expression, une lumière. Qu’il transmet par le crayon.

Oui, Jacques Basse va plus loin, par empathie sans doute, et par sa connaissance de la poésie – il en écrit lui-même – et des enjeux qu’elle porte. Le portraitiste du coup esquisse des paysages : l’arrière-pays de chacun s’y dévoile un peu.

Sans compter que son approche est triple : au dessin, elle associe la présentation et le poème. Le portrait s’enrichit ainsi de multiples résonances. Sans doute n’y lit-on pas tout, mais le trait oblige à interroger l’apparence et incite à aller voir du côté des mots, à s’inviter dans cette énigme que constitue tout visage en écoutant le silence qui hante le portrait – d’autant plus qu’il renvoie à un texte, à une « parole » poétique accessible en marge.

Je ne saurais pas dire exactement pourquoi, mais je suis presque certain que les tomes de cette anthologie constituent de véritables incitations à la lecture de la poésie et à la découverte des voix, des œuvres. Une incitation à poursuivre, à creuser, à mieux comprendre ce qui toujours se donne et se dérobe, des mots et des images.

Il suffit de regardez ces visages, les uns après les autres, pour se laisser gagner par l’impression que chacun s’avoue une énigme à lui-même. Voilà, il me semble, le plus troublant : chacun a la forme d’une question, ouverte, informulée, d’un étonnement (celui d’être ?), d’un vertige qui prend la lumière…

N’est-ce pas là, aussi, l’objet de la quête du poème ?

Michel Baglin
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La Courbe d’un Souffle de Jacques Basse, collection Pour une Terre Interdite, Editions Rafael de Surtis.
Très belle poésie que celle de Jacques Basse, à la fois classique et d’avant-garde, traditionnelle et décalée, délicatement nuancée, nacrée de mots. Ce recueil rassemble beaucoup de poèmes amoureux, amoureux de la femme, de la vie, de l’absence aussi.

… »parfum de femmes
fleur de sensualité
est ivresse qui inonde

effluve qui transporte
les ébats alanguis
et désaltère de l’amour

l’instant où tu sombres
la caresse convoitée
est l’amour réinventé

tu caresses la branche
et épanouis la fleur

celle désirée
et qui n’est plus  »

Nous connaissons Jacques Basse remarquable portraitiste (voir le site : http://www.jacques-basse.net/ ). Dans sa préface, Paul Sanda précise justement : « Dire alors que le trait de Jacques Basse poète est encore plus grand que celui de Jacques Basse artiste du portrait, car, après avoir décrit les visages, le voici qui explore le cœur. »

… »aux brumes de l’oubli
est destinée la vie

le plaisir de vivre
ne dure guère

où le pire et le meilleur
y sont partagés

s’abreuver de lambeaux
de plaisir
tant qu’il est temps

de peu d’ampleur est le sursis
les regrets les remords
s’accrochent aux souvenirs
tout s’effondre alors
qu’il est temps de partir  »
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MOTS ROSES PAFOIS de Jacques basse, collection Pour une terre interdite, Editions Rafael de Surtis.
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La poésie de Jacques Basse est une introspection élégante, un questionnement non chirurgical, une indication évidente du mystère de la réponse par des assemblées de mots furtifs. Il y a du religieux dans cette poésie ou plutôt de la « reliance » et de la résilience. Alors que tant de poésies détruisent, ne faisant que répéter derrière la beauté des mots, ce qu’ils combattent, la poésie de Jacques Basse édifie, sans fondation. Là est le mystère.

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PRESENT INCOHERENT

cet instant à l’ombre fragile

que le présent ventile

n’est qu’un souffle passager

où dans la réalité

le doute se faufile

l’improbable se rebelle

l’impossible agite

l’incertain prend le pas

vers un énigmatique et

soupçonneux futur

entité abstraite tiraillée

entre « être » et « non être »

à « l’irraisonné »

l’incohérence est

étrange avancée d’un silence

sur la portée des croyances
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DÉLICATESSE DU CŒUR

quelle infinie délicatesse

a la vibration du silence

que seul un cœur sincère

perçoit toujours en écho

c’est un battement fidèle

qui se manifeste pourvu

d’une mémoire indéfectible

à la verticale du cœur

les vibrations de l’âme

y résonnent à l’unisson
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Editions Rafael de Surtis, 7 rue Saint Michel, 81170 Cordes sur Ciel, France.

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SOUS LES PORTRAITS …LA PAGE

à Jacques Basse

La nuit le soleil les étoiles le désert
Bourlinguer sous la lampe
de ces voix de l’intime
de l’infime des traces
et des paradoxes du temps

Les “poètes” confient leur portrait
à Jacques Basse
Chevelures et nez
port de tête et visages inédits
Arrachés aux tempêtes
et aux masques des fêtes

Miel et cendres
C’est toujours l’alouette
des mots et de l’aubade
qu’un fusil va abattre

Quelle étrange manière
d’être cette Personne
qui se montre pour mieux se cacher
Qui contredit le temps
et l’écrit noir sur blanc…
pour se transfigurer

Jean Jacques DORIO
Martigues 7 février 2011

DU POETE JEAN JACQUES DORIO Poème inédit

http://www.lieux-dits.eu/Correspondances/jean_jacques_dorio.htm

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Couverture livre pour hommage aux Editeurs .Projet en collaboration avec Margo OHAYON Poète
jacques.basse@wanadoo.fr  04 66 84 58 87 /
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Extrait-Les Cahiers de la rue Ventura- Jean BILLAUD

La poésie comme instrument de réflexion et de sublimation du réel…

Après les avoir dessinés, Jacques Basse arrive chez les poètes, discrètement mais avec talent, Son premier recueil, Questionnement, veut toucher l’essence des choses. Jacques BASSE n’écrit pas pour écrire :ses textes posent des questions fondamentales autour des notions d’être et de néant, lesquelles englobent les thèmes de l’amour, du temps, de la mort, du doute de l’absence…qu’une tenace angoisse métaphysique nourrit. C’est à dire que sa poésie « tourne résolument le dos » à cette impression de gratuité que l’on rencontre encore trop souvent. Elle évolue dans la sphère philosophique tout en plongeant dans les profondeurs de la sensibilité Certes, la poésie n’a pas pour mission de se substituer à la philosophie, mais Jacques Basse a longtemps attendu et, aujourd’hui, il se voit confronté aux invitations du temps qui passe et à l’incertitude de son devenir. Aussi , loin des traités stériles et abscons, il a choisi, avec bonheur, une autre forme d’expression :Le poème court, chez lui dense et ciselé, qui dit l’essentiel, rien que l’essentiel.
Un fil conducteur assure l’unité du recueil. Absence, poème d’introduction, doublé à l’identique par Refuge, à la fin de l’ouvrage, semble détenir la clé de l’ensemble. Il porte
le thème majeur du temps(« présent », « désormais », « souvenir ») et cet autre récurent et obsédant, au cœur de toute interrogation :La relation, sans doute platonique, impossible mais forte, avec l’Inconnue, idéalisée(fée, muse), mais tangible, dont la réalité de l’échange se tient tout entière dans les mots « absence » et surtout « refuge » :creuset où va s’élaborer; le livre. Il faut leur ajouter « rêverie » qui dans un tourbillon étourdissant, précipite le poète aux franges du rêve et du réel : car l’aventure est(était) là, à portée de main et de cœur, au « creux de la nuit»,aventure qu’il a ratée ou à laquelle il a renoncé , par raison. Débarqué il ne lui reste qu’à « apprendre à vivre l’absence » d’où a surgit ce vide vertigineux, à combler. C’est alors que le temps l’assaille ; le temps qui passe, qui a passé, déjà, qui conduit irréversiblement au néant –cf. Vie, ce poème paradoxal avec ses formules assénées : « mort qui aveugle / qui accapare l’éternité », « »nuit sidérale » .
Questionnement né d’un regret, d’une tentation, s’ancre dans une profonde interrogation sur la mort, la postérité, le destin, à laquelle la poésie semble pouvoir répondre, en tant que « musique du cœur », germe de toute beauté », lien entre le rêve et la réalité.
Sensuelle, la poésie de Jacques Basse aborde avec sobriété les rivages arides de la réflexion et, face à ces sollicitations extérieures, devant la vie qui « se désagrège », « le présent qui s’étiole », elle peut perpétuer ce dialogue interrompu si le poète sait « braver les mots non dits » ou bien le pousser a remettre en cause le présent, jusqu’au malaise et au doute ‘Cauchemar, Doute). Les derniers poèmes, Le Sablier, Symbole, Traces de vie, Vaste monde…sont résolument métaphysiques et donnent la tonalité à l’ensemble. Fuite du temps pose clairement la question fondamentale : « disparaitrons-nous sans laisser de traces » ? Notre passage est-il voué à l’oubli ? Cette question hante l’auteur-« Dans la mémoire du temps : des traces de notre vie : y seront-elles inscrites ? » Aurons nous vécu pour rien, Que vaut donc alors la vie, Mais il y a le rêve, et Elle la mystérieuse(cf. Hiver ) avec sa baguette magique, qui réchauffe.
Sémantiquement riches et denses ? les poèmes de Jacques Basse, contiennent à la fois le dit et le non dit ? l’implicite , et l’explicite la réalité des choses et leur expression la plus impalpable-« L’éphémère / prodigieux déferlement » ; « la jouissance de l’extrême submerge » ; « Nos projets de plumes : qu’en est-il, » ; « Un visage moiré. s’offre, saupoudré de félicité », etc.
Ce premier essai, par sa maitrise est réussi. D’autres recueils suivront que le lecteur va guetter.

Jean BILLAUD

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Par Remi Boyer
Un pays qui nie la poésie et les poètes est un pays mourant. C’est le cas de la France qui n’entend plus les poètes, et qui n’entend d’ailleurs plus grand-chose en général.Pourtant les poètes, porteurs de la rébellion de l’esprit, prophètes d’une liberté toujours renouvelée sont là, au détour d’une ruelle, dans une arrière salle de café, sur les marches d’une église ou d’un tribunal, hissés sur une botte de foin ou au fond d’une cave. Ils écrivent, ils éveillent…

Jacques Basse et les Editions Rafael de Surtis nous donnent à voir les visages de la poésie afin que nous témoignions de leur présence comme eux témoignent de la liberté. Jacques Basse est maître de l’art. Il a dessiné les portraits de ces compagnons. Graves, drôles, énigmatiques, lunatiques, profonds, légers, inquiets, rassurants… beaux assurément.

Visages de la poésie est une étonnante anthologie de portraits et de poèmes dédicacés. Un portrait au crayon, un poème, une bio-bibliographie pour chacun. L’anthologie comprendra quatre volumes. Deux sont déjà disponibles. Cent noms par volume. Les deux derniers volumes sont en préparation.

C’est un événement. Une trace qui fait sens. On ne pourra pas dire que poètes et poétesses étaient absents, qu’ils avaient fui, que personne ne savaient. On ne pourra que regretter de ne pas les avoir cherchés davantage. A moins qu’ils ne soient pas trop tard…
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VISAGES DE POÉSIE

Pensant à la rencontre de ces deux mots, visage et poésie, je songe à cet autre titre, si fort, du poète Henri Meschonnic, « Tout entier visage », mais aussi à maintes pages d’Emmanuel Levinas sur l’expérience du visage.
Car ce que donne à voir Jacques Basse ce sont exclusivement des visages, une théorie de visages, ceux d’hommes et de femmes, poètes de notre temps, qu’il a rassemblés, dessinés d’un trait à la fois tendre et extrêmement précis, hommes et femmes qui marquent notre littérature par leurs écrits et dont les visages, ouverts, offerts sur la page, transcendés par le dessin, semblent nous inviter, parfois même pour certains nous appeler. De Marie-Claire Bancquart à Claude Vigée, de Gabrielle Althen à Jean-Pierre Verheggen, d’Henry Bauchau à Christian Prigent, etc.
Invite au dialogue, invite à rendre regard au regard qui sourd de la page, d’une façon souvent mystérieuse, invite à la question : qui es-tu, qui êtes-vous, toi, vous, dont le visage m’est donné à voir ? Que donnes-tu de toi, que donnes-tu au monde, toi dont le lecteur scrute les traits, placé dans une position nouvelle par rapport à telle ou telle personnalité par le décalage induit par le crayon de Jacques Basse ? L’immédiat sans appel de la photo semble ici déjoué, le travail de reprise et d’élaboration de la photo par l’artiste, son crayon, sa plume, sa main, ouvre un nouveau territoire, instaure un rapport différent, renouvelé à l’image de l’autre. Dans leur mystère intact mais aussi dans leur fraternité, tels se présentent-ils tous.
Nous sommes habitués à la vitesse, des visages nous en voyons apparaître puis disparaître des milliers chaque jour, au rythme du rafraîchissement d’un écran de télévision ou d’ordinateur, selon le tempo effréné de l’actualité. Jacques Basse lui les arrête, en suspend l’apparition disparaissante, sans pour autant les figer. Et c’est alors comme s’il leur donnait leur vraie vie et qu’il rendait tel ou tel tout entier visage, tel qu’en lui-même, hors du temps. Accessible donc à la contemplation de celui qui, feuilletant ces pages, rend en fait visite à ces écrivains. Ici, rien que par l’arrêt sur image, puisque tous les dessins sont exécutés d’après des photos par le tracé, les lumières dans le papier, le jeu du crayon avec la surface, le rendu des ombres, par ce qu’il souligne ou ce qu’il masque, le visage s’exprime, se donne.
Libre à chacun alors de mettre en rapport le visage et l’œuvre, d’entendre la « voix » des textes écrits ou lus. Car Jacques Basse s’est attaché, chaque fois que possible, à donner, en regard de chaque portrait, un court extrait de l’œuvre, souvent inédit et manuscrit.
Par cette approche des poètes, Jacques Basse se joue des innombrables clivages qui parcourent le monde de la poésie et il fait se côtoyer ici des êtres qui ne le feraient pas nécessairement de façon spontanée dans la vie ! Par son talent, son ouverture d’esprit et son attention à l’autre, il donne à voir, dans sa vérité, l’extraordinaire diversité et l’immense richesse du paysage de la poésie aujourd’hui, en France et ailleurs. Le trouble, l’attrait, l’intérêt que suscitent tous ces regards tournés vers le lecteur sont aussi une invite puissante à lire ces poètes, à entrer dans leur œuvre.

Florence Trocmé
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Des pixels jusqu’à l’âme

Est-il observateur, contemplateur, regardeur, voyeur, détecteur, décrypteur, ou tout simplement lecteur, celui ou celle qui regarde un portrait de Jacques Basse ?
S’il fallait choisir, «lecteur » et « contemplateur » conviendraient le mieux. Aussi, n’ayons pas peur des mots et risquons « lectemplateur » content (pour utiliser toutes les syllabes !…), un néologisme très pratique pour servir par la suite.
Le « lectemplateur » donc, l’instant du saisissement passé, est en effet convié à l’observation et à la lecture, comme s’il opérait devant un tableau. A l’inverse de la caricature qui, pour la ressemblance, n’a souvent besoin que d’un trait exagéré, mais que le regard s’empresse d’abandonner, le portrait « bassien » retient toute l’attention, intrigue et invite à un voyage sur un relief travaillé : tout naturellement il conduit à la photographie et, sans peine, la concurrence.
L’observateur essaie en premier lieu de faire coïncider le dessin avec l’image mentale qu’il nourrit du personnage.
Jacques Basse dit esquisser d’abord un trait général. Il cerne le visage avant de s’attaquer à un de ses éléments. S’il s’agit de poètes, c’est selon le caractère de l’œuvre dont il s’est laissé imprégner qu’il conduira son travail. Si les mots sont « durs », il partira des yeux ; moins âpres ; de la bouche. Tentons une expérience. Si nous masquons de la main un visage à l’exception des yeux, ou de la bouche, par exemple, nous serons étonnés de voir surgir la tête entière et le nom du porteur. C’est la prouesse de l’artiste. Mais, il suffit parfois, pour l’identification, d’une ride, d’un menton, d’un front tourmenté, de sourcils ou d’une moustache – la moustache impose Jean Joubert, les yeux mis-clos Michel Butor, la bouche et les dents Guy Goffette, le regard et le front Jean-Max Tixier.
La main qui trace est un pont entre deux essences : celle du dessinateur et celle du dessiné. Sans empathie, pas de dessin saisissant, cela ne signifie pas que « l’interpellé » doive inspirer la sympathie – l’empathie existe sans elle -, mais les choses sont grandement facilitées si un lien amical a l’heur de se nouer.
La main armée d’un crayon est plus appropriée que l’objectif sophistiqué d’un appareil pour taquiner l’âme d’un être humain. Elle détient une infinité de pixels !
Or, paradoxalement, le portrait chez Jacques Basse, est toujours tissé à partir d’une photographie que, chaque fois, il dépasse.
Le « lectemplateur », lui, s’appuie sur des photos mémorisées ou, au mieux, sur des « visions » ou des images réelles du sujet par hasard rencontré, avant de reconnaître l’œuvre, descendre dans tel ou tel détail et clamer : « Vous, ici, je n’en crois pas mes yeux ! ».
Certains appareils photographiques, aujourd’hui, capturent jusqu’à trente images par seconde. Jacques Basse fait mieux : il les synthétise d’un coup de crayon et donne alors un avantage indéniable au portrait, seul capable de saisir à la fois le fugace et le permanent. La photographie, elle, ne fixant que l’instant.
Car le portrait, en raison de sa fabrication, s’inscrit dans une durée, demande une composition ainsi qu’une distance et une connivence entre le créateur et son modèle. La photo se contentant d’une approche « unique », objective et rapide. Au bout du compte, le portrait affiche une authenticité plus vraie que la photo parce que son élaboration dépend d’une suite d’instantanés stockés dans la mémoire du dessinateur. Le «lectemplateur » le constate ébahi dès que son œil est confronté au travail de l’artiste. Il ne peut plus alors se contenter de dire : « c’est ressemblant », invité qu’il est à chercher le pourquoi et le comment de la ressemblance. Que voit-il ? Une lumière dans l’œil ? Un pli sur la joue ? Le mouvement des lèvres ? Un trait à l’aile du nez ? Il n’en faut pas plus. Un détail suffit, qui prime sur tout le reste et témoigne. Mais, c’est de l’ensemble des détails que se manifeste l’âme du dessiné, comme le Suaire de Turin le visage d’un crucifié.
Le portrait définit un triple rapport : entre le portraitiste et son modèle ; entre le « lectemplateur » et le visage regardé ; et même, entre le « lectemplateur » et le portraitiste : le premier interrogeant le second, acquiesçant et devenant son complice.
Jacques Basse a devant lui toute son armée de visages qui attendent de pied ferme le regard nouveau qui les découvre. Ils sont là, facétieux, narquois, hilares (rarement), durs, joviaux et vous observent autant que vous les observez. Et, comme on ne peut se serrer la main, on se contente avec eux d’un clin d’œil réciproque qui vaut approbation.

Juin 2009, Jean BILLAUD
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La quête du portrait

Originale et généreuse, l’entreprise de Jacques Basse est artistique, mais elle recèle aussi une dimension pédagogique, dans la mesure où le panorama qu’il élargit tome après tome constitue une source d’informations sur plusieurs centaines d’auteurs. Ces noms dans l’index, les amateurs de poésie les connaissent pour la plupart, ils évoquent souvent des thèmes, une tonalité, une écriture ; autre chose est d’y « mettre un visage »… Il suffira désormais, pour se faire une idée de la personne, ou mieux, une représentation à travers le crayon de Jacques Basse, de se référer à son anthologie.
Je sais bien que l’observation d’un visage n’enrichit pas nécessairement la lecture d’un poème (ni la connaissance de la biographie d’un auteur la lecture de son œuvre, vieux débat !), mais il s’agit ici d’un visage en quelque sorte déjà lu, interprété par le dessinateur. Que Jacques Basse travaille d’après les photos envoyées assure ce « réalisme » qui permet la reconnaissance, mais ce n’est là que l’aspect « extérieur ». Le dessin va plus loin. Le trait élimine tout ce qui parasite le portrait initial. Remonte alors à la surface de la page ce qui reste – ce que l’artiste a capté et conservé de ce cliché qu’il a « dévisagé » : une expression, une lumière. Qu’il transmet par le crayon.
Oui, Jacques Basse va plus loin, par empathie sans doute, et par sa connaissance de la poésie – il en écrit lui-même – et des enjeux qu’elle porte. Le portraitiste du coup esquisse des paysages : l’arrière-pays de chacun s’y dévoile un peu.
Sans compter que son approche est triple : au dessin, elle associe la présentation et le poème. Le portrait s’enrichit ainsi de multiples résonances. Sans doute n’y lit-on pas tout, mais le trait oblige à interroger l’apparence et incite à aller voir du côté des mots, à s’inviter dans cette énigme que constitue tout visage en écoutant le silence qui hante le portrait – d’autant plus qu’il renvoie à un texte, à une « parole » poétique accessible en marge.
Je ne saurais pas dire exactement pourquoi, mais je suis presque certain que les tomes de cette anthologie constituent de véritables incitations à la lecture de la poésie et à la découverte des voix, des œuvres. Une incitation à poursuivre, à creuser, à mieux comprendre ce qui toujours se donne et se dérobe, des mots et des images.
Il suffit de regardez ces visages, les uns après les autres, pour se laisser gagner par l’impression que chacun s’avoue une énigme à lui-même. Voilà, il me semble, le plus troublant : chacun a la forme d’une question, ouverte, informulée, d’un étonnement (celui d’être ?), d’un vertige qui prend la lumière…
N’est-ce pas là, aussi, l’objet de la quête du poème ?

Michel BAGLIN
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« … A Jacques Basse, dont le dessins subtil capte le dessein des poètes… ».
4 – Georges Emmanuel CLANCIER

« …Jacques Basse, accompagnateur de poètes… ».
5 – Yves NAMUR

« … Pour Jacques Basse, et ses portraits inspirés qui savent décrypter l’alliance mystérieuse du poète et de l’artiste… ».
6 – Bernard MAZO

« …Jacques Basse est un peintre qui aime la poésie et entend la faire partager par ses portraits d’auteurs, portraits parfois plus vrais que nature sachant capter l’alchimie intérieure des mots… ».
7 – Michel COSEM

« …Jacques Basse présente un travail élaboré réunissant portraits de poètes et poèmes. Cette synthèse peut être une nouvelle approche, un support et un tremplin, à l’étude et à la connaissance de la poésie contemporaine… ».
8 – Michel BAGLIN

« …Jacques Basse, poète en dessin, qui, à travers les visages a une si belle intuition de la vie intérieure… ».
9 – M.C. BANCQUART

« … Jacques Basse qui dessine comme il vit, dans la lumière des poèmes… ».
10 – Pierre DHAINAUT

« … Jacques Basse, voisin des poètes, avec son crayon il les surprend, les fixe sur ses papiers pour ne perdre ni leur visage ni leurs mots… »
Nicole DRANO-STAMBERG

« … Jacques Basse, généreux rassembleur de ce qui est disséminé… ».
11 – Gaspard HONS

« … Jacques Basse, qui met généreusement son art double au service de la poésie… ».
12 – Claire MALROUX

« … Jacques Basse, dont le crayon inspiré sait aller chercher l’ombre des mots à la mine de plomb jusque sur un visage… ».
13 – Jean-Michel MAULPOIX

« …Pour Jacques Basse par delà l’Atlantique, la rencontre de créateur d’images… ».
14 – Pierre NEPVEU

« … A Jacques Basse, puisque le regard qui voit pousse vers la main qui crée le désir de représentation dans un mouvement de rencontre et d’amitié… ».
Bernard NOEL

« … Merci de la communauté d’écrivains réunie par votre travail pictural… ».
Madeleine OUELLETTE-MICHALSKA

« …La main qui comprend… ».
Jean-Pierre SIMEON

« … Jacques Basse qui a su me regarder et me voir… ».
Salah STETIE

« … A Jacques Basse, pour son dessin si expressif et si vrai… ».
Claude VIGEE

« … A Jacques Basse qui chasse les âmes comme on chasse les papillons. Merci pour sa belle collection de regards… ».
Colette GIBELIN

« … A Jacques Basse, en le remerciant de se pencher sur les poètes, et de les rejoindre dans leur quête… ».
Gilles LADES

« … A Jacques Basse qui sait tendre aux poètes un miroir qui respire… ».
Jean-Pierre LEMAIRE

« … La talentueuse « main de l’œil » qui scrute l’être profond… ».
François-Bernard MICHEL

« … A Jacques Basse qui réunit dans ses traces et portraits, la famille dispersée des poètes… ».
Luis MIZON

« … A Jacques Basse dont le crayon scrute le mystère des visages, et fait surgir cette étonnante galerie où portraits et poèmes tissent leur reflet… ».
Jacqueline ST JEAN

« … A Jacques Basse qui tisse l’ombre et l’enluminure dans le rêve des cormorans… ».
Paul SANDA

« … Pour Jacques Basse au nom de l’amitié qu’éclairent les mots et les traits… ».
Yves UGHES

« … Jacques Basse dont le dessin donne vie et parole au moindre trait… ».
Jean VERDURE

« … A Jacques Basse pour sa saisie simultanée de l’instant et de la permanence… ».
Jean BILLAUD

« … Jacques Basse qui scrute tant de visages où s’effaçant, se devine toujours un peu de l’inquiétude réfugiée dans le sien… ».
Lionel BOURG

« … Jacques Basse souligne, à travers ses portraits, souligne l’absence pour révéler la présence… ».
Enan BURGOS

« … Au coin du sourire toujours affleure une émotion, si Jacques Basse vole les âmes avec talent, c’est qu’il porte en lui le feu… ».
Guénane CADE

« … Merci à Jacques Basse pour cette recherche des traits que le temps imprime sur le visage et que le poète essaie de traduire en mots… ».
Franck CASTAGNE

« …Jacques Basse, allié – oh combien – substantiel, des poètes d’aujourd’hui… ».
Yves BROUSSARD

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BASSE TRAIT POUR TRAIT

On pourrait croire définitivement close la période faste du portrait.

Pour de nombreuses raisons, que je ne développerai pas ici, de nombreux artistes contemporains ont jeté le discrédit sur le dessin, que certaines écoles des beaux-arts n’enseignent même plus. La maîtrise de cette discipline ne serait plus nécessaire à l’épanouissement du talent d’un « plasticien » – horrible mot qui ne correspond plus à rien – et s’avèrerait même nuisible. On ne cherche plus la ressemblance ni même la représentation. C’est oublier un peu vite que le dessin est une écriture interprétative de la réalité par laquelle s’exprime une sensibilité originale. La ligne ne se distingue pas par la fidélité à l’objet qu’elle trace. Toujours interprétative, elle lui ajoute une dimension qu’il n’avait pas à l’origine. Il ne s’agit pas seulement d’habileté technique, quoiqu’un artiste soit d’abord un artisan. On reconnaît le dessinateur à son écriture. On le suit à sa trace.

Je voulais dire cela avant de traiter de l’oeuvre de Jacques Basse, de dire sa fascination pour les visages, principalement pour ceux des poètes qui sont comme modelés de l’intérieur, couturés de secrets. Les joies et les douleurs ont posé sur chacun un masque qui l’identifie. L’expérience des mots les a enrichis de façon singulière et chacun veille sous son propre feu intérieur. Je crois que c’est ce que Jacques Basse s’efforce de traduire par l’exigence du trait. Il hachure minutieusement un fragment de temps qui dit l’éternité. Il fouille de la pointe du crayon dans le foisonnement de la vie dont il livre des instants saisissants. J’ai envie de dire que dans le traitement quasi chirurgical du visage réduit à ses lignes de force, il en use comme avec un scalpel. La ligne au net tracé circonscrit l’essentiel. Mais, de l’ensemble des traits distribués sur la page, émerge la vérité d’un homme. Une mystérieuse lueur noire accomplit le regard. Jacques Basse est, par sa maîtrise, un magicien du trait.

Certes, il procède d’un certain classicisme en ce sens qu’il ne bouleverse pas les données de son art, qu’il en respecte les bases. Choix légitime puisque sans cela il ne pourrait exprimer les variations des réseaux divers constitutifs des physionomies. Cela le rapproche de certains portraitistes qui travaillent pour la presse américaine, donnant, au fil de l’actualité, des instantanés de leurs modèles. A ceci près que Jacques Basse ne se situe pas dans l’écoulement du temps dont il figerait quelques instants privilégiés de la vie d’un homme. Il travaille hors du temps. S’inspirant d’une photographie, il déjoue l’éphémère. Il en dégage l’identité durable poinçonnée à l’eau forte de la vérité. Le visage de son modèle se transforme alors, par la force du trait, en une écriture qui ne ressemble qu’à lui.

Hyères Septembre 2008 Jean-Max TIXIER
Avec ce quatrième tome de son anthologie Visages de poésie Jacques Basse accroît encore les dimensions de ce que l’on peut considérer comme un véritable phénomène dans la vie poétique française de ce début de XXIe siècle.
Penser que chaque volume contient cent portraits de poètes, que chacun de ces portraits a été dédicacé par le poète lui-même, et que celui-ci est complété par un poème souvent écrit à la main par son auteur, auquel s’ajoute une note biobibliographique, nous fait mesurer le caractère inédit de l’ouvrage.
Il fallait vraiment aimer les poètes pour se lancer dans une telle entreprise et la mener sur une distance aussi longue. Elle témoigne d’une constance qui est révélatrice des liens profonds qui relient Jacques Basse à la poésie. Il est d’ailleurs intéressant de se rappeler qu’à l’origine celui-ci s’était intéressé à des personnalités du monde politique, scientifique, médical ou culturel sans préférence particulière. Ce n’est qu’au fil des portraits qu’il s’est rapproché de la communauté des poètes, s’y sentant en bonne compagnie, peut-être même parmi les siens, ut pictura poesis…
La nature même de ce projet d’anthologie, renforcée par l’approche graphique de l’auteur, a permis à ce dernier d’occuper une position particulièrement intéressante dans le paysage poétique français. Il est parti sans a priori passant d’un poète à l’autre en suivant le mystérieux réseau des amitiés et des affinités. Ainsi, son voyage dans l’écriture s’est doublé d’une découverte des territoires où celle-ci avait pris corps. C’est le gage pour nous d’une restitution complète de l’activité poétique actuelle dans notre pays.
Pour réaliser une telle restitution, en plus des qualités artistiques, des qualités humaines étaient nécessaires. Il fallait beaucoup de générosité et une exceptionnelle capacité d’accueil. C’est une évidence de dire qu’aujourd’hui tout cela aurait tendance à manquer.
Sur un autre registre, celui de la critique littéraire, Gaston Bachelard exerça ses talents dans un esprit similaire. Ses livres de poétique fourmillent de citations empruntées aux recueils que lui adressaient les poètes de son temps. Et beaucoup doivent leur postérité à ce choix que fit un philosophe peu soucieux des hiérarchisations et plus sensible à la qualité d’un vers ou d’une image qu’à la renommée de son auteur.
Si nous n’avons pas encore le recul du temps sur l’anthologie de Jacques Basse, nous pouvons déjà dire que lui aussi s’est laissé guider par l’influx poétique qu’il ressentait au contact de son interlocuteur. À notre tour nous devons le rechercher pour atteindre cette restitution complète de la création poétique qui ne peut à l’évidence être contenue dans l’écriture d’un seul poète, si prestigieux soit-il.
Aussi, à travers tous ces visages, c’est le visage de la poésie qu’a dessiné Jacques Basse, un visage qui change au gré des heures, de la lumière qui l’éclaire, de l’univers qui l’entoure. Et c’est en prenant le temps d’y poser notre regard, de nous en approcher, de nous en éloigner puis d’y revenir, avec la même bienveillance enveloppante de l’artiste, que nous aurons quelques chances d’en capter les mystères.

Jean-Luc Pouliquen
Le visage sous la voix

J’aime la présence d’un visage. Oui, on aura beau me dire que l’essentiel est dans la voix qui me semble plus à prendre en compte effectivement que « l’écriture », il me faut quand même un visage sous (ou à la source de) cette voix. J’imagine mal lire Les Illuminations sans ces portraits qui ont donné à voir l’adolescent aux semelles de vent. Je n’embrasse l’aube d’été qu’avec Le coin de table de Fantin Latour, avec ce voyant qui me regarde intensément derrière la toile comme il le fait « du fond de son secret » (Jean-Luc Steinmetz) en tel tableau de Jef Rosman, après que le pauvre Lélian lui a tiré dessus. Et j’avoue qu’il me manque vraiment, le portait de l’aède, quand je lis L’Odyssée. Malgré la splendeur des mots, son aurore aux doigts de rose peut se perdre parfois au loin dans un soleil déclinant… et sec.
On pourra me dire que c’est là pur fétichisme. Qu’importe. Après tout les amoureux de la poésie sont fétichistes qui cherchent des envois des poètes qu’ils aiment et peuvent se ruiner pour un simple manuscrit d’une pièce pourtant secondaire. Pour moi donc, je cherche des visages et ces derniers souvent relancent, voire enrichissent ma lecture.
Livrer les visages des poètes, c’est vraiment les donner à lire. Du reste on les connaît de moins en moins, ces visages, puisque l’époque délaisse les vrais créateurs pour d’insipides idoles. Quand les noms mêmes sont occultés, que reste-t-il de la lumière d’un regard pour le passant toujours pressé de ce nouveau siècle déjà en fuite ?… Viennent donc à nous de multiples portraits de poètes dressés comme un rempart contre l’ignoble bêtise !
Mais le portrait ne saurait s’arrêter au cliché photographique qui sert pourtant d’appui au travail de Jacques. On sait que les poètes, quand bien même ils purent parfois contribuer notablement, comme Charles Cros, à la photographie, n’apprécient guère les clichés et leur préfèrent de loin les images.
C’est cela que sait nous restituer Jacques Basse : une « image source », à l’origine du fleuve de la voix, une image d’avant le cliché. Il me plaît ainsi de découvrir le visage de Vargaftig où je retrouve la torture d’une exigeante syntaxe. Je découvre Dominique Sorrente de face et de profil ; je dirais en gravité et en sourire comme en ses mots. Cela, aussi, va me permettre d’autres lectures. Je crois entendre, dans un surprenant portrait, Jean-Philippe Gonot, que pourtant je ne connais pas. J’ose penser que le jour où je lirai ses poèmes, je reconnaîtrai aussitôt l’auteur. L’ami Dominique Daguet n’avait visiblement plus de photo récente à fournir à Jacques… mais celui-ci le recrée tel que l’éternité à jamais le change. Comme chez Rimbaud, c’est le regard qui m’attire chez un Jean-Pierre Luminet et me fait graviter autour de ses mots : oui celui-là est toujours la tête dans les étoiles et il leur sourit visiblement, ainsi qu’à d’aimables messagères d’une enfance du monde. Jean L’Anselme a toujours cette saine impertinence et regarde, lui qui se dit « con comme la lune », le soleil bien en face, du haut de ses quatre fois et demi vingt ans. Je découvre une autre Béatrice Libert que celle que j’ai croisée et le visage de Christophe Dauphin, bien que rencontré plusieurs fois, me replonge dans les rets du Gant perdu de l’imaginaire.
François Laur écrit assez justement dans une dédicace que Jacques Basse est un « faiseur de visages », visages qu’on « ne verrait pas sans lui ». C’est on ne peut plus juste. Car il ne faut pas croire que Jacques se contente, avec une technique des plus assurées, de reproduire fidèlement le cliché qu’on lui a donné et d’en rendre ainsi par le fusain chaque pixel. Ce serait se tromper lourdement. Là encore j’insiste : il part du cliché et arrive, nourri sans nul doute par son attentive lecture, à cette image d’avant le cliché, à cette image proprement fondatrice. C’est là un critique à sa manière qui revisite par son fusain les mots du poème, façonnant chaque portrait marqué du coin de leur impérieuse nécessité. C’est là surtout un « faiseur » au sens noble du terme, un créateur et donc, pour reprendre l’origine grecque du terme, un poète.Merci donc à toi Jacques de redonner voie et vie à tous ces poètes. Merci de nous livrer ces vrais visages. De nous conduire ainsi au seuil des mots essentiels
Guy Allix, 13 juillet 2009
Visages de poésie, de Jacques Basse (note de lecture de Georges Cathalo) Depuis quelques années, l’artiste Jacques Basse s’est lancé dans une folle et utopique entreprise qui consiste à dessiner au crayon le visage de centaines de personnes à partir de photos. Après avoir réalisé le portrait de célébrités de tous les domaines, il s’est focalisé sur l’univers des poètes et leur fréquentation poussée a fait que désormais il s’en tient presque exclusivement à cette catégorie. C’est ainsi qu’il a regroupé en deux tomes deux cents dessins au crayon. Ici, pas de mesure prioritaire puisque chaque poète a droit au même traitement : il doit dédicacer au dessinateur l’un des deux portraits effectués (en conservant le second signé par l’artiste), puis il doit fournir un poème dédicacé, inédit de préférence, poème accompagné d’une bio-bibliographie. Ainsi, pour ces «Visages de poésie », les poètes sont présentés de façon équitable dans l’ordre alphabétique de leur patronyme. Ce choix a l’immense mérite de niveler les égos et de respecter les différences. Le résultat est impitoyable car la mise en parallèle des contributions révèle des aspects inattendus de certains poètes. Cette lecture peut même se révéler accablante pour certains qui se sont contentés d’une plate dédicace ou d’un vieux poème impersonnel, quand ce n’est pas un étalage intempestif de récompenses honorifiques depuis la médaille vermeil glanée au concours poétique de Trifouilly jusqu’au livre impérissable publié aux éditions de la Postérité !

La passion qui anime Jacques Basse n’a d’égale que sa générosité et le résultat de cette initiative dépasse les espérances du concepteur. Chacun de ces tomes peut se lire comme une ouverture à l’univers complexe de la poésie vivante, bien plus instructive que certaines anthologies ou panoramas prétentieux. On y devine les vrais orgueilleux et on y repère les faux modestes. On y découvre les vrais lyriques et l’on y démasque les faux sincères.

Maintenant, il faut évoquer ici la maîtrise technique de l’artiste qui, à partir d’une simple photo, parvient à donner une image très réaliste des poètes. Le crayon-scalpel de Jacques Basse agit comme un véritable révélateur qui met à nu la personnalité de chacun. Les graphologues et les visagistes vont trouver là un riche terrain d’observation. Enfin, cette anthologie va permettre à chacun de découvrir des dizaines de poètes inconnus, de renouer avec des auteurs que l’on sait trop discrets et de relire certains autres que l’on avait eu tort d’aborder trop rapidement.

Le tome 1 s’ouvre sur les préfaces avisées de Florence Trocmé et du regretté Jean-Max Tixier et se referme sur une sobre 4ème de couverture de Jean Joubert. Pour le tome 2, les préfaces sont de Michel Cosem, Guy Allix et de Jean Billaud et la 4ème de couverture de Jean-Luc Pouliquen. Autant de références qui sont là pour encourager l’artiste dans sa folle entreprise. Ce qu’il faut dire enfin c’est que ces deux ouvrages sont superbement imprimés sur papier ocre par les Presses de Mondial Livre à Nîmes et que les reproductions sont impeccables.

Le site de Jacques Basse (très nombreuses reproductions de portraits)
Rafael de Surtis éditions – 7 rue Saint-Michel – 81170 Cordes
Ici, portraits de Yves Bonnefoy, Nicole Brossard, Michel Butor, Pierre Oster et Edith Azam

Contribution de Georges Cathalo

Jacques Basse :
Visages de poésie
anthologie, « Portraits crayon et Poèmes dédicacés ». Tome 1, 414 pages, 25 euros et tome 2, 418 pages, 25 euros, Rafael de Surtis éd., 2009

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à Castelneau, Centre André Malraux EXPOSITION JACQUES BASSE

« Petit, je faisais les caricatures de mes proches »
Ainsi le miroir déformant de la caricature a-t-il fait place à la fidélité sincère du modèle.
Jacques Basse jette son trait à la pointe fuligineuse sur le grain et dessine avec force réalisme les linéaments d’un visage à deux âges: Jean Joubert.
Le capteur de lumière, c’est lui, l’ami des poètes.
Au poien, il répond non par les mots de sa plume mais par les émaux de sa pointe. A défaut d’habiter en poète, il habite le poète par nécessité de la présence, d’une co-naissance poétique et picturale.

C.Keiser
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JACQUES BASSE LE PASSEUR : DEVISAGEMENT DE L’IDENTITE

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Jacques Basse – Extrait de « Portraits de poètes »

Jacques Basse est un des artistes les plus discrets que l’on puisse rencontrer. Il met son art du portrait au service des autres plus que de lui-même. Dans son travail d’offrande il sait donner à voir une vérité qui n’est pas d’apparence mais d’incorporation. En particulier dans ses Anthologies I, II, III, IV où il crée en une grande fresque esthétique des poètes et des écrivains de son temps. Il ne joue pas pour autant le chasseur de têtes qui voudrait accrocher à son palmarès les écrivains exposés ou surexposés. A l’inverse il retient tous ceux qui ne sont pas forcément sur le devant de la scène. Il choisit ceux qui dans leur coin – parfois leur solitude – font avancer la langue à leur rythme et selon leurs propres lois. Bref Jacques Basse s’intéresse plus aux irréguliers de la langue qu’aux préposés à la médiatisation. C’est d’ailleurs pourquoi son anthologie est précieuse.
Mais il y a aussi une autre raison plus importante encore. Chaque écrivain est plus dans qu’à l’image. S’intéressant au visage comme miroir de l’identité caché, l’artiste en donne la « visagéité ». Partant pourtant de photographies en tant que base le créateur fait éclater les masques. A l’écrivain toujours peu ou prou en en quête d’identité il arrache la fixité du visage pour en souligner et faire émerger l’opacité révélée d’un règne énigmatique. Les traits de Jacques Basse accentuent le dedans d’une existence prisonnière. Chaque portrait s’appuie sur le jeu des dégradés de gris où balbutient des ombres d’un « qui je suis » qui viendrait enfin torde le cou au « si je suis ».
Jacques Basse remet donc en cause la question du portrait et de l’identité par un travail de fond à travers les « occurrences » des écrivains. Il prouve comment le visage à la fois « s’envisage » et se « dévisage ». Il prouve aussi que l’art apporte un supplément de réalité. Cette métamorphose s’instaure par le jeu de manipulations que l’artiste organise en sa stratégie de préparation. De ce travail d’épure chaque portrait surgit en ne dévoilant qu’à demi ses courbes afin que ses hauteurs d’ombres miroitent par effet de creux et de saillances L’artiste épie les instants de lumière et les sursauts de vie. Dès lors et en chaque dessin demeure un frémissement qui disperse le sombre mais pas la part d’ombre puisque celle-ci décide encore d’une aube.
L’ensemble des portraits n’est pas un patchwork mais un acte de foi. Plus particulièrement en faveur des « amasseurs de vies » capables de souligner par leurs mots les gouffres sous la présence et de faire surgir des abîmes en lieu et place des féeries glacées. Jacques Basse franchit un seuil en nous faisant passer de l’endroit où tout se laisse voir vers un espace où tout se perd pour approcher une renaissance incisée de nouveaux contours. Il y a là cristallisation, scintillation étrange. C’est pourquoi il faut savoir contempler de telles oeuvres comme un appel à une traversée afin de dégager non seulement un profil particulier aux visages mais au temps et plus particulièrement à celui que Proust nomma « un peu de temps à l’état pur ».

JPGP

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ami des poètes,
J’ai navigué hier sur votre site et j’ai été impressionnée par les
rencontres offertes…

Vous dessinez les hommes et les femmes qui chacun à leur façon sont des
amoureux de la vie, car tous éclairés par une passion:
la musique, les sciences, la cuisine, la politique,la foi ou la poésie…
On y voit aussi votre don pour le portrait et votre vif intérêt pour
l’homme; un homme d’aujourd’hui qui s’engage dans son époque.
Il faut être un artiste passionné pour regarder les autres avec autant
d’intensité et capter chez chacun la flamme qui l’anime.
Si comme le dit si bien Jean Pierre Siméon  » La poésie est plus que
jamais nécessaire à l’homme.A rebours de la pensée dominante, elle lui
propose une autre manière de regarder le monde. » Le dessin propose aussi
une autre manière de regarder les hommes et le monde. L’artiste que vous
êtes ,aide à percevoir la part invisible qui ouvre le chemin.

Très amicalement  » en poésie ».
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Visages de poésie
Sous le titre « Visages de poésie » Anthologie, Tome 1, Jacques Basse présente un recueil de portraits au crayon avec poèmes dédicacés, un travail élaboré réunissant portraits de poètes et poèmes. Il est doublement préfacé par Florence Trocmé et Jean-Max Tixier.
« Cette synthèse peut être une nouvelle approche, un support et un tremplin à l’étude et à la connaissance de la poésie contemporaine », qui met en exergue un vers d’Hélène Dorion : « Par tant de visages, j’entre en mon visage ».
Le livre contient 100 portraits, soit 400 pages. Avec parmi les auteurs, Ancet, Bergougnioux, Butor, Chessex, Detambel, Dhainaut, Freixe (photo) Jaccottet, Khoury-Ghata, Kundera, Meschonnic, Reda, Sabatier, Siméon, Temple, Villain, et beaucoup d’autres… Et, toujours, le crayon de Jacques Basse témoigne de beaucoup d’attention portée aux êtres, et d’empathie.
Un second volume est en préparation. L’ouvrage est vendu 25 €. Joindre chèque correspondant à l’ordre des Editions Rafael de Surtis. 7, Rue St Michel – 81170 Cordes sur ciel. Tél. 05.63.53.44.41 / 06.79.65.76.44 Site de l’auteur : www.jacques-basse.net
mardi 4 août 2009, par Michel Baglin

Paul SANDA( Rafael de Surtis)

ANTHOLOGIE 1(Edition Raphael de Surtis)

ALHAU ALTHEN.ALYN.ANCET.ATALLA.BADESCU.BANCQUART.BARNAUD.BAUCHAU
.BAUDE.BEAUCHEMIN.BEAUSOLEIL.BEKRI.BENEZET.BEN JELLOUN.BERGOUNIOUX.BLUA.
BONNEFOY.BROGNIET.BROSSARD.BROUSSARD.BUTOR.CABRAL.CHAMBAZ.CHAMOISEAU.
HAPPAZ.CHEBEL.CHESSEX.CLANCIER.COSEM.CRICKILLON.DARRAS.DEGUY.DELOUZE.
DELUY.DETAMBEL.DHAINAUT.DI MANNO.DORION.DRANO.DRANO-STAMBERG.DREYFUS
EMAZ.ENGELBACH.ENQUIST.FREIXE.GAGNON.GARNIER.GELLE.GOFFETTE.HONS.JACCOTTET
JOUBERT.KHOURY GHATA.KUNDERA.LAMART.LAMBERSY.LEUWERS.LOUIS-COMBET.
OVICHI.MALROUX.MARC- ALAIN.MASSET.MASSON.MAULPOIX.MAZO.MESCHONNIC
MOUSSEMPES.NAMUR.NEPVEU.NOEL.ORIZET.OSTER.OUELLETTE.OUELLETTE MICHALSKA.
PARA.PONCET.PONS.PRIGENT.RANCOURT.REDA.ROMBI.SABATIER.SACRE.SAID.SANGUINETTI
SANS.SIMEON.STETIE.SUEL.TACHE.TEMPLE.TIXIER.TORNAY.TROCME.UGHETTO.VERHEGGEN
VIGEE.VILLAIN.XUEREB
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ANTHOLOGIE 2 ( Edition Rafael de Surtis)

ADDE. ALBAREDE ALLIX APPERCELLE ARANJO ARSEGUEL AZAM BAGLIN BASTARD BEC BELIN BELLEVEAUX BER BIGA BILLAUD BLANCHON BONHOMME BORRIAS BOURG BREMOND BROC BRUNEEL BURGOS CADE CALVET CASTAGNE CAZENAVE CENDO CHAGUE CHAMBON CHAMPON- CHIRAC CHARTRON CHEVAIS CHRISTIEN CLANCIER G E CLEMENS CONTAMIN COUQUIAUD CREISSAC DAGTEKIN DAGUET DAUPHIN DESCHIZEAUX DJEFLAOUI DUBOST
ENGEL-ROUX FLORY FOURNEL GARDES GAUDIN GENESTE GIBELIN GODBOUT GONOT HEURTEBISE HIRIART JEAN JOSSE L’ANSELME LAABI LAC LADES LAUR LE PEVEN LEMAIRE LEVEQUE LIBERT LUMINET MACHET MATHE MICHEL MIGOZZI MIZON MONTMANEIX MOORHEAD MOULIN ORDATCHENKO PORTANTE POULIQUEN PRIOULT RICARD ROUMAGNAC ROUQUETTE ROUZET SAINT-JEAN SALAGER SANDA SOLETTI SORRENTE TARDIF TIBOUCHI UGHES VALLOTON VAN ANGHENHOVE VARGAFTIG VEDRINES VERCEY VERDURE VINAS WASSELIN

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ANTHOLOGIE 3 (Edition Rafael de Surtis )
AUBAUDE AUXEMERY BARON BENOIT BERNARD BERTHOLON BESSA BIANU BLAINE BLANCHARD BOUCEBCI BOULIC BOURNIQUEL BRARD BRIET BURGHELLE-REY CAILLEAU CATHALO CHATARD CHAUMORCEL CLERY COHEN-ABBAS COIFFARD COMBES COMMERE COMTE-SPONVILLE CONFIANT COULIOU DANJOU DAVIAUD DE BRANCION DE CORTANZE DE JESUS-BERGEY DOBZINSKI DOMS DOUCEY DUBOIS DUROCHER DUTAILLY EMORINE FELS FORGEOT FRECHETTE FRIGGIERI GDALIA GIUSTI GLOAGUEN GLUCK GOUGAUD GRASSET GROUIX GUENEGAN GUNZIG HALBERT HEMMEN JEAN LAMOUREUX LAVAUR LE GOUIC LE MOIGNE LEJARD MACE MAXENCE MENACHE MESTAS MOIGN MOMMEUX MONTICELLI MORILLON-CARREAU MOUNIC NEDELEC NICOL PAOLI PARIZE PAYEN-APPENZELLER PERAGALLO PERRON PERSINI-PANORIAS PEY PILLET PONCET-RIMAUD PROUTEAU RAPHANEL REEVES REMY RENOUF ROCHA RUGHOONUNDUN SANCHEZ SCOTTO SEDAKOVA SEMPRUN SENE SIMON a SIMON e THEBE THROO TORRI WELLENS WELTER

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ANTHOLOGIE 4 (Edition Rafael de Surtis )
AGOSTINI ALCHAIKH ANDROVER SENDRA ARABO ARIBAUD AUSTER BABEL BARBIER BARILIER BASSO BAUDOT BAUDRY BERNARD BERNOL BOURÇON BOURDELIER BOUVIER BOYER CALMEL CALMUS CANUT CARRIERE CENDRES CLAVEL COLIN CONAN CORRE COUSIN CURY DANTINE DESPERT DUGUE DUPUY DUPUY DUNIER DURAND ESPERBE FAHMY FOURNIER FRIGIOTTI FROSIN GARNIER DUPUY GILORY GIRAUD GOSZTALA GOUREVITCH GUENO HELFT HELISSEN HOFFLET HOURLIER JACQUIER ROUX JAUFFRET JELINEK JORRIS KABORE DRANO KERANGUEVEN KHADIMALLAH KLEIN L’HOSTIS LAJUS LAURENT CATRICE LE BOEL LE ROUX LESIEUR MADEZO MAILLET MALAPLATE MARCHE MARTIN MARTY MILLAS MARTIN MILLAUD MORIN NASREEN OHAYON ORSENNA PASSELERGUE PAVLOFF PERROY PIQUEMAL PLANTINE PRESSNITZER RENARD RESPLANDIN ROUANET SALESSE SALOME SCHMITZ SERREAU SICCARDI STRARASELSKI THOMAS TOURNIER TRUILHE VANTCHEV DE TRACY
VERNY DUGELAY VIGNA WAKIM XINGJIAN

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ANTHOLOGIE 5 (Edition Rafaël de Surtis )
ALBERTI ALLAIN-GUESDON ALCOVERE ANDRIOT BADIN BAQUE BARBOSA BENEDETTO BERTHIER BERTRAND BLANC BLANCHET BLONDEAU BRES CAPMAL CASAURANG CHARTIER CHASSSEFIERE CHATY CHERBONNIER CHINONIS COUVE COUNARD CZAPKA DAVID DEGOUTTE DESPAX DESY DEVAUX DIF DIRMEIKIS DORIO DUBOST DUMAS DUPUIS DUQUESNOY DURAIT ENDERLI ESTEBE-HOURSIANGOU EYRIES FELIX FICHTEN FIGEAC FOREST FUSTIER GARCIA GARSPARD GAUCHER GAVARD-PERRET GICQUEL GIL GONNET GRACQ GUIGOU HA-MINH-TU JAKOBIAK KREMBEL LACOUCHIE LAFORCE LASSAQUE LE CLEAC’H LE LIBOUX LEMAIRE LERNER LEVESQUE MALTAVERNE MAREMBERT MATHARAN MEFFRE METGE MONNEREAU MÚÑEZ TOLIN NICOLAS OKOUNDJII ORSINE OUAKNINE OUELLET PADELLEC PAPA PETIT J.M. PETIT M. PLEAU POUZOL POZIER PRIVAT RENAUD RIERA ROLLAND SAINT-JULIA SAINT-PAUL SALCES SALEHZADA SEGUERA TISSOT VAN MELLE VEILLEUX VELAY VOCANSON WAHL

Jacques BASSE, portrait d’un portraitiste…

Une rencontre « en coïncidence » à l’aéroport

de gauche à droite Morelle Smith (Ecosse), Dominique Sorrente,

Jacques Basse, Patricia Little (UK)

* * *

Quand J.B. se raconte…
Un individu qui est l’égal de bien d’autres.
Il est, comme tout un chacun, plein de bosses, de trous, plein de bleus et
rempli de cicatrices indélébiles Un passage tardif et rapide aux Beaux-Arts
lui donne la conviction que là, réside son destin ! Mais les aléas de la vie
en décident autrement ! Les pinceaux un temps assouvissent sa passion :
avec quelques prix glanés ça et là, quelques expositions aux cimaises
incertaines.Puis arriva. le « crayon » et la révélation, avec le portrait.
Les poètes lui donnent raison, un à un , il les croque. Sa nourriture de
tous les jours depuis plus de dix ans. Devenu boulimique,
il persiste et ne sait s’il s’arrêtera un jour…
Ô vous poètes de tous horizons avec quelle humanité, gentillesse,
disponibilité vous l’avez accueilli, à l’égal de vous-mêmes,
comme jadis Horace l’a dit « ut pictura poesis »
À la vérité, il n’est qu’un allié substantiel.
Par nature, il est adepte des choses faciles. S’il réussit dans ce
domaine, c’est sans mérite. Et, s’il est vrai que l’on récolte
ce que l’on sème, les louanges faites par certains, qui sont de nature
à le considérer comme un « Maître », sont pour lui excessives.
Il sait bien que
« personne ne survit au fait d’être estiméau-dessus de sa valeur ».
Dernier point, en vérité, nul ne peut lui voler les instants de bonheur pris
à cette tâche. Il y consacre tout son temps avec délice
et aussi avec déraison.
Un équilibre bien mystérieux, qui fait penser à un grand écart !

Jacques Basse

Aux éditions Rafaël de SURTIS, Visages de poésie, Anthologie, Tome I – Jacques BASSE (cliquer sur Bulletin de souscription)
Voir aussi le Site de Jacques Basse.

Je travaille depuis 10 ans sur une collection de portraits au crayon, collection qui compte maintenant quelques 1500 pièces.

L’originalité de celle-ci réside dans le fait que tous ces portraits sont dédicacés. Les personnes représentées sont des Personnalités, des Arts, des Lettres, du Spectacle, des Sciences, de la Politique, du Sport, ou encore de la Gastronomie, y compris du Monde Religieux. Ces personnages que je « croque » sont choisis pour leur rayonnement, leur charisme et l’audience qu’ils ont. Cela fait d’eux qu’ils sont incontournables, uniques, et entourés d’une certaine auréole !…

On peut y voir, outre les auteurs à succès, des prix Nobel JELINEK, GAO XINJIANG , CHARPAK …… un florilège d’écrivains contemporains COELLO, COMBESCOT,ONFRAY,CLAVEL,CLAUDEL,VAUTRIN,BEIGBEDER,HUSTON,AUSTER,AMETTE,………l’Académie Française, l’Académie Goncourt presque au complet, DEON NOURISSIER, D’ORMESSON,……Pour le spectacle, sont là PIAT,CHABROL, AZNAVOUR, ARDITI, DELON, ….figurent également des Présidents, Ministres et Princes, de MITTERAND à SARKOZY, REAGAN, TONY BLAIR, RAINIER père et fils, .… avec les sportifs DOUILLET, NOAH, VIRENQUE,……le barreau représenté par BADINTER, VERGES, COLLARD, LOMBARD ……des chercheurs, REEVES , De LUMLEY, De ROSNAY, COPPENS, SERRES… pour la gastronomie, BOCUSE, VEYRAT, GAGNAIRE … qui côtoient toute une pléiade d’universitaires, MALEK CHEBEL, ALLEGRE, RICOEUR, HAGEGE, MORIN, ECO, DEBRAY, FERRY …….l’Abbé PIERRE, Sœur EMANUELLE,l’Abbé MAILLARD de le MORANDAIS sont aussi présents, ainsi que les poètes LAMBERSY, JACCOTTET, DUROZOI, BUTOR, NYSSEN, JOUBERT, BONNEFOY, CHAPPAZ, TIXIER, DORION…La tauromachie trône avec les toreros El CORDOBES, Le CID, El JULI…. la médecine est représentée par les professeurs DEBRE, MATTEI, CABROL, KAHN, JACQUART ….. La liste ne peut être qu’exhaustive, elle serait bien trop longue si je devais citer tous ceux qui n’ont fait l’honneur de leur dédicace !…..

Le Portrait,

Dans le dessin du portrait, une certaine affection se révèle avec la naissance de la ressemblance. Au fur et à mesure où le dessin progresse, ce sentiment s’amplifie et crée un lien affectif qui grandit peu à peu. Là peut-être se trouve une explication à cette attirance que j’ai pour le portrait !.Qu’y a-t-il derrière et au-delà de ces bribes d’informations données par quelques traits de crayon ? Frontière du possible, qui dessine l’extérieur pour révéler l’âme.
Le visage est unique, Il est charme rieur ou bougon, beauté figée ou mouvante, visage nostalgique, visage romantique, visage enjoué triste gai…mais toujours unique. J’ose y mettre des traits. Flirter avec la ressemblance par un rendu jusqu’à l’ultime détail est un bonheur suprême, et le tracé poussé avec adresse jusqu’à l’âme devient un privilège. Le bouger immobile est devenu expression. Alors le dessin peut être bouleversant d’intimité par ses transparences, comme la pureté de la lumière qui ne s’exprime que dans l’ombre. Je suis seul avec lui, et je ne crains pas sa critique, comme si j’étais sûr de mon fait. Cependant, quel apaisement et qu’elle reconnaissance, lorsque la ressemblance m’est révélée par « Ces visages radieux qui vous remercient du regard ».

Que les esprits chagrins et sourcilleux, jugent vain et puéril cet ouvrage de bonne foi, c’est fort possible. Des gens malveillants railleront peut-être même, sur le titre et l’auteur, sans savoir gré à celui-ci de ses laborieux et patients efforts ; Bien sûr ! Ils auraient pu faire beaucoup mieux, nul ne les en empêche !….
Mais vous, amateur de belles choses puissiez-vous y trouver intérêt, profit et plaisir, et m’excuser si, au risque de vous paraître présomptueux, j’ose vous les soumettre J.B.


L’océan en Bretagne, par Alis THEBE (Aquarelle)

« Qu’importe la mort, son mutisme, si, à l’envers du temps, revient l’image du départ ? Si le chant rebrousse chemin vers le cœur. Si les fantômes prennent consistance sous les paupières closes. Est-ce toujours trop tard, trop tôt, qu’on embarque ? L’ombre attend sur le quai. Le passeur à la même place. Il est l’heure de dénouer la corde autour du dernier mot. »

(Ouverture de « Les silences du passeur » édité aux éd. Le Taillis Pré, en 2006.J.M.TIXIER)

Visages de la poésie

Par Remi Boyer
Un pays qui nie la poésie et les poètes est un pays mourant. C’est le cas de la France qui n’entend plus les poètes, et qui n’entend d’ailleurs plus grand-chose en général.Pourtant les poètes, porteurs de la rébellion de l’esprit, prophètes d’une liberté toujours renouvelée sont là, au détour d’une ruelle, dans une arrière salle de café, sur les marches d’une église ou d’un tribunal, hissés sur une botte de foin ou au fond d’une cave. Ils écrivent, ils éveillent…

Jacques Basse et les Editions Rafael de Surtis nous donnent à voir les visages de la poésie afin que nous témoignions de leur présence comme eux témoignent de la liberté. Jacques Basse est maître de l’art. Il a dessiné les portraits de ces compagnons. Graves, drôles, énigmatiques, lunatiques, profonds, légers, inquiets, rassurants… beaux assurément.

Visages de la poésie est une étonnante anthologie de portraits et de poèmes dédicacés. Un portrait au crayon, un poème, une bio-bibliographie pour chacun. L’anthologie comprendra quatre volumes. Deux sont déjà disponibles. Cent noms par volume. Les deux derniers volumes sont en préparation.

C’est un événement. Une trace qui fait sens. On ne pourra pas dire que poètes et poétesses étaient absents, qu’ils avaient fui, que personne ne savaient. On ne pourra que regretter de ne pas les avoir cherchés davantage. A moins qu’ils ne soient pas trop tard…

Sortie Anthologie 1- fin juin 2009
Sortie Anthologie 2 -septembre 2009
Sortie Anthologie 3 – mai 2010
Sortie Anthologie 4 – 2010

 

 


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stephane-grappelli-smoke-gets-in-your-eyes1971critique-billauddocQuestionnement, Jacques Basse (Mondial Livres)

La poésie comme instrument de réflexion et de sublimation du réel…

Après les avoir dessinés, Jacques Basse arrive chez les poètes, discrètement mais avec talent, Son premier recueil, Questionnement, veut toucher l’essence des choses. Jacques BASSE n’écrit pas pour écrire :ses textes posent des questions fondamentales autour des notions d’être et de néant, lesquelles englobent les thèmes de l’amour, du temps, de la mort, du doute de l’absence…qu’une tenace angoisse métaphysique nourrit. C’est à dire que sa poésie « tourne résolument le dos » à cette impression de gratuité que l’on rencontre encore trop souvent. Elle évolue dans la sphère philosophique tout en plongeant dans les profondeurs de la sensibilité Certes, la poésie n’a pas pour mission de se substituer à la philosophie, mais Jacques Basse a longtemps attendu et, aujourd’hui, il se voit confronté aux invitations du temps qui passe et à l’incertitude de son devenir. Aussi , loin des traités stériles et abscons, il a choisi, avec bonheur, une autre forme d’expression :Le poème court, chez lui dense et ciselé, qui dit l’essentiel, rien que l’essentiel.
Un fil conducteur assure l’unité du recueil. Absence, poème d’introduction, doublé à l’identique par Refuge, à la fin de l’ouvrage, semble détenir la clé de l’ensemble. Il porte
le thème majeur du temps(« présent », « désormais », « souvenir ») et cet autre récurent et obsédant, au cœur de toute interrogation :La relation, sans doute platonique, impossible mais forte, avec l’Inconnue, idéalisée(fée, muse), mais tangible, dont la réalité de l’échange se tient tout entière dans les mots « absence » et surtout « refuge » :creuset où va s’élaborer; le livre. Il faut leur ajouter « rêverie » qui dans un tourbillon étourdissant, précipite le poète aux franges du rêve et du réel : car l’aventure est(était) là, à portée de main et de cœur, au « creux de la nuit»,aventure qu’il a ratée ou à laquelle il a renoncé , par raison. Débarqué il ne lui reste qu’à « apprendre à vivre l’absence » d’où a surgit ce vide vertigineux, à combler. C’est alors que le temps l’assaille ; le temps qui passe, qui a passé, déjà, qui conduit irréversiblement au néant –cf. Vie, ce poème paradoxal avec ses formules assénées : « mort qui aveugle / qui accapare l’éternité », « »nuit sidérale » .
Questionnement né d’un regret, d’une tentation, s’ancre dans une profonde interrogation sur la mort, la postérité, le destin, à laquelle la poésie semble pouvoir répondre, en tant que « musique du cœur », germe de toute beauté », lien entre le rêve et la réalité.
Sensuelle, la poésie de Jacques Basse aborde avec sobriété les rivages arides de la réflexion et, face à ces sollicitations extérieures, devant la vie qui « se désagrège », « le présent qui s’étiole », elle peut perpétuer ce dialogue interrompu si le poète sait « braver les mots non dits » ou bien le pousser a remettre en cause le présent, jusqu’au malaise et au doute ‘Cauchemar, Doute). Les derniers poèmes, Le Sablier, Symbole, Traces de vie, Vaste monde…sont résolument métaphysiques et donnent la tonalité à l’ensemble. Fuite du temps pose clairement la question fondamentale : « disparaitrons-nous sans laisser de traces » ? Notre passage est-il voué à l’oubli ? Cette question hante l’auteur-« Dans la mémoire du temps : des traces de notre vie : y seront-elles inscrites ? » Aurons nous vécu pour rien, Que vaut donc alors la vie, Mais il y a le rêve, et Elle la mystérieuse(cf. Hiver ) avec sa baguette magique, qui réchauffe.
Sémantiquement riches et denses ? les poèmes de Jacques Basse, contiennent à la fois le dit et le non dit ? l’implicite , et l’explicite la réalité des choses et leur expression la plus impalpable-« L’éphémère / prodigieux déferlement » ; « la jouissance de l’extrême submerge » ; « Nos projets de plumes : qu’en est-il, » ; « Un visage moiré. s’offre, saupoudré de félicité », etc.
Ce premier essai, par sa maitrise est réussi. D’autres recueils suivront que le lecteur va guetter.

Jean BILLAUDcher Jacques,